En retirant le document de cadrage hérité du précédent gouvernement, Sébastien Lecornu met fin à une réforme très contestée de l’assurance-chômage. Ce choix marque un tournant politique et social, répond aux appels des partenaires sociaux et recompose les équilibres autour d’un régime au cœur du débat sur l’emploi et les finances publiques.
Assurance-chômage : le revirement de Sébastien Lecornu

Le 27 janvier 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a officiellement acté le retrait du document de cadrage de la réforme de l’assurance-chômage. Ce texte, transmis quelques mois plus tôt aux partenaires sociaux, devait encadrer une nouvelle refonte du régime d’indemnisation. En y renonçant, l’exécutif suspend une réforme structurante de l’assurance-chômage, ouvrant une nouvelle phase de négociations entre syndicats et patronat.
Assurance-chômage : une réforme abandonnée par Sébastien Lecornu sous pression sociale
Depuis plusieurs semaines, la réforme de l’assurance-chômage cristallisait une opposition quasi unanime des organisations syndicales. Toutes dénonçaient un projet jugé déséquilibré, perçu comme un durcissement supplémentaire des règles d’indemnisation. Progressivement, la contestation a pris une dimension politique, car elle réunissait également plusieurs organisations patronales, traditionnellement plus ouvertes aux ajustements du régime.
Dans ce contexte, Sébastien Lecornu a choisi d’enterrer la réforme de l’assurance-chômage telle qu’elle avait été pensée sous le gouvernement de François Bayrou. Le document de cadrage transmis à l’été 2025 fixait un objectif clair : réaliser plusieurs milliards d’euros d’économies sur la période 2026-2030 en modifiant les paramètres d’indemnisation. Toutefois, face au blocage social et à l’absence de consensus, le Premier ministre a considéré que poursuivre sur cette base risquait de paralyser durablement le dialogue social.
Cette décision constitue un signal fort envoyé aux partenaires sociaux. En retirant formellement le cadre imposé par l’État, le gouvernement reconnaît que la réforme de l’assurance-chômage ne peut être menée sans accord minimal entre syndicats et patronat. Le choix de Sébastien Lecornu marque ainsi une inflexion notable dans la méthode, privilégiant la négociation plutôt que la contrainte réglementaire.
Assurance-chômage : les raisons politiques et économiques du choix de Sébastien Lecornu
Derrière l’abandon de la réforme de l’assurance-chômage, plusieurs facteurs se conjuguent. D’abord, le climat social s’est fortement tendu à l’automne 2025. Les organisations syndicales ont multiplié les alertes, soulignant que les précédentes réformes avaient déjà réduit la durée et le niveau des allocations pour de nombreux demandeurs d’emploi. Dans ce contexte, une nouvelle réforme de l’assurance-chômage apparaissait, pour beaucoup, comme socialement risquée.
Ensuite, les objectifs financiers affichés ont pesé dans la décision. Le projet initial visait entre 2 et 2,5 milliards d’euros d’économies annuelles entre 2026 et 2029, puis 4 milliards d’euros par an à partir de 2030. Ces montants, jugés très élevés, reposaient sur des hypothèses de baisse des droits et de durcissement des conditions d’accès à l’assurance-chômage. Or, selon plusieurs acteurs du dossier, ces économies étaient difficiles à atteindre sans provoquer des effets sociaux majeurs, notamment pour les travailleurs précaires et les seniors.
Sébastien Lecornu a également dû composer avec une réalité politique : une réforme de l’assurance-chômage imposée sans accord aurait probablement relancé un cycle de tensions durables. En enterrant ce projet, le Premier ministre cherche à sécuriser un climat de négociation, tout en évitant que l’assurance-chômage ne devienne un symbole de confrontation permanente entre l’État et les partenaires sociaux.
Assurance-chômage : conséquences pour les syndicats et recomposition du dialogue social
Pour les syndicats, l’abandon de la réforme de l’assurance-chômage constitue une victoire stratégique. Depuis plusieurs mois, ils réclamaient le retrait pur et simple du document de cadrage, estimant qu’il enfermait les négociations dans une logique exclusivement budgétaire. La décision de Sébastien Lecornu répond directement à cette exigence et redonne une marge de manœuvre aux organisations représentatives des salariés.
Toutefois, cette victoire est relative. Le gouvernement n’a pas renoncé à toute évolution de l’assurance-chômage. En parallèle du retrait de la réforme globale, l’exécutif a confirmé l’agrément de textes en attente, notamment ceux concernant les primo-demandeurs d’emploi et le mécanisme de bonus-malus appliqué aux entreprises. Ces mesures, déjà négociées, continueront donc de produire leurs effets sur le régime.
Par ailleurs, les discussions ouvertes en janvier 2026 portent désormais sur des sujets ciblés, comme les ruptures conventionnelles et les contrats courts. L’objectif financier est nettement plus limité : environ 400 millions d’euros d’économies par an, selon les estimations évoquées lors des négociations. Pour les syndicats, cette nouvelle approche est jugée plus acceptable, car elle se concentre sur des pratiques spécifiques plutôt que sur une remise en cause générale de l’assurance-chômage.
Du côté du patronat, la décision de Sébastien Lecornu est accueillie avec prudence. Certaines organisations voient dans l’abandon de la réforme de l’assurance-chômage une occasion de reprendre la main sur la gouvernance du régime. D’autres redoutent cependant que l’absence de réforme structurelle ne reporte les ajustements nécessaires, alors que la situation financière de l’assurance-chômage reste un enjeu central pour les finances publiques.
