Assurance : le marché a peur que l’IA remplace les courtiers

Les valeurs d’assurance décrochent brutalement en Bourse. En cause, un nouvel accord technologique autour de l’intelligence artificielle qui ravive la crainte d’une disruption du modèle des courtiers et fragilise l’ensemble du secteur sur les marchés financiers.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 11 février 2026 6h01
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Assurance : le marché a peur que l’IA remplace les courtiers - © Economie Matin
1,9%L’indice STOXX 600 Insurance a cédé jusqu’à 1,9 % le 10 février 2026

Le 10 février 2026, la Bourse européenne a ouvert dans le rouge pour l’assurance. Dans le sillage d’une violente baisse observée la veille à Wall Street, le marché a sanctionné les valeurs du secteur après l’annonce d’un outil d’intelligence artificielle capable de comparer et distribuer des contrats.

Assurance : une baisse déclenchée par un accord technologique aux États-Unis

Le point de départ se situe aux États-Unis. Lundi, l’indice S&P 500 Insurance a chuté de 3,9 %, sa plus forte baisse depuis octobre 2025, selon Reuters. Dans le même temps, les actions de courtiers d’assurance comme Willis Towers Watson, Aon et Arthur J. Gallagher ont décroché de 9 % à 12 %. Cette baisse soudaine en Bourse est intervenue après le lancement d’un outil de comparaison d’assurance alimenté par l’intelligence artificielle, susceptible de simplifier l’accès aux devis et, à terme, de contourner certains intermédiaires traditionnels.

En Europe, la contagion a été immédiate. L’indice STOXX 600 Insurance a cédé jusqu’à 1,9 % en séance, d’après Reuters. Parmi les valeurs les plus touchées figuraient Hiscox, en recul de 3,7 %, ainsi que Mapfre, Admiral Group, Aviva et AXA, en baisse de 2 % à 3 %, selon la même source. AXA a notamment abandonné 2,8 % en Bourse, selon Fortuneo. L’assurance européenne a payé le prix d’un choc perçu d’abord comme américain, mais interprété comme systémique pour le secteur.

Intelligence artificielle : quelles craintes pour le secteur et le marché des assurances ?

Au cœur de la baisse, une crainte domine : celle d’une désintermédiation accélérée par l’intelligence artificielle. Selon les analystes d’Oddo BHF, « les actions des courtiers ont été fortement pénalisées par le lancement d’un outil d’intelligence artificielle qui a suscité de nouvelles inquiétudes pour le secteur en lien avec le développement de l’IA ». En d’autres termes, le marché redoute que la technologie réduise la valeur ajoutée des courtiers en assurance, en automatisant la comparaison et la souscription.

Cependant, plusieurs analystes appellent à relativiser la baisse. Les experts de J.P. Morgan estiment que « nous pensons qu’une véritable perturbation devrait prendre un certain temps – au moins 24 mois », selon Reuters. De plus, Oddo BHF souligne que l’impact direct sur des groupes comme AXA ou Allianz serait limité, car ils ne sont pas exposés de manière significative au segment américain de l’assurance dommages aux particuliers. Néanmoins, même si les fondamentaux demeurent solides, la Bourse anticipe souvent avant les comptes, et la crainte suffit à déclencher une baisse généralisée du secteur.

Contagion mondiale : une réaction de panique ?

La baisse des valeurs d’assurance ne s’est pas limitée aux États-Unis et à l’Europe. En Australie, des groupes comme Insurance Australia Group ont reculé de 3,3 %, QBE Insurance Group de 3,7 % et Suncorp de 2,4 %. Le marché mondial de l’assurance a réagi de manière synchronisée, preuve que la crainte liée à l’intelligence artificielle dépasse largement un simple accord technologique ponctuel.

Pour certains observateurs, la Bourse a surtout réagi de façon émotionnelle. Des intervenants de marché cités par la presse spécialisée évoquent une logique de vente rapide : les investisseurs vendent d’abord, puis analysent ensuite l’impact réel sur le secteur. En conséquence, la baisse pourrait traduire davantage une peur de rupture du modèle d’assurance qu’une dégradation immédiate des revenus. Toutefois, tant que la visibilité sur l’intégration de l’intelligence artificielle dans la distribution d’assurance restera floue, la volatilité du marché devrait persister, alimentée par la crainte d’un bouleversement structurel du secteur.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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