La censure a de nouveau échoué à l’Assemblée nationale. Malgré deux motions déposées contre le gouvernement de Sébastien Lecornu après l’usage du 49.3 sur le budget 2026, la majorité requise n’a pas été atteinte. Un épisode politique révélateur des fractures parlementaires actuelles.
Censure et budget 2026 : les votes qui ont sauvé le gouvernement

La censure s’est invitée au cœur du débat budgétaire ce vendredi 23 janvier 2026. À Paris, à l’Assemblée nationale, deux motions de censure ont été examinées contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, quelques heures après le recours à l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter sans vote la première partie du budget de l’État pour 2026.
La censure au test du budget 2026
La censure constitue l’arme parlementaire ultime pour renverser un gouvernement. Pourtant, dans le cadre du budget 2026, elle n’a pas suffi. Après l’activation du 49.3 sur la partie recettes, deux motions distinctes ont été déposées, traduisant des oppositions politiques aux motivations différentes mais convergentes sur le rejet de la méthode gouvernementale.
La première motion de censure, portée par les groupes de gauche composés de La France insoumise, des écologistes et des communistes, visait directement la stratégie budgétaire et le recours répété au 49.3. Cette motion a recueilli 269 voix, soit 19 de moins que la majorité absolue requise de 288 députés. Malgré une mobilisation importante, l’absence du soutien du Parti socialiste a empêché toute bascule.
La seconde motion de censure, déposée par le Rassemblement national et l’Union des droites pour la République, s’inscrivait dans une logique différente. Elle visait à dénoncer un budget jugé contraire au pouvoir d’achat et à la souveraineté économique. Toutefois, cette motion n’a obtenu que 142 voix, très loin du seuil nécessaire. Là encore, l’absence de convergence entre les oppositions a pesé lourdement.
Qui a voté la censure, qui l’a bloquée
La censure révèle autant les oppositions que les équilibres fragiles de l’Assemblée nationale. Lors de ces votes, le rôle des groupes intermédiaires a été déterminant. Le Parti socialiste et Les Républicains ont refusé de voter les motions de censure, empêchant ainsi toute majorité alternative de se constituer.
Ce positionnement a suscité de vives critiques à gauche. Éric Coquerel, député de La France insoumise, a dénoncé un texte budgétaire qu’il juge illégitime, déclarant que « tout dans ce budget est escroquerie, honte à ceux qui l'ont conçu ». Cette déclaration illustre la radicalité du rejet exprimé par une partie de l’opposition, mais aussi son isolement parlementaire.
À l’inverse, le gouvernement assume une ligne de fermeté tempérée par la reconnaissance de sa fragilité. Laurent Panifous, ministre des relations avec le Parlement, a reconnu « une majorité fragile » et appelé à « beaucoup d’humilité ». Cette prudence traduit la conscience, au sein de l’exécutif, que chaque vote constitue un test à haut risque dans un hémicycle profondément fragmenté.
Le choix du Parti socialiste de ne pas soutenir la censure a également été justifié publiquement. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a expliqué qu’il refusait toute alliance conduisant à « finir avec une majorité plus à droite ou même d’extrême droite ». Une position stratégique qui, de fait, a sauvé le gouvernement.
Une nouvelle censure déjà en préparation
Si la censure a échoué à deux reprises, l’épisode est loin d’être clos. Dès le rejet des motions, Sébastien Lecornu a engagé de nouveau la responsabilité de son gouvernement en déclenchant un second article 49.3, cette fois sur la partie dépenses et l’ensemble du budget 2026. Le Rassemblement National a d'ores et déjà annoncé une nouvelle motion à cette occasion.
Cette décision ouvre mécaniquement la voie à de nouvelles motions de censure. Les groupes de gauche ont déjà annoncé leur intention d’en déposer d’autres dans les prochains jours. Ces nouvelles tentatives de censure devraient être examinées en début de semaine prochaine à l’Assemblée nationale, dans un climat politique toujours tendu.
Toutefois, les équilibres observés lors des votes précédents laissent peu de place au suspense. Sans modification profonde des positions du Parti socialiste ou des Républicains, aucune censure ne semble en mesure d’atteindre les 288 voix nécessaires. La répétition des motions souligne davantage un rapport de force symbolique qu’une réelle capacité à renverser le gouvernement.
Pour l’exécutif, cette séquence de censure confirme une stratégie assumée de passage en force budgétaire, au prix d’un isolement politique croissant. Pour l’opposition, elle met en lumière l’impossibilité, à ce stade, de transformer le rejet du budget en alternative parlementaire crédible. La censure, pourtant centrale dans le débat institutionnel, apparaît ainsi comme un outil puissant mais structurellement limité dans une Assemblée éclatée.
