Ce que révèle la Coupe du monde 2026 sur l’organisation du travail

La Coupe du monde 2026 met en lumière les défis de planification des effectifs pour les entreprises. Selon une étude, 37 % des salariés français adapteront leurs horaires pendant le tournoi, ce qui risque d’impacter la productivité. Les entreprises performantes anticipent ces perturbations pour maintenir une activité sans rupture et l’agilité devient un avantage compétitif.

Russell Howe
By Russell Howe Published on 10 juin 2026 14h01
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Ce que révèle la Coupe du monde 2026 sur l’organisation du travail - © Economie Matin
37%En France, 37 % des salariés déclarent prévoir d'adapter leurs horaires pendant le tournoi.

Alors que tous les regards se tournent vers la Coupe du monde de la FIFA, les discussions portent surtout sur le tourisme, les sponsors et les milliards générés par cette compétition planétaire. Mais pour les employeurs, en particulier ceux qui gèrent des équipes de terrain, la question la plus importante est peut-être beaucoup plus concrète : auront-ils les bonnes personnes, au bon endroit, au bon moment ?

Les grands événements culturels et sportifs ont toujours influencé les comportements au travail. La différence, aujourd'hui, ne tient pas seulement à leur visibilité. Elle tient à la capacité des entreprises à transformer les signaux issus de leurs effectifs en actions concrètes, en temps réel, avant qu'ils n'affectent le service, la productivité ou l'expérience collaborateur.

Combler l'écart d'exécution les jours de match

Selon une récente étude, les entreprises incapables de s'adapter aux perturbations au moment où elles surviennent pourraient perdre plusieurs dizaines de millions d'euros en productivité.

En France, 37 % des salariés déclarent prévoir d'adapter leurs horaires pendant le tournoi. Près d'un salarié sur cinq s'attend à regarder des matchs ou des résumés en streaming pendant ses heures de travail. Plus d'un quart des répondants, 28 %, anticipent de venir travailler fatigués, voire épuisés, après avoir regardé des matchs, tandis que 10 % reconnaissent qu'ils pourraient arriver avec la « gueule de bois ».

Ces résultats peuvent prêter à sourire. Ils révèlent pourtant un point essentiel : les salariés indiquent déjà de quelle manière le tournoi risque d'affecter la présence, la planification et la productivité au travail. Un collaborateur en retard sur une prise de poste, une transmission manquée, un service non pourvu peuvent sembler anecdotiques pris isolément. Mais à l'échelle de plusieurs équipes et de plusieurs sites, ces situations s'accumulent et peuvent avoir un impact opérationnel et financier majeur. Les petites inefficacités deviennent coûteuses lorsqu'elles se multiplient.

Pour les employeurs, en particulier ceux qui pilotent des équipes de terrain, il ne s'agit donc pas seulement d'un enjeu de flexibilité. C'est un véritable défi de planification des effectifs.

Une transformation déjà engagée

La Coupe du monde ne crée pas cette évolution. Elle la rend simplement plus visible.

Depuis plusieurs années, les salariés accordent une importance croissante à l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Dans tous les secteurs, la flexibilité n'est plus perçue comme un avantage réservé à quelques privilégiés. Elle est désormais une composante attendue et structurante de l'expérience collaborateur.

La question n'est donc plus de savoir si les salariés chercheront davantage de flexibilité pendant les grands événements. La vraie question est de savoir si les entreprises sont prêtes à gérer ces demandes de manière structurée et efficace, en particulier lors d'un événement culturel mondial dont les effets sur le travail sont largement prévisibles.

Les entreprises les plus performantes ont déjà intégré ce changement. Au-delà de la Coupe du monde, elles inscrivent la flexibilité des collaborateurs dans leurs stratégies afin de renforcer leur agilité opérationnelle. Elles anticipent les besoins, répondent en temps réel et maintiennent l'activité sans rupture.

Garder l'équipe sur le terrain

La Coupe du monde illustre de manière très concrète l'impact que peuvent avoir les grands événements culturels sur l'organisation du travail.

Pris séparément, un salarié qui arrive en retard, demande un congé ou échange un service ne constitue pas nécessairement un problème. Collectivement, ces comportements peuvent créer des sous-effectifs, complexifier les plannings et accroître la pression sur les managers comme sur les équipes.

Dans la distribution, l'hôtellerie-restauration, l'industrie, la santé, le transport ou la logistique, maintenir des niveaux d'effectifs suffisants est indispensable pour garantir la qualité de service et atteindre les objectifs opérationnels. Contrairement aux environnements de bureau, de nombreuses organisations de terrain ne peuvent pas simplement absorber des absences imprévues ou reporter le travail au lendemain.

Sans vouloir empêcher les salariés de profiter de la Coupe du monde, l'enjeu est de trouver le bon équilibre entre leurs attentes et les impératifs de l'activité.

Les capitaines aussi doivent jouer

Les managers se trouvent au cœur de cet équilibre. L'étude montre qu'ils sont eux-mêmes plus nombreux que les non-managers à envisager d'adapter leurs horaires pendant le tournoi : 44 % contre 21 %. Dans le même temps, ils restent responsables de la couverture des postes, du traitement des demandes des salariés et de la continuité opérationnelle.

Ce constat souligne l'évolution continue du rôle managérial. Les managers d'aujourd'hui doivent non seulement piloter la performance, mais aussi créer une expérience collaborateur positive tout en composant avec des besoins de plus en plus dynamiques.

Pour y parvenir, ils doivent disposer d'une visibilité claire sur les niveaux d'effectifs, la demande opérationnelle et les disponibilités des collaborateurs. La planification devient nettement plus simple lorsque les managers peuvent anticiper les perturbations potentielles plutôt que d'y réagir dans l'urgence.

Anticiper plutôt que subir

La Coupe du monde présente une particularité relativement rare : les employeurs savent qu'elle arrive.

Si les résultats des matchs restent incertains, les conséquences sur l'organisation du travail sont, elles, largement prévisibles. Les salariés demanderont des congés, échangeront des services, adapteront leurs horaires et chercheront des moyens de suivre la compétition. Les entreprises qui traverseront le tournoi avec le plus de succès seront celles capables d'identifier les points de tension en amont, de réagir en temps réel et de maintenir l'activité lorsque les conditions évoluent.

Au fond, l'enseignement dépasse largement le football.

Les attentes des salariés continuent d'évoluer, et l'agilité dans la gestion des effectifs devient un avantage compétitif. Les entreprises capables de concilier flexibilité, performance opérationnelle et affectation des bonnes personnes au bon endroit, au bon moment, seront mieux préparées à la Coupe du monde et à l'avenir du travail lui-même.

Russell Howe

Group Vice President EMEA de UKG

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