Les pompes à chaleur sont au cœur d’un recentrage stratégique de l’État. À partir de 2026, certaines aides publiques seront réservées aux modèles fabriqués en Europe. Objectif affiché : soutenir l’industrie locale, encadrer la qualité et redéfinir l’accès aux certificats d’économie d’énergie.
Pompes à chaleur : pourquoi l’État réserve désormais certaines aides aux modèles européens

Le 23 janvier 2026 marque un tournant pour le marché des pompes à chaleur en France. Le gouvernement a officialisé un changement profond dans la manière dont les aides publiques seront distribuées. Désormais, l’origine industrielle des équipements pèsera directement sur l’accès aux soutiens financiers, en particulier ceux liés aux certificats d’économie d’énergie.
Une nouvelle architecture des aides et des certificats d’économie d’énergie
Les pompes à chaleur restent au cœur de la stratégie énergétique nationale. Elles sont présentées comme un levier essentiel pour réduire la consommation d’énergie fossile dans le résidentiel. Toutefois, l’accès aux aides évolue. Le dispositif cible désormais en priorité la bonification des certificats d’économie d’énergie, un mécanisme clé du financement des installations.
Concrètement, seules certaines pompes à chaleur pourront bénéficier de ces bonifications renforcées. Pour y accéder, les modèles devront figurer sur une liste d’équipements agréés. Cette liste sera établie par les pouvoirs publics, après une procédure formelle d’évaluation. Les équipements non agréés ne seront pas interdits à la vente, mais ils perdront l’accès à ces aides spécifiques, ce qui réduira mécaniquement leur attractivité financière pour les ménages.
Ds critères de qualité et de fabrication européenne des pompes à chaleur strictement encadrés
L’agrément des pompes à chaleur repose sur deux critères cumulatifs. Le premier concerne la qualité technique. Les équipements devront justifier d’un niveau de performance attesté par une certification délivrée par un organisme tiers. L’objectif est d’écarter les modèles jugés insuffisants en matière de rendement, de fiabilité ou de durabilité.
Le second critère porte sur la fabrication. Il introduit une exigence de résilience industrielle fondée sur la localisation européenne de certaines étapes clés de production. Pour les pompes à chaleur monobloc, l’assemblage final du circuit frigorifique devra être réalisé dans l’Espace économique européen. Pour les modèles split, au moins un sous-ensemble de ce circuit devra y être assemblé. Cette distinction technique vise à tenir compte des réalités industrielles tout en imposant un ancrage productif européen.
Un calendrier progressif et une procédure d’agrément centralisée
La mise en œuvre du dispositif s’inscrit dans un calendrier précis. Les fabricants disposent d’une période transitoire pour déposer leurs demandes d’agrément. Les dossiers doivent être transmis via une plateforme dédiée, accompagnés de pièces justificatives détaillant les caractéristiques techniques et industrielles des pompes à chaleur concernées.
La publication de la liste des modèles agréés est envisagée à compter du 1er juillet 2026. À partir du 1er septembre 2026, l’accès aux bonifications des certificats d’économie d’énergie sera conditionné à cette inscription préalable. Ce calendrier laisse peu de marge aux industriels, mais il vise à sécuriser juridiquement le dispositif avant son entrée en vigueur complète.
Pompes à chaleur : des aides indispensables face à des prix toujours élevés
Cette réforme intervient dans un contexte de forte dépendance du marché aux aides publiques. L’installation d’une pompe à chaleur air-eau en maison individuelle représente un coût moyen d’environ 15 000 euros. Pour de nombreux ménages, ce niveau de prix rend l’investissement difficilement accessible sans soutien financier.
Les aides cumulées peuvent néanmoins réduire significativement la facture. La bonification des certificats d’économie d’énergie peut représenter entre 2 000 et 7 000 euros selon les situations. À cela s’ajoute MaPrimeRénov’, dont le montant peut atteindre 5 000 euros pour les foyers aux revenus très modestes. Malgré ces dispositifs, le reste à charge demeure souvent élevé, ce qui freine la décision d’achat.
Un marché en recul malgré une capacité industrielle suffisante
Le recentrage des aides intervient alors que le marché des pompes à chaleur traverse une phase de ralentissement marquée. Les ventes de modèles air-eau sont passées de 307 000 unités en 2023 à 182 648 unités en 2024, soit une baisse de 40,4 %. Cette contraction brutale souligne la fragilité de la demande, malgré l’importance accordée à ces équipements dans les politiques publiques.
Paradoxalement, la capacité industrielle française est déjà suffisante pour répondre à une demande plus élevée. Elle atteint environ 300 000 unités par an, avec près de 200 000 unités supplémentaires en projet. Dans ce contexte, la préférence européenne ne vise pas tant à stimuler immédiatement les ventes qu’à sécuriser l’appareil productif existant et à limiter la concurrence de modèles importés à bas coût.
Un système d’aides devenu incontournable pour les ménages
En filigrane, cette réforme met en lumière une réalité plus large. Le marché des pompes à chaleur repose désormais largement sur les aides publiques. Sans elles, la majorité des ménages ne pourrait pas absorber le coût d’un équipement fabriqué en Europe, dont les prix intègrent des charges fiscales élevées et des coûts de production supérieurs.
Dans un cadre idéal, les consommateurs pourraient choisir librement la pompe à chaleur la plus adaptée à leur logement, sans dépendre d’un dispositif d’aide. En pratique, la pression fiscale sur les revenus et sur les coûts industriels rend cette liberté théorique. Le recentrage des aides apparaît alors comme un correctif, plus que comme une solution structurelle, à un marché devenu étroitement dépendant de la puissance publique.
