L’ancien ministre des Armées, aujourd’hui à Matignon, Sébastien Lecornu commence à préciser les contours de son futur budget 2026. Malgré les nécessaires économies, il maintient la hausse du budget pour le ministère des Armées.
Budget 2026 : Sébastien Lecornu maintient la hausse du budget des Armées

Sébastien Lecornu commence à dévoiler sa feuille de route pour le budget 2026
Depuis plusieurs semaines, la question du budget militaire agite les couloirs du pouvoir. En dépit d’un contexte économique tendu et d’une dette publique dépassant les 3 400 milliards d’euros, le gouvernement de Sébastien Lecornu refuse de ralentir l’effort de réarmement. Le Premier ministre l’a répété, lors d’un déplacement devant les forces armées : « L’effort de réarmement est indispensable. Nous ne toucherons pas au budget des Armées », a-t-il affirmé. Cette déclaration, prononcée alors que Bercy s’attelle à identifier plusieurs dizaines de milliards d’euros d’économies, trace un cap clair : la défense nationale restera sanctuarisée, même en temps d’austérité.
D’après les chiffres communiqués par le ministère, le budget des Armées atteindra 57,2 milliards d’euros en 2026, contre 50,5 milliards cette année. Cette hausse de près de 13 % s’inscrit dans la trajectoire fixée par la loi de programmation militaire 2024-2030. Elle confirme la promesse faite par Emmanuel Macron en juillet dernier, lorsqu’il annonçait une enveloppe supplémentaire de 3,5 milliards d’euros pour accélérer la modernisation des équipements. Concrètement, cette progression permettra notamment de renforcer les capacités dans les domaines du spatial, du cyber et de la dissuasion nucléaire. L’objectif fixé à moyen terme reste inchangé : porter le budget de la Défense à 64 milliards à la fin du quinquennat. Ainsi, en 10 ans, le budget des Armées aura doublé sous la présidence d’Emmanuel Macron.
Des économies attendues
Cette orientation contraste avec la politique générale d’économies qui frappera d’autres postes. Le ministère des Finances prévoit en effet de réduire les dépenses publiques de 30 à 31 milliards d’euros dès 2026, via le gel partiel de certaines prestations sociales et la révision d’avantages fiscaux. De fait, les dépenses militaires ne seront pas concernées. Lecornu assume cette exception : « On ne prépare pas la paix avec un budget affaibli », a-t-il martelé devant les députés. La phrase résume la philosophie de son gouvernement : protéger l’armée, quitte à rogner ailleurs. Une position que certains économistes jugent paradoxale, tant elle incarne le double visage d’un État qui prêche la sobriété tout en misant sur la puissance militaire.
Sur le plan international, cette décision s’inscrit dans un climat de tension croissante. L’ombre de la guerre en Ukraine, la paix fragile entre le Hamas et Israël, et la montée des menaces hybrides poussent la France à consolider sa posture stratégique. Dès le 14 juillet dernier, Emmanuel Macron rappelait dans son discours : « La liberté n’a jamais été autant menacée depuis 1945 ». Ainsi, le chef de l’État avait alors appelé à un « sursaut de défense » et à une mobilisation budgétaire durable pour garantir l’autonomie stratégique du pays.
Un risque de censure
Pour Sébastien Lecornu, cette trajectoire n’est pas seulement une promesse politique, mais une nécessité géopolitique. La France, explique-t-il, ne peut prétendre à la sécurité sans investir massivement dans son armée. Et si la dette atteint désormais 115 % du PIB, il estime que la souveraineté n’a pas de prix. Avec ce budget, le gouvernement vise toutefois à ramener le déficit public à 4,7 % du PIB d’ici la fin de 2026, preuve que la rigueur n’est pas abandonnée. Mais les arbitrages seront serrés : les ministères civils devront compenser les marges préservées pour la Défense. En interne, certains hauts fonctionnaires reconnaissent déjà que cette protection du budget militaire oblige à « tailler dans les investissements civils » — une tension qui risque d’animer les prochains débats parlementaires.
Ce dilemme budgétaire intervient alors que la scène politique reste instable. Le gouvernement Lecornu II, à peine nommé, doit affronter plusieurs motions de censure. Malgré cette pression, le Premier ministre entend défendre « un cap clair et une cohérence stratégique ». Devant les élus, il a résumé la philosophie de son action : « Le pire des budgets, c’est de ne pas en avoir. » Cependant, son sort reste entre les mains des parlementaires. Et les promesses pour les Armées avec.
