Augmentations salariales 2027 : la fin des hausses générales pour tous

Moins d’une entreprise sur deux prévoit une augmentation générale en 2027. Selon l’enquête Figures menée auprès de 105 entreprises représentant 160 000 salariés, les augmentations salariales s’individualisent au profit de la performance et des rattrapages. Avec un budget moyen de 3,6%, les ménages français devront composer avec une progression salariale modérée.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 4 novembre 2026 8h00
Augmentations salariales 2027 : la fin des hausses générales pour tous
Augmentations salariales 2027 : la fin des hausses générales pour tous - © Economie Matin
48%Seuls 48% des entreprises envisagent une augmentation générale pour 2027,

Moins d'une entreprise sur deux augmentera tous ses salariés

Moins d'une entreprise sur deux prévoit d'augmenter l'ensemble de ses salariés en 2027. Une enquête menée par la plateforme de gestion des rémunérations Figures auprès de 105 entreprises représentant 160.000 salariés révèle un tournant majeur dans les politiques salariales françaises. Les augmentations générales cèdent la place à une individualisation croissante, basée sur la performance et les rattrapages salariaux. Pour les ménages français, cette évolution modifie profondément les perspectives de pouvoir d'achat.

La rupture est nette. Seuls 48% des entreprises envisagent une augmentation générale pour 2027, contre 57% l'année précédente. Autrement dit, plus d'un salarié sur deux devra désormais justifier son augmentation par sa performance individuelle plutôt que compter sur une revalorisation collective. Virgile Raingeard, PDG de Figures, souligne un phénomène d'attentisme : « Beaucoup d'entreprises attendent de connaître les choix des autres employeurs avant de fixer leur budget d'augmentation. Il faut donc rester prudent sur les premières annonces : au cours des deux dernières années, les enveloppes finalement accordées ont été inférieures d'environ 0,5 point aux prévisions initiales ».

Pour les salariés, cette prudence se traduit par une incertitude accrue. Fin octobre 2026, 43% des entreprises prévoyant une campagne d'augmentation n'avaient pas encore défini leur budget. Une situation qui retarde les négociations et complique la planification financière des ménages. La progression des salaires négociés reste également sous l'inflation, confirmant une pression durable sur le pouvoir d'achat.

Votre augmentation dépendra désormais de votre performance

L'individualisation s'impose comme la nouvelle norme. Aujourd'hui, 84% des entreprises disposent d'une enveloppe dédiée à la performance individuelle, représentant 2,1% de la masse salariale. À titre de comparaison, les hausses générales ne mobilisent plus que 1,5% du budget. Les critères d'évaluation deviennent déterminants : atteinte des objectifs, contribution aux projets stratégiques, compétences développées. Virgile Raingeard prévient : « Plus les augmentations sont individualisées, plus les décisions doivent être expliquées. Le manager doit pouvoir dire ce qui a été pris en compte et ce qui justifie le montant accordé ».

Pourtant, 54% des entreprises ne communiquent toujours pas sur les salaires, créant un fossé entre discours de transparence et pratiques réelles. Les salariés naviguent souvent à l'aveugle, ignorant les grilles salariales et les critères d'augmentation. Une opacité qui complique les négociations et alimente les frustrations, particulièrement dans les équipes où les écarts de rémunération restent inexpliqués.

Quels salaires pour les ménages français en 2027 ?

+3,6% en moyenne : insuffisant face à l'inflation ?

Le budget moyen d'augmentation prévu pour 2027 atteint 3,6% parmi les 53 entreprises les plus avancées dans leur planification. Pondéré par le nombre de salariés, ce chiffre tombe à 2,7%, les grands employeurs prévoyant des enveloppes plus modestes. La tendance décroissante se confirme depuis 2024 : 4,8% cette année-là, 4% en 2025, 3,3% en 2026. Une trajectoire qui interroge au regard de l'inflation. Si les prix à la consommation progressent plus rapidement, le pouvoir d'achat des ménages continuera de s'éroder malgré les augmentations nominales.

Les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. La tech et la finance maintiennent des budgets plus généreux, tandis que le commerce et l'industrie traditionnelle resserrent les cordons. Pour un salarié gagnant 2.500 euros mensuels, une augmentation de 2,7% représente 67 euros bruts supplémentaires par mois, soit environ 50 euros nets. Une progression qui peine à compenser la hausse des dépenses contraintes : énergie, alimentation, logement.

Les rattrapages salariaux : qui en bénéficiera ?

Une dynamique positive émerge néanmoins. 52% des entreprises envisagent un budget d'ajustement des salaires par rapport au marché, contre seulement 34% en 2026. Les salariés sous-payés par rapport aux standards de leur secteur et de leur niveau d'expérience pourraient obtenir des corrections significatives. Parallèlement, 41% des entreprises prévoient une enveloppe consacrée à l'égalité salariale, doublant le taux de 2026 (20%). Les femmes, statistiquement moins bien rémunérées à compétences égales, figurent parmi les principales bénéficiaires potentielles.

« Les entreprises ciblent davantage leurs augmentations pour reconnaître la performance, rattraper les salaires inférieurs au marché et corriger les écarts entre les femmes et les hommes. La perspective d'une plus grande transparence salariale pourrait aussi les inciter à anticiper ces corrections », amalyse Virgile Raingeard. La directive européenne sur la transparence salariale, applicable progressivement, pousse les employeurs à justifier leurs décisions. Un levier supplémentaire pour les salariés informés et préparés à négocier.

Comment négocier votre augmentation en 2027

Performance, rattrapage de marché : les nouveaux critères

Préparer sa négociation devient un exercice stratégique. Première étape : documenter sa performance. Bilans de projets, indicateurs atteints, retours clients, contributions exceptionnelles constituent autant de preuves tangibles. Deuxième étape : benchmarker son salaire. Des plateformes comme Figures, Glassdoor ou LinkedIn Salary permettent de comparer sa rémunération aux standards du marché. Un écart de 10 à 15% justifie légitimement une demande d'ajustement.

Troisième étape : choisir le bon moment. Les campagnes d'augmentation se concentrent généralement entre janvier et mars. Anticiper en sollicitant un entretien dès novembre ou décembre maximise les chances d'inscription au budget. Quatrième étape : argumenter avec précision. Remplacer « Je pense mériter une augmentation » par « Mes résultats sur le projet X ont généré Y euros d'économies, et mon salaire reste Z% sous le marché » change radicalement la dynamique de négociation.

La transparence salariale : un outil pour les salariés

La directive européenne oblige progressivement les entreprises à communiquer sur leurs grilles salariales et à justifier les écarts. Pour les salariés, cette évolution représente une opportunité historique. Connaître les fourchettes de rémunération de son poste, comprendre les critères d'évolution, identifier les écarts injustifiés : autant d'informations qui rééquilibrent le rapport de force avec l'employeur.

Attention toutefois aux désillusions : 28% des entreprises accusent du retard dans la mise en conformité avec la directive. Les salariés devront parfois insister, voire s'appuyer sur les représentants du personnel, pour obtenir les informations auxquelles ils ont légalement droit. La mobilisation sociale pourrait s'intensifier si les promesses de transparence tardent à se concrétiser.

L'année 2027 marque un tournant dans les politiques salariales françaises. Les augmentations générales s'effacent au profit d'une logique de performance et de rattrapage. Pour les salariés, cette individualisation exige préparation, information et capacité de négociation. Les ménages devront composer avec des budgets d'augmentation modérés, tout en saisissant les opportunités offertes par les ajustements de marché et la transparence croissante. Une équation complexe où l'information devient le premier levier de pouvoir d'achat.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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