Le rallye des marchés japonais a-t-il encore du potentiel ?

En septembre dernier, nous avions identifié deux principaux catalyseurs à moyen terme pour le marché japonais : (i) la mise en œuvre de réformes de la gouvernance d’entreprise, qui devraient permettre une amélioration significative de la rentabilité des fonds propres (ROE) ; (ii) une progression attendue des bénéfices, soutenue par la reprise du cycle manufacturier mondial. Ces deux éléments continuent de soutenir les actions japonaises, auxquels s’ajoute désormais le potentiel impact positif des mesures de relance budgétaire.

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By Claudia Panseri Published on 25 février 2026 4h30
Banque Japon Emprunts Taux Negatifs
@shutter - © Economie Matin
1,70%Taux de croissance annuel du PIB au Japon a atteint en moyenne 1,70 % entre 1981 et 2025

La victoire historique de la Première ministre pro-croissance Sanae Takaichi, qui a obtenu une supermajorité à la chambre basse avec près de 70 % des sièges, constitue un facteur de soutien supplémentaire pour le marché japonais. Il s’agit de la plus grande majorité depuis 1945, ce qui lui permettra de surmonter toute opposition à son programme expansionniste, que ce soit des partis rivaux ou de la chambre haute. Ce programme prévoit une augmentation des dépenses pour la défense et les industries stratégiques, ainsi qu’une réduction de la taxe sur les produits alimentaires pendant deux ans. Avec quatre ans avant les prochaines élections générales, elle dispose également du temps nécessaire pour mener des réformes de gouvernance d’entreprise plus ambitieuses, avec des mesures susceptibles de rendre les actifs japonais plus attractifs pour les investisseurs internationaux.

Avec une progression d’environ 40 % du TOPIX depuis 2025 et de 10 % depuis le début de l’année, la question se pose : le rallye des marchés japonais peut-il se poursuivre ? Nous pensons que oui. Un leadership politique fort et stable a historiquement constitué un puissant moteur pour les actifs japonais : lors des 100 jours suivant les grandes victoires du parti au pouvoir— comme sous Koizumi en 2005 ou Abe en 2012 et 2014—le TOPIX a enregistré des gains proches de 20 %. D’autres éléments de soutien demeurent : la dynamique bénéficiaire reste solide, et le retour d’une «bonne» inflation, portée par la reprise des salaires réels, constitue un facteur très favorable. Nous anticipons ainsi une accélération de la croissance des bénéfices, de 4 % en 2025 à 10 % en 2026.

Les valorisations apparaissent moins attractives à ce jour. Le ratio cours/ bénéfices (P/E) de l’indice MSCI Japon s’établit à 17,7x, soit le haut de sa fourchette historique (12 à 18x) ; il n’apparaît donc pas particulièrement bon marché. Toutefois, au vu du potentiel d’amélioration de la rentabilité des fonds propres, cette valorisation nous semble justifiée.

De plus, dans un contexte de hausse des valorisations mondiales, les actions japonaises restent attractives en comparaison internationale.

Où investir ? Nous maintenons donc notre recommandation Attractive sur les actions japonaises et voyons un potentiel de hausse supplémentaire, notamment dans les secteurs bénéficiant des politiques domestiques (défense, banques, immobilier, services informatiques) et des thématiques globales (énergie, data centers, automatisation, certains constructeurs automobiles).

Un risque subsiste. Les inquiétudes persistantes autour de la trajectoire budgétaire pourraient se traduire par une remontée durable des taux souverains japonais et un affaiblissement supplémentaire du yen, ce qui pèserait sur le moral des investisseurs en actions. Toutefois, le gouvernement semble conscient du rôle des craintes budgétaires dans la récente hausse des taux et la dépréciation du yen. Les grandes orientations, notamment le financement de la baisse de la TVA et les objectifs budgétaires, devraient être clarifiées lors de l’adoption des « politiques fondamentales » en juin, avec des annonces attendues dès avril. Cela devrait progressivement rassurer les marchés et favoriser une stabilisation des taux. À l’inverse, une communication mal maîtrisée pourrait provoquer une nouvelle chute du yen, obligeant la Banque du Japon à relever ses taux plus tôt que prévu (nous prévoyons une hausse de 25 points de base en fin d’année). Dans ce scénario, la pression haussière sur les taux directeurs pourrait l’emporter sur l’effet stabilisateur lié à la dissipation des craintes budgétaires, entraînant une nouvelle progression des rendements et une possible correction du marché des actions japonaises.

Panseri

Chief Investment Officer chez UBS WM France

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