Climat : début la vendange la plus précoce jamais vue en Alsace

En Alsace, les vendanges ont débuté dès le 19 août 2025, un record de précocité qui illustre l’impact du réchauffement climatique sur la viticulture et inquiète les acteurs de l’agriculture.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 19 août 2025 7h30
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vendange-alsace-debut-climat-date-record-precocite-vin-agriculture - © Economie Matin
11,50 EUROSUn vendangeur coûte en moyenne 11,50 euros de l'heure

Le mardi 19 août 2025, les viticulteurs alsaciens ont lancé les vendanges du crémant. Jamais une récolte n’avait commencé aussi tôt dans la région. L’ensemble des vins AOC suivront à partir du 25 août, avec dix jours d’avance sur 2024.

Un record historique de précocité pour les vendanges en Alsace

Les vendanges en Alsace n’avaient jamais été aussi précoces. Le précédent record remontait au 22 août 2018, mais il est désormais dépassé. Cette année, le démarrage le 19 août pour le crémant souligne une accélération marquée du phénomène. Selon les données publiées par 20 Minutes, la date du 25 août fixée pour les autres vins AOC représente une avance de dix jours sur la récolte 2024. Ce décalage ne relève pas d’un simple hasard : il reflète une tendance structurelle, liée au réchauffement climatique.

« On n’a jamais démarré aussi tôt », a résumé Gilles Ehrhart, président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA), cité par 20 Minutes. Ce responsable rappelle que, par rapport à il y a trente ans, « il y a quasiment vingt à vingt-cinq jours de différence ». En d’autres termes, la région a gagné presque un jour par an de précocité, ce qu’il attribue directement au changement climatique.

Les conséquences se lisent dans la vigne elle-même. Les grappes, exposées à des températures élevées et à des pluies opportunes, ont produit davantage de sucre. D’après Le Télégramme, les raisins gagnent environ deux degrés d’alcool potentiel par semaine, contre 1,2 degré en moyenne auparavant. Cette dynamique accélère la maturité, obligeant les vignerons à avancer la récolte pour préserver l’équilibre entre sucre et acidité, essentiel à la qualité du vin.

Le Monde rappelle que l’absence de gelées au printemps, les fortes chaleurs de juin, puis les pluies de fin juillet suivies d’un nouvel épisode caniculaire début août 2025 ont créé des conditions idéales pour une maturation express. Si ces paramètres bénéficient ponctuellement à la vigne, ils confirment surtout la fragilité d’un équilibre désormais bousculé par le climat.

Quand l’exception devient la norme pour les viticulteurs

Ce qui apparaissait naguère comme un événement exceptionnel s’installe comme une nouvelle normalité. En 2003, année marquée par une canicule historique, les vendanges avaient débuté très tôt et semblaient illustrer un cas isolé. Vingt ans plus tard, l’avance du calendrier se répète et s’accentue. Les viticulteurs, eux, doivent s’adapter. « C’est lié au changement climatique », a reconnu Gilles Ehrhart, toujours cité par 20 Minutes.

France 3 Grand Est souligne que « les vendanges n’ont jamais commencé aussi tôt en Alsace » et que « ce qui était exceptionnel devient la norme ». Les vignerons alsaciens ajustent leurs pratiques, qu’il s’agisse de suivre de plus près l’évolution de la maturité, de réviser leurs méthodes culturales, ou encore d’obtenir des autorisations spéciales pour récolter avant la date fixée par l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO). Selon Terre de Vins, plusieurs exploitants ont demandé et obtenu ce type de dérogation en 2025 afin de protéger la qualité de leur vin.

Ces ajustements reflètent un dilemme permanent. D’un côté, le vin alsacien doit conserver ses caractéristiques, reconnues au niveau international ; de l’autre, la réalité climatique pousse à anticiper, sous peine de perdre en équilibre et en fraîcheur. Pour le crémant, dont la vivacité dépend d’une acidité marquée, la question devient cruciale. Le respect des cahiers des charges, élaborés avec l’INAO, suppose une coordination étroite entre producteurs, syndicats et organismes de contrôle.

Le réchauffement climatique bouleverse l’équilibre du vin alsacien

L’avancée des vendanges est un indicateur visible du réchauffement climatique, mais ses implications dépassent la simple question du calendrier. En Alsace, la vigne s’inscrit dans un terroir où climat, sols et savoir-faire interagissent. Modifier l’un de ces paramètres, c’est transformer la nature même du vin. Les viticulteurs doivent composer avec des étés plus chauds et plus longs, associés à des précipitations concentrées et parfois violentes.

Ce contexte affecte la teneur en sucre, donc le degré d’alcool final, mais aussi l’acidité et les arômes. Les cépages emblématiques de l’Alsace, comme le riesling ou le gewurztraminer, reposent sur une fraîcheur aromatique qui peut s’éroder si la maturité est trop rapide. Les vignerons s’interrogent déjà sur la nécessité d’adapter leur conduite de vigne, d’augmenter l’ombrage des grappes ou d’explorer de nouveaux porte-greffes plus résistants à la chaleur.

L’impact économique n’est pas négligeable. Une récolte plus précoce mobilise la main-d’œuvre en plein mois d’août, période où les équipes sont moins disponibles. Les coûts de production peuvent ainsi augmenter. En parallèle, l’image de marque des vins alsaciens, bâtie sur la précision aromatique et l’équilibre, doit être préservée pour conserver sa place sur les marchés internationaux.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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