Cantines scolaires : le jetable ne peut plus être la norme

Bio, local, qualité nutritionnelle : nous avons profondément transformé ce que mangent nos enfants à la cantine. Pourtant, nous nous arrêtons encore trop souvent à dix mètres de la ligne d’arrivée. Nous exigeons davantage de ce qu’il y a dans leur assiette. Il est temps d’avoir la même exigence pour les contenants dans lesquels leurs repas sont préparés, transportés, réchauffés et servis.

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By Marc Rocagel Published on 13 octobre 2026 4h50
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Cantines scolaires : le jetable ne peut plus être la norme - © Economie Matin

Nous avons appris à regarder d'où viennent les aliments, comment ils sont produits, leur qualité nutritionnelle et leur impact sur l'environnement. Nous combattons le gaspillage alimentaire. Nous cherchons à sortir de pratiques que nous ne considérons plus comme acceptables. Mais dès qu'il est question des contenants, cette cohérence vacille.

Pourquoi continuer à utiliser et à jeter après un seul usage lorsque nous savons faire autrement ? Pourquoi le jetable devrait-il rester notre réflexe alors que des solutions réemployables existent déjà ?

La question peut sembler technique, elle est profondément sociétale.

Ce que nous acceptons à la cantine dit quelque chose de nos choix collectifs

La restauration scolaire n'est pas un service comme un autre. Chaque jour, des millions d'enfants y prennent leur repas. C'est l'un des lieux où les grandes orientations de nos politiques alimentaires deviennent très concrètes.

Lorsque nous demandons davantage de bio, de produits locaux ou durables, lorsque nous réduisons le gaspillage ou diversifions les protéines, nous ne modifions pas seulement des menus. Nous affirmons ce que nous considérons comme souhaitable pour nos enfants et le modèle de consommation que nous voulons encourager. Pourquoi le contenant échapperait-il à cette exigence ?

Le législateur a déjà commencé à faire évoluer les pratiques. Depuis le 1er janvier 2025, certains contenants alimentaires en plastique utilisés pour la cuisson, le réchauffage et le service sont interdits dans la restauration scolaire, avec un délai supplémentaire pour les plus petites collectivités. Mais la loi ne doit pas constituer le point d'arrivée, elle doit provoquer un changement de logique.

Il ne s'agit pas de déclarer la guerre à un matériau ni de prétendre que tout usage unique peut disparaître du jour au lendemain. Il s'agit de remettre l'usage unique à sa juste place : celle de l'exception lorsque le réemploi est possible. Le jetable ne peut plus être la solution par défaut.

Nous devons sortir de la culture du tout-jetable

Pendant des décennies, l'usage unique s'est imposé parce qu'il semblait simple. On utilise, on jette et le problème disparaît avec le contenant. En réalité, rien ne disparaît.

Le réemploi nous oblige simplement à regarder jusqu'au bout les conséquences de nos choix. Oui, il nécessite une organisation. Les contenants doivent être récupérés, lavés, contrôlés puis remis en circulation. Oui, cela suppose parfois de modifier des habitudes, des équipements ou des circuits. Mais cette organisation existe désormais. Des collectivités et des cuisines centrales ont déjà franchi le pas. Le réemploi n'est plus une expérience menée à petite échelle ni une hypothèse réservée à quelques pionniers, il fonctionne.

La complexité de sa mise en œuvre ne peut donc plus servir d'argument pour maintenir par défaut une culture du jetable. Le véritable enjeu est désormais de rendre cette bascule accessible au plus grand nombre de collectivités concernées, en accompagnant les équipes de restauration et en s'appuyant sur une filière capable de prendre en charge cette complexité plutôt que de la leur transférer.

Il est temps d'inverser la charge de la preuve

Pendant longtemps, nous avons demandé au réemploi de démontrer qu'il était possible, fiable et praticable et c'était légitime. Cette démonstration est aujourd'hui faite. Il est donc temps d'inverser la question.

Lorsque le réemploi est techniquement, sanitairement et économiquement pertinent, pourquoi devrait-il encore être considéré comme l'exception ? Pourquoi faudrait-il toujours justifier le fait de réutiliser plutôt que celui de jeter ?

Autrement dit, ce n'est plus seulement au réemploi de démontrer pourquoi il mérite sa place. C'est désormais au jetable d'expliquer pourquoi il devrait encore rester la norme.

Nous avons déjà accompli ce basculement avec le gaspillage alimentaire. Il y a encore quelques années, jeter une partie des repas semblait presque inhérent au fonctionnement d'une cantine. Aujourd'hui, nous considérons à juste titre qu'il s'agit d'un problème auquel il faut répondre.

Nous devons provoquer le même changement de regard sur les contenants car la cantine ne fait pas que nourrir nos enfants. Elle leur apprend aussi, chaque jour, ce qu'une société considère comme normal. Nous avons cessé de trouver normal de gaspiller la nourriture, il est temps de cesser de trouver normal de jeter un contenant après un seul usage lorsque nous savons faire autrement.

La révolution de l'assiette restera inachevée tant que le jetable demeurera notre réflexe.

Mrocagel

Président d’Options Solutions

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