Michael Burry, l’homme qui avait prédit la crise des subprimes en 2008, refait surface. En visant directement les géants de l’intelligence artificielle, il parie sur un retournement brutal de la Bourse. Son geste réactive un mot oublié depuis des années : « bulle ».
Celui qui a anticipé les subprimes parie sur l’explosion de la bulle IA

Le 31 octobre 2025, Michael Burry, l’investisseur rendu célèbre par The Big Short, — a publié un message énigmatique sur X : « Parfois, on voit des bulles. Parfois, il y a quelque chose à faire. Parfois, la seule manière de gagner c’est de ne pas jouer ». Ce post, à la tonalité apocalyptique, visait l’intelligence artificielle, nouvel eldorado des marchés financiers. Dans un climat d’euphorie boursière, où les investisseurs misent massivement sur l’IA, le geste de Burry résonne comme un avertissement.
Michael Burry, le « Big Short » devenu guetteur de bulles boursières
Michael Burry n’est pas un investisseur comme les autres. Fondateur du fonds Scion Asset Management, il s’est fait connaître pour avoir anticipé l’effondrement du marché immobilier américain avant la crise de 2008, engrangeant des gains considérables en pariant contre les crédits subprimes. Son parcours, immortalisé dans le film The Big Short, a fait de lui une figure respectée de la Bourse mondiale.
Depuis, Burry s’est construit une réputation d’analyste contrarien. Là où la majorité voit des opportunités, lui décèle des excès. Selon Business Insider, il observe aujourd’hui dans l’intelligence artificielle les mêmes symptômes que dans la bulle Internet des années 2000 : une croissance fulgurante, des valorisations irréalistes et une croyance quasi religieuse dans une technologie « qui changera tout ». Sa méthode est radicale : il n’émet pas de simples avertissements, il agit sur les marchés. Comme en 2008, il a choisi la voie du pari à la baisse, un signal d’alarme rarement anodin.
Les paris de Burry : Nvidia et Palantir dans le viseur
Les documents réglementaires déposés auprès de la SEC au 30 septembre 2025 révèlent que Scion Asset Management détient des options de vente (puts) sur environ 1 million d’actions Nvidia, pour un montant notionnel de 187 millions de dollars, et sur 5 millions d’actions Palantir, soit 912 millions de dollars, selon Business Insider. Ces chiffres ne laissent aucun doute : Burry ne se contente pas d’observer une bulle mais mise activement sur son éclatement.
L’annonce de ces positions a immédiatement fait trembler Wall Street. D’après The Washington Post, les titres Palantir et Nvidia ont respectivement chuté de 8 % et 4 % dans la journée suivant la révélation. Les deux sociétés incarnent pourtant le cœur de la révolution technologique actuelle : Palantir, avec ses logiciels d’analyse de données pour l’armée et les entreprises ; Nvidia, leader incontesté des puces IA qui alimentent les modèles d’intelligence artificielle générative.
Cette attaque frontale contre les champions du secteur a provoqué la colère de certains dirigeants. Le PDG de Palantir, Alex Karp, aurait dénoncé une « lecture myope » des marchés, estimant que « les fondamentaux de l’IA n’ont jamais été aussi solides », relaye CNBC. Pourtant, les chiffres montrent une réalité plus contrastée : la capitalisation boursière de Nvidia a dépassé les 5 000 milliards de dollars, un record absolu pour une entreprise technologique, tandis que Palantir affiche un ratio cours/bénéfices de 439,45x, selon 247WallSt, des niveaux typiques de fin de cycle spéculatif.
Bourse : Une bulle de l’intelligence artificielle ?
Ce que Michael Burry redoute, c’est un emballement collectif comparable à celui des dotcoms, la bulle d’Internet au début des années 2000. Dans un entretien cité par Business Insider, il souligne que « les valorisations de l’IA reposent davantage sur la promesse que sur la rentabilité ». Autrement dit, les entreprises vendent un futur hypothétique plutôt qu’une croissance tangible.
De fait, la Bourse s’est emballée autour de quelques valeurs phares : Nvidia, Palantir, Super Micro Computer ou encore Arm Holdings. Toutes ont vu leur cours doubler, tripler, voire quadrupler depuis le début de 2024. Mais cette ascension s’appuie sur un phénomène fragile : des dépenses d’investissement massives dans les infrastructures IA, alors même que la demande réelle peine à suivre.
Les chiffres montrent également une explosion des dépenses en capital des géants technologiques : Amazon, Microsoft et Google ont chacun investi plus de 65 milliards de dollars dans leurs data centers cette année, soit +40 % par rapport à 2024. Pour Burry, cet effort frénétique rappelle les dérives du passé, où la conviction d’un changement de paradigme justifiait toutes les extravagances financières. De plus, les marges de certains acteurs s’érodent. Palantir, par exemple, affiche un bénéfice net marginal malgré des revenus record. Nvidia, de son côté, dépend à plus de 85 % des ventes liées à l’IA.
Risque d’éclatement de la bulle : un avertissement qui secoue les marchés
Lorsqu’un investisseur devenu célèbre pour avoir prévu la dernière grande crise financière évoque une bulle, le mot pèse lourd. Le même jour que son post sur X, plusieurs indices technologiques ont reculé : le Nasdaq 100 a perdu 2,7 %, et l’indice Philadelphia Semiconductor plus de 3 %, selon The Guardian.
Les réactions contrastées soulignent le clivage actuel : d’un côté, les optimistes estiment que l’IA représente une révolution comparable à l’électricité ou à Internet ; de l’autre, les sceptiques comme Burry craignent un effondrement dès que les résultats ne justifieront plus les espoirs. Pour lui, la Bourse n’a pas retenu les leçons de 2008 : « Les marchés aiment les récits plus que les chiffres. L’intelligence artificielle est le récit parfait. », relaye le Business Insider. Il voit dans cette euphorie une distorsion entre la valeur réelle et la valeur perçue.
Faut-il le croire ?
Burry n’a pas toujours eu raison : ses alertes sur Tesla ou Bitcoin se sont soldées par des pertes. Toutefois, son approche analytique fondée sur les bilans et les flux de trésorerie lui confère une crédibilité particulière. Contrairement à de simples commentateurs, il agit avec son propre argent.
Son choix d’utiliser des options put traduit une stratégie défensive : en pariant sur la baisse sans détenir directement les titres, il limite son risque tout en profitant d’une éventuelle correction. Cette posture renforce l’idée que sa méfiance n’est pas rhétorique. Burry n’annonce pas une crise imminente ; il signale une déconnexion croissante entre promesse et rentabilité. Comme en 2008, il reste à savoir si les autres l’écouteront à temps.
