L’administration Trump envisage d’imposer aux banques américaines la collecte systématique d’informations sur la citoyenneté de leurs clients. Une initiative présentée comme un outil de lutte contre l’immigration irrégulière, mais qui soulève de lourdes interrogations sur le risque de déportation.
Les banques bientôt chargées de vérifier la citoyenneté ? Le projet explosif de Trump

Le 24 février 2026, plusieurs médias américains ont révélé que l’administration de Donald Trump étudiait une mesure contraignant chaque banque opérant aux États-Unis à collecter des informations précises sur la citoyenneté de ses clients. L’information, initialement rapportée par le Wall Street Journal puis confirmée par Reuters, indique que la Maison Blanche « envisage une action obligeant les banques à collecter des informations sur la citoyenneté ».
Trump veut utiliser les banques pour ficher les citoyens
Concrètement, il ne s’agirait pas seulement d’une formalité pour les nouveaux clients. D’après Semafor, l’option discutée serait rétroactive : les banques devraient également exiger des justificatifs des titulaires de comptes existants. Des millions de clients pourraient être contraints de fournir un passeport ou un autre document attestant leur statut de citoyen. La portée exacte du dispositif reste floue. The Washington Post précise qu’il n’est « pas clair si la mesure viserait seulement la collecte d’informations ou irait jusqu’à imposer la fermeture de comptes en l’absence de documentation supplémentaire ». Cette incertitude nourrit les inquiétudes.
Pour l’instant, la Maison Blanche nie toute décision formelle. « Toute information sur une éventuelle politique qui n’a pas été officiellement annoncée par la Maison Blanche relève de la spéculation infondée », a déclaré le porte-parole Kush Desai, cité par Semafor. Une formule qui ne dément pas les discussions en cours.
La banque : un outil contre les citoyens immigrés ?
Aujourd’hui, les banques américaines sont déjà soumises à des obligations strictes de vérification d’identité dans le cadre des règles dites « know your customer », destinées à lutter contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Toutefois, comme le rappelle Axios, elles ne sont pas tenues de collecter ni de vérifier systématiquement la citoyenneté de leurs clients. D’ailleurs, il n’existe pas d’interdiction générale empêchant un non-citoyen vivant aux États-Unis d’ouvrir un compte bancaire. La réforme envisagée marquerait donc un changement majeur dans la philosophie du système bancaire américain.
Un point crucial ressort des enquêtes publiées. Selon The Washington Post, environ 50 % de la population américaine ne dispose pas de passeport. Ce qui signifie qu’une exigence généralisée de preuve de citoyenneté pourrait toucher non seulement des immigrés, mais aussi des citoyens américains n’ayant jamais eu besoin d’un tel document. D’autant que Semafor ajoute que les cartes REAL ID ne constitueraient pas une preuve suffisante de citoyenneté, car elles n’attestent pas du statut légal de citoyen. Le paradoxe est frappant : après près de 20 ans d’efforts fédéraux pour généraliser ces cartes d’identité renforcées, celles-ci pourraient se révéler insuffisantes dans le cadre d’une nouvelle exigence bancaire.
En toile de fond, la question de la surveillance se pose. Une banque deviendrait-elle un relais administratif chargé de vérifier le statut migratoire de ses clients ? « Vérifier le statut de citoyenneté de chaque client bancaire serait irréalisable », estime une personne au fait des discussions, citée par Semafor. Un lobbyiste du secteur financier parle même d’un « cauchemar total ».
Vers un outil indirect d’exclusion des Etats-Unis ?
L’initiative s’inscrit dans un contexte politique plus large. Axios indique que la mesure envisagée fait partie des efforts plus vastes de l’administration Trump pour restreindre l’accès des immigrés en situation irrégulière aux services financiers et aux avantages économiques. Or, priver un individu d’accès à une banque revient à limiter drastiquement sa capacité à travailler, louer un logement, recevoir un salaire ou effectuer des paiements. L’exclusion bancaire peut ainsi devenir un levier indirect de pression migratoire.
Dans ce contexte, la collecte massive de données de citoyenneté par les banques pourrait faciliter le croisement d’informations avec d’autres bases de données fédérales. Aucune source ne confirme à ce stade un partage automatique avec les autorités migratoires. Néanmoins, l’hypothèse alimente les inquiétudes des défenseurs des libertés civiles. Car la question centrale n’est pas seulement juridique. Elle est structurelle. Une banque, acteur privé, deviendrait-elle un maillon central d’un système de contrôle du statut migratoire ? Le glissement est subtil, mais potentiellement profond.
Liberté individuelle : le risque d’une surveillance élargie aux Etats-Unis
La collecte généralisée de données de citoyenneté pose enfin un enjeu de protection des données. Plus une banque accumule d’informations sensibles, plus le risque d’usage détourné, de fuite ou de croisement algorithmique augmente. Reuters note que la mesure, si elle était adoptée, pourrait avoir « des implications significatives pour la vie privée et la collecte de données dans le secteur bancaire ». Le statut de citoyen – information hautement sensible – deviendrait une donnée standard intégrée aux systèmes de conformité bancaire. Or, dans un environnement marqué par l’automatisation croissante des contrôles, l’intelligence artificielle et les échanges de données interagences, chaque nouvelle catégorie d’information peut renforcer les capacités de profilage.
À cela s’ajoute une incertitude juridique. Axios souligne que des experts s’interrogent sur la faisabilité légale d’une exigence généralisée de preuve de citoyenneté. Entre contraintes constitutionnelles, lois sur la discrimination et règles bancaires existantes, le terrain est complexe. Au-delà des difficultés techniques, c’est une question de société qui se dessine : jusqu’où un État peut-il déléguer aux institutions financières le rôle de filtre administratif ? Et à quel moment la lutte contre l’immigration irrégulière se transforme-t-elle en extension du périmètre de surveillance du citoyen ?
