Des centaines de produits cosmétiques issus de petites marques inondent les rayons, portés par un engouement croissant pour le « naturel », le « fait maison » ou l’ »artisanal ». Mais derrière ce marketing séduisant, l’UFC‑Que Choisir et la DGCCRF révèlent de graves carences dans la sécurité et la conformité de ces cosmétiques, exposant les clients à des risques insoupçonnés.
Cosmétiques : les pratiques inquiétantes de certaines petites marques

Depuis début février 2026, les autorités françaises tirent la sonnette d’alarme sur les dangers liés à certains cosmétiques commercialisés par de petites entreprises. Une vaste enquête menée par la DGCCRF révèle des pratiques non réglementaires répandues chez les petits fabricants. En parallèle, l’UFC‑Que Choisir publie des tests pointant la présence de substances interdites dans plusieurs produits. Une double alerte qui interroge : qui contrôle vraiment les produits cosmétiques avant qu’ils n’atteignent les clients ?
Risques sanitaires : quand les cosmétiques échappent au radar des contrôles
Les autorités sanitaires ont inspecté en 2025 pas moins de 147 entreprises de cosmétiques de petite taille, souvent récentes sur le marché. Selon la DGCCRF, « un niveau global de connaissance et de maîtrise des dispositions réglementaires insuffisant chez ces petits opérateurs nouveaux sur le marché » a été constaté. En d’autres termes, une partie significative de ces marques lance des produits sans respecter les règles de sécurité imposées à l’échelle européenne.
L’enquête menée par la DGCCRF démontre que seuls 26 fabricants disposaient d’un dossier d'information produit (DIP) complet, tel que requis par le règlement (CE) n°1223/2009. Or, 26 autres opérateurs n’avaient aucun DIP. La majorité présentait des documents incomplets, incohérents ou établis après la mise sur le marché des produits. Ce manquement crucial empêche toute évaluation sérieuse des risques pour la santé des utilisateurs.
Des substances interdites détectées dans des produits très utilisés
L’UFC‑Que Choisir, de son côté, alerte sur la prolifération de cosmétiques dangereux et souvent mal étiquetés, notamment parmi les marques artisanales très populaires sur les réseaux sociaux. L’organisation de défense des clients a soumis plusieurs articles à des tests en laboratoire. Les résultats sont sans appel : « Nos tests en laboratoire montrent que certains produits cosmétiques contiennent des substances interdites… ».
Certaines crèmes solaires, en particulier, affichent des indices de protection très inférieurs à ceux annoncés, mettant en danger les consommateurs en leur donnant une fausse impression de sécurité. D’autres produits, comme des mascaras, contenaient des composants expressément bannis par la législation européenne. Ces infractions ne relèvent pas de simples négligences, mais traduisent une volonté de contourner les règles. Fabienne Maleysson, pour l’UFC‑Que Choisir, déclare : « Certaines entreprises font preuve d’un flagrant manque de sérieux, ignorant délibérément des avis de sécurité négatifs avant la commercialisation ».
Un encadrement juridique strict, mais peu respecté par les petits fabricants
Les règles encadrant la commercialisation des produits cosmétiques sont pourtant claires. Toute mise sur le marché doit être précédée par une évaluation de la sécurité réalisée par un expert qualifié, laquelle est intégrée dans le DIP. Ce dossier doit être tenu à disposition des autorités en cas de contrôle. Il inclut des données sur la composition, les effets indésirables potentiels, les tests effectués et les conditions de conservation du produit.
Mais en pratique, la DGCCRF note que de nombreuses entreprises ignorent ces obligations. Certaines nient l’existence de DIP, d’autres s’opposent aux vérifications, voire refusent de suspendre la commercialisation après des alertes sanitaires. « Des produits ont été mis sur le marché alors même qu’un avis de sécurité négatif avait été émis », révèle la DGCCRF dans son rapport du 2 février 2026.
Faute de moyens, les petits laboratoires internalisent rarement l’expertise nécessaire pour assurer la sécurité des cosmétiques. Et comme ils visent souvent un public sensible au discours "naturel" ou "fait maison", ils échappent partiellement aux critères de vigilance des consommateurs. Résultat : des produits à la composition incertaine, testés de manière lacunaire, et vendus en toute légalité sur des plateformes ou salons spécialisés.
Comment renforcer la protection des clients face à ce phénomène ?
Les autorités reconnaissent aujourd’hui une faille dans le contrôle de ces cosmétiques d’apparence anodine mais aux effets potentiellement nocifs. Si la DGCCRF mène des enquêtes et publie des rapports, elle ne peut à elle seule garantir la conformité de milliers de références. Dès lors, la vigilance doit être partagée entre instances de contrôle, experts, distributeurs et clients eux-mêmes.
À ce titre, l’UFC‑Que Choisir encourage les clients à privilégier les marques transparentes sur leurs formules et leur conformité, à consulter les résultats de tests publiés, et à signaler tout effet indésirable. Car dans un secteur en croissance rapide, où les produits rivalisent de promesses, seule une traçabilité rigoureuse peut éviter les dérives.
En l’absence d’un renforcement des dispositifs de vérification, le risque est clair : voir se multiplier des pratiques commerciales déconnectées de toute exigence sanitaire, au détriment des consommateurs.