La campagne « Va chier », lancée à partir du 1er mars dans le cadre de Mars Bleu, entend bousculer les consciences autour du cancer colorectal. Derrière la provocation assumée, l’objectif est de relancer le dépistage d’un cancer qui reste l’un des plus meurtriers en France, alors même qu’un test simple, non invasif et gratuit permet d’en améliorer significativement le pronostic.
Cancer colorectal : une campagne choc pour relancer le dépistage

Le 1er mars 2026 marque le coup d’envoi officiel de Mars Bleu, mois dédié à la sensibilisation au cancer colorectal. Cette année, la Ligue contre le cancer a choisi un slogan volontairement abrupt : « Va chier ». Une formule choc, assumée, pour inciter au dépistage du cancer colorectal et lever les blocages psychologiques qui freinent encore la participation au programme national.
Un cancer colorectal fréquent malgré un dépistage organisé
Chaque année en France, environ 47 000 nouveaux cas de cancer colorectal sont diagnostiqués et près de 17 000 décès lui sont attribués. Ce test non invasif est le moyen de dépister le cancer colorectal. Ces chiffres placent le cancer colorectal parmi les cancers les plus fréquents et les plus meurtriers du pays. Pourtant, un programme national de dépistage du cancer colorectal existe depuis plusieurs années. Il s’adresse aux femmes et aux hommes âgés de 50 à 74 ans, sans symptôme ni facteur de risque particulier, et repose sur un test immunologique à réaliser tous les deux ans.
Ce dépistage permet de détecter la présence de sang invisible à l’œil nu dans les selles, signe possible de lésions précancéreuses ou d’un cancer colorectal à un stade précoce. Or, malgré l’organisation structurée de ce dépistage, la participation demeure insuffisante. Le taux de réalisation du test n’atteignait que 28,4 % de la population cible. Ce niveau reste nettement en deçà des objectifs fixés par les autorités sanitaires, alors même que le cancer colorectal peut être guéri dans 9 cas sur 10 lorsqu’il est détecté suffisamment tôt, comme le rappelle la Ligue contre le cancer dans le cadre de Mars Bleu.
« Une raison psychologique » au cœur du non-recours
Si le test de dépistage du cancer colorectal est gratuit, simple et réalisable à domicile, pourquoi une majorité des personnes concernées ne l’effectue-t-elle pas ? La réponse, selon les professionnels de santé, tient avant tout à un facteur humain. Dans l’émission « Bonjour ! La Matinale TF1 », le médecin Jean-Marc Sène a déclaré : « les gens ne font pas [le test], c’est avant tout pour une raison psychologique et non médicale car c’est très simple à faire et non invasif, mais ça reste un sujet intime qui est encore tabou ». Le principal obstacle au dépistage du cancer colorectal est la gêne, la pudeur, voire le déni. En effet, le cancer colorectal touche à une sphère intime du corps. Par conséquent, beaucoup hésitent à manipuler un échantillon de selles, même si la procédure est conçue pour être simple et hygiénique.
De plus, certains redoutent le résultat, et préfèrent ne pas savoir, alors même que l’absence de symptôme ne signifie pas absence de maladie. Ainsi, le frein psychologique agit comme un verrou silencieux, freinant le recours au dépistage organisé. La campagne « Va chier » s’inscrit précisément dans cette logique : provoquer pour banaliser. En utilisant un langage direct, voire brutal, la Ligue contre le cancer cherche à désacraliser le geste et à transformer un acte perçu comme honteux en réflexe de santé publique. Le slogan vise à susciter une réaction, puis une discussion, et enfin un passage à l’action en faveur du dépistage du cancer colorectal.
Un test non invasif, simple et déterminant
Le test immunologique proposé dans le cadre du dépistage du cancer colorectal est qualifié de non invasif. Concrètement, il ne nécessite ni hospitalisation, ni anesthésie, ni examen interne. Il se réalise à domicile, à l’aide d’un kit fourni sur invitation ou remis par un professionnel de santé. "Recevez votre kit de dépistage : demandez-le en ligne à monkit.depistage-colorectal.fr ou récupérez-le directement en pharmacie", indique La Ligue contre le cancer sur son site.
L’échantillon est ensuite envoyé au laboratoire pour analyse. Ce dispositif repose sur la détection de sang occulte dans les selles. Si le résultat est positif, une coloscopie est prescrite afin de visualiser le côlon et, le cas échéant, retirer des polypes ou confirmer la présence d’un cancer colorectal. En revanche, si le test est négatif, il est simplement renouvelé deux ans plus tard, conformément au protocole national. L’enjeu est considérable.
Détecté à un stade précoce, le cancer colorectal présente un taux de survie très élevé, atteignant 90 % dans les formes localisées, selon les données rappelées par la Ligue contre le cancer. À l’inverse, diagnostiqué tardivement, lorsque des symptômes apparaissent, le pronostic se dégrade nettement. Dès lors, le dépistage constitue un levier majeur de réduction de la mortalité.
