France Travail confirme sa mutation en acteur stratégique de la relance industrielle française. En lançant une branche entièrement dédiée aux besoins de l’industrie de défense, l’opérateur public de l’emploi étend son périmètre bien au-delà de ses missions traditionnelles. L’objectif : structurer un vivier de compétences dans un secteur où l’emploi est à la fois massif, urgent et complexe.
France Travail crée une branche Défense pour structurer l’emploi industriel

Accélérer l’emploi industriel : un pari productif pour France Travail
La création de cette branche Défense répond à une réalité brute : le secteur industriel recrute, mais peine à trouver les profils nécessaires. Ce constat est particulièrement marqué dans la filière Défense, où les cadences de production ont été revues à la hausse dans un contexte de tensions internationales croissantes.
Selon les précisions apportées par le ministre du Travail Jean‑Pierre Farandou, cette nouvelle entité vise à « mobiliser complètement France Travail pour répondre aux besoins de l’industrie de défense ». L’enjeu est d’ampleur : des dizaines de milliers d’emplois sont à créer, dont 10 000 dans le département du Var, où opère notamment Naval Group, d’ici à 2030.
Au-delà des grands groupes, les PME du secteur sont particulièrement concernées. Ces dernières peinent à attirer des profils qualifiés, en raison de la tension sur les métiers techniques : électromécaniciens, chaudronniers, ingénieurs cybersécurité… autant de fonctions critiques désormais au cœur des priorités économiques de l’État. En structurant un accompagnement spécifique, France Travail entend fluidifier le marché du travail industriel, en mettant en adéquation offres et compétences à l’échelle nationale.
Une logique d’écosystème : État, armées et industriels en synergie
Le gouvernement ne s’est pas contenté d’annoncer une énième réforme d’agences publiques. Il engage ici un dispositif économique concerté, articulé autour de trois piliers interdépendants : armées, industrie, emploi.
La nouvelle branche sera placée sous la direction d’un général, un choix qui vise à renforcer la crédibilité du dispositif auprès des acteurs de la Défense. Ce pôle collaborera directement avec la Direction générale de l’armement, les maîtres d’œuvre industriels et les fédérations professionnelles pour identifier les besoins en main-d’œuvre. Ce maillage vise à reconstituer une filière emploi-formation cohérente, de la définition des profils jusqu’à l’intégration des candidats.
L’un des volets opérationnels majeurs est la tenue de grands forums de l’emploi, à l’image de celui déjà prévu à Toulon le 23 avril 2026, où plus de 5 000 offres dans les métiers de l’industrie de défense seront proposées. L’approche est pragmatique : faire converger l’appareil public de l’emploi vers les bassins industriels actifs, avec une logique de proximité et de résultats.
Ce dispositif s’inspire aussi d’initiatives déjà déployées dans d’autres secteurs critiques. Dans le nucléaire, par exemple, des équipes spécialisées ont été mises en place pour suivre les flux de compétences rares. France Travail transpose ce modèle à la Défense, avec une volonté affichée de traiter ces métiers comme des biens économiques essentiels.
Vers un redéploiement sectoriel de la politique de l’emploi
Cette évolution traduit un recentrage économique de l’action publique. France Travail ne se positionne plus comme un acteur transversal du marché du travail, mais comme une plateforme de soutien ciblé à des filières prioritaires. L’enjeu dépasse l’accompagnement des demandeurs : il s’agit désormais d’organiser les chaînes d’approvisionnement en main-d’œuvre qualifiée pour maintenir la compétitivité des filières stratégiques.
La Défense, qui représente plus de 200 000 emplois directs et indirects en France, constitue l’un de ces piliers économiques discrets, mais essentiels. En structurant une réponse adaptée à ses besoins, l’État veut éviter les goulets d’étranglement industriels qui pourraient ralentir la production ou nuire à la souveraineté.
Comme l’a souligné Jean‑Pierre Farandou : « On va créer une force spéciale défense (…) pour amener tous les travailleurs nécessaires pour que notre industrie de défense puisse se développer ». Derrière cette déclaration se dessine un nouveau rôle pour France Travail : celui d’un outil économique proactif, capable d’anticiper les besoins et de les traduire en solutions opérationnelles pour les territoires.