Argent, épargne, placement : pourquoi le tabou pèse encore sur les couples

À l’approche de Noël, l’argent s’invite au cœur de la vie de couple. Un sondage Ipsos pour XTB révèle que 57 % des Français en couple se sont déjà disputés au sujet de l’épargne ou du placement.

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By Adélaïde Motte Published on 6 novembre 2025 11h43
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Argent, épargne, placement : pourquoi le tabou pèse encore sur les couples - © Economie Matin

Le 31 octobre 2025, à l’occasion de la Journée mondiale de l’épargne, plusieurs publications ont éclairé le rapport des Français à l’argent. Dans ce contexte, une étude Ipsos pour XTB mesure l’ampleur des tensions liées à l’argent dans le couple et précise où se nichent les tabous, au moment même où les ménages renforcent leur épargne et réinterrogent leurs choix de placement.

Argent et couple : un tabou qui persiste malgré le dialogue

L’argent demeure un sujet sensible dans le couple, bien que les Français en parlent plus qu’avant. Selon l’étude, 57 % des couples se sont déjà disputés pour des questions d’épargne ou d’investissement, et 13 % disent que cela arrive « souvent » ou « toujours ». « L’étude révèle que l’argent est loin d’être un sujet neutre : plus d’un couple sur deux admet avoir déjà eu des désaccords autour de l’épargne ou des placements », souligne le document d’enquête, qui confirme la réalité d’un tabou persistant, malgré l’essor des outils de placement accessibles.

Pourtant, le dialogue progresse : 66 % des Français en couple évoquent régulièrement l’épargne, quand 10 % n’en parlent jamais. Ce clivage explique, d’une part, la multiplication des arbitrages de placement à deux ; et, d’autre part, la quête d’avis externes pour sécuriser les décisions. Ainsi, 38 % se tournent vers un conseiller bancaire ou patrimonial, et 19 % consultent leurs amis, signe que la conversation sur l’argent dépasse désormais l’intime. Ces mêmes enseignements ont été repris à la date du 31 octobre par un média spécialisé, confirmant l’écho de l’étude auprès du grand public.

Argent, épargne et ancrage culturel : ce que disent les chiffres récents

À l’échelle macro, l’argent est davantage capitalisé : le taux d’épargne des ménages a culminé à 18,9 % au second semestre 2025. Selon Philippe Crevel (Cercle de l’Épargne), cette hausse tient à une « montée de l’anxiété en lien avec les chocs et crises qui s’accumulent », ce qui, mécaniquement, favorise les poches de placement sécuritaires. Cette lecture renforce l’idée qu’un contexte incertain nourrit autant le réflexe d’épargne que les tensions autour de l’argent dans le foyer.

Parallèlement, une autre enquête publiée le 31 octobre indique que 72 % des Français n’auraient pas un rapport serein à l’argent (50 % trop prudents, 13 % anxieux). Autrement dit, même si l’épargne grimpe, l’expérience quotidienne de l’argent reste chargée d’émotions contradictoires, ce qui peut envenimer les discussions de couple au moment d’allouer un budget, de choisir un placement, ou d’arbitrer entre dépenses de fêtes et projet à long terme.

Argent et territoires : où le tabou se brise (un peu) plus vite

L’étude révèle des nuances géographiques qui comptent pour l’accompagnement financier. Les habitants de l’Ouest (16 %) et du Sud-Est (13 %) se montrent plus enclins à aborder l’argent au sein du couple. Ces différences régionales invitent, concrètement, à adapter les messages d’éducation à l’épargne ainsi que le conseil en placement, car les habitudes de dialogue ne sont pas homogènes. Elles suggèrent aussi que la proximité culturelle et la sociologie locale influencent la capacité à parler d’argent, puis à convertir cette parole en décisions patrimoniales éclairées.

Chez les 18–34 ans, la conversation sur l’argent s’ouvre plus tôt. Habitués aux applications financières, ils testent des outils d’épargne et des solutions de placement fractionné, souvent dès les débuts de la relation, ce qui peut fluidifier la répartition du budget quotidien comme la planification d’objectifs d’investissement communs. Mais ce zèle numérique ne gomme pas le dilemme de fond : comment exposer son rapport à l’argent—ses biais de prudence, ses ambitions et ses peurs—sans braquer l’autre ? La normalisation du dialogue ne va donc pas de soi, surtout à l’heure des fêtes où les arbitrages se multiplient.

Argent de Noël, budget et placements : comment réduire la friction

Les fêtes cristallisent les compromis entre consommation présente et épargne future. L’étude souligne d’ailleurs que « Noël peut ainsi devenir l’occasion idéale de lever le tabou de l’argent, de préparer sereinement le budget familial et d’initier des projets communs pour l’année prochaine ». Concrètement, poser un cadre chiffré—plafond de cadeaux, enveloppe de sorties, marge pour l’imprévu—réduit la charge émotionnelle, tout en réaffirmant la place stratégique de l’épargne de précaution. Cette approche pragmatique favorise aussi l’acceptation de placements programmés (mensuels), lessivant l’effet « tout ou rien » des discussions de dernière minute.

Dans le même temps, la tendance de fond détectée par les observateurs invite à « repenser sa stratégie » d’épargne. Le rappel public du 31 octobre insiste sur l’optimisation des flux : éviter l’inertie des comptes courants, comparer les poches de placement selon l’horizon et le risque, et arbitrer entre supports sécurisés et diversification progressive, sans confondre prudence et immobilisme. C’est aussi une manière de déplacer le débat conjugal : au lieu de s’affronter sur l’argent consommé, ancrer la discussion sur les objectifs et la trajectoire de placement, afin d’aligner le couple sur un cap commun.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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