Alors que la France affiche une mobilisation de long terme contre le cancer du sein, une récente évaluation de la Cour des comptes révèle une réalité plus nuancée : un reste à charge significatif, des inégalités territoriales marquées et des lacunes criantes dans l’organisation des soins. En dépit de l’enveloppe croissante allouée par l’assurance maladie, de nombreuses patientes restent confrontées à des renoncements de soins liés aux coûts.
Cancer du sein : 1 549 euros de reste à charge, un système à deux vitesses

Un système de soins jugé insuffisant malgré une forte mobilisation financière
Le 28 janvier 2026, la Cour des comptes a publié un rapport sur la prévention et la prise en charge du cancer du sein en France. Elle y décrit un système où, malgré les efforts budgétaires constants, des failles majeures persistent dans l’organisation des soins, leur qualité, leur accessibilité et leur sécurité. Ce constat concerne directement un enjeu majeur de santé publique : en 2023, 61 214 nouveaux cas de cancer du sein ont été diagnostiqués dans le pays.
Sur le plan financier, la progression des investissements est indéniable. L’Assurance maladie a consacré 4,7 milliards d’euros à la prise en charge du cancer du sein en 2023, contre 2,8 milliards en 2015, selon les chiffres officiels du rapport de la Cour des comptes. Mais cette hausse n’a pas permis d’effacer les disparités, ni de réduire le « reste à charge » que les patientes doivent assumer.
Le poids du « reste à charge » : un frein aux soins pour les plus vulnérables
La réalité économique des patientes atteintes de cancer du sein est particulièrement marquante. Le rapport évalue à 1 549 euros le reste à charge moyen supporté par une patiente atteinte de cette pathologie, avant les remboursements des mutuelles. Ce montant, relativement élevé, peut avoir des conséquences dramatiques pour les femmes aux ressources modestes. La Cour des comptes déplore un phénomène de renoncements de soins lié à ce coût, qualifié de « significatif ».
Dans ce même rapport, il est souligné que ce « reste à charge » concerne non seulement des actes médicaux, mais aussi des dépenses indirectes : transports, consultations hors parcours, ou soins de support peu remboursés. Cette situation creuse un fossé entre les patientes selon leur niveau de revenu ou leur couverture complémentaire, alors même que la maladie frappe sans distinction sociale. Le président de la 6e chambre de la Cour, Bernard Lejeune, alerte par ailleurs sur les freins institutionnels à la généralisation du dépistage organisé. Il déclare, dans des propos rapportés par Sciences et Avenir : « Des centres ne veulent pas rentrer dans le dépistage organisé, car le dépistage individuel est plus rémunérateur ». Une logique économique qui va à l’encontre des objectifs de santé publique.
Dépistage, suivi : des inégalités sociales et territoriales préoccupantes
La France dispose depuis plusieurs années d’un programme de dépistage organisé, gratuit pour les femmes âgées de 50 à 74 ans. Pourtant, la participation à ce dispositif stagne à un taux inférieur à 50 %, bien en dessous des recommandations européennes. Le rapport note une « hétérogénéité des pratiques de dépistage et de suivi » qui impacte directement la qualité des soins, la précocité des diagnostics et, in fine, les chances de survie.
Cette hétérogénéité recouvre des disparités géographiques considérables. Ainsi, la densité de radiologues peut varier du simple au septuple selon les départements : 1,5 radiologue pour 10 000 femmes en Lozère, contre 11,3 à Paris, toujours selon les chiffres fournis par la Cour. Ces écarts créent une véritable inégalité d’accès aux mammographies et aux diagnostics précoces, en particulier dans les zones rurales ou sous-dotées. Le rapport dénonce par ailleurs un manque de coordination entre les professionnels et une fragmentation des parcours de soins. Des patientes peuvent ainsi se retrouver sans suivi structuré après les traitements lourds, ce qui compromet les chances de rémission et augmente le risque de rechute.
Des pistes pour renforcer une politique publique fragmentée
Face à ce constat, la Cour des comptes appelle à une réforme ambitieuse, en insistant sur la nécessité de décloisonner les parcours de soins, de renforcer l’encadrement des pratiques et d’améliorer la régulation territoriale. Elle demande également une meilleure valorisation du dépistage organisé, tant sur le plan financier que médical, pour en faire un levier central de la lutte contre le cancer du sein.
Dans son rapport, elle insiste sur les lacunes actuelles : « Hétérogénéité des pratiques de dépistage et de suivi, inégalités territoriales et sociales d’accès aux soins, coût élevé de certaines prises en charge… ». Elle invite ainsi à une réévaluation des stratégies publiques à l’aune de ces constats, pour garantir une égalité réelle face à la maladie. Alors que 12 000 femmes meurent encore chaque année du cancer du sein en France, l’urgence est manifeste. L’État, les professionnels et les assureurs complémentaires sont désormais sommés d’agir, pour que le poids économique de la maladie ne vienne plus aggraver une épreuve déjà insoutenable.
