Être étudiant coûte de plus en plus cher : pour un étudiant non-boursier entrant en licence, la facture moyenne atteint désormais 3.240 euros, a calculé le syndicat étudiant FAGE. Derrière ce record, les dépenses liées au logement écrasent le budget, tandis que le matériel pédagogique, les transports et les frais à régler dès septembre entretiennent une pression financière.
Étudiants : faire des études supérieures coûte 25% de plus qu’en 2020

Rentrée universitaire : le logement absorbe la majeure partie du budget étudiant
La tendance installée depuis plusieurs années se confirme : un étudiant non-boursier entrant en licence en septembre 2026 débourserait 3.239,79 euros, a calculé la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE). Six ans plus tôt, en 2020, ce même indicateur s'élevait à environ 2.584 euros. L'écart est considérable. En six ans, le coût a progressé de 655,74 euros, soit 25,38%. Le record de 2026 ne résulte pourtant pas d'une dépense unique qui aurait soudainement explosé. Il vient plutôt de l'accumulation de charges devenues difficiles à contourner : se loger, avancer une caution, payer ses transports, acheter son matériel, régler l'inscription et la contribution de vie étudiante et de campus, puis continuer à se nourrir et à vivre pendant le mois.
Le logement reste le cœur du problème. Toujours d'après ce calcul de la FAGE, le loyer moyen atteint 637,12 euros. À lui seul, il représente plus de la moitié des 1.144,73 euros de dépenses de vie courante retenues dans l'indicateur. Et l'addition immobilière ne s'arrête pas au premier loyer : un étudiant qui emménage doit aussi prévoir un dépôt de garantie moyen de 637,12 euros et, lorsqu'il passe par un intermédiaire, 326,16 euros de frais d'agence.
Cette concentration de la dépense sur le logement réduit immédiatement le reste à vivre. La FAGE estime que 52% des étudiants disposent de moins de 200 euros après paiement de leur loyer. Suzanne Nijdam, présidente de la fédération, résume le poids de cette charge en affirmant qu'il représente la moitié du budget des étudiants ». Dès lors, l'alimentation, les soins ou les loisirs deviennent des variables d'ajustement alors qu'il s'agit, pour une grande partie d'entre eux, de dépenses indispensables.
Le problème dépasse d'ailleurs le seul niveau des prix. Dans les grandes villes universitaires, la FAGE évalue l'offre à environ un logement Crous pour 35 étudiants. Le syndicat estime parallèlement qu'un étudiant sur trois signale une situation de mal-logement. Une partie de la population étudiante doit donc arbitrer entre un marché privé coûteux, une offre sociale insuffisante et des logements dont la qualité n'est pas toujours satisfaisante.
Les dépenses quotidiennes s'additionnent bien au-delà du loyer
Une fois le logement réglé, la vie quotidienne continue de ponctionner le budget. L'alimentation hors restaurant universitaire est évaluée à 180,97 euros, auxquels s'ajoutent 20 euros de restauration universitaire. Les transports représentent 151,52 euros, la téléphonie et Internet 41,98 euros, la complémentaire santé 30 euros et les produits ou équipements courants 24,85 euros.
Les loisirs atteignent pour leur part 51,80 euros dans le calcul. Un montant qui peut paraître moins prioritaire que le loyer ou les courses, mais que la FAGE refuse de considérer comme superflu dans l'équilibre de vie des jeunes. « Cela a un impact énorme sur la santé mentale », explique Suzanne Nijdam à propos des restrictions dans ce domaine. L'enjeu économique rejoint ici celui des conditions de vie : quand le revenu disponible se contracte, les dépenses sociales, culturelles ou de santé sont souvent les premières reportées.
Ce mécanisme aide aussi à comprendre pourquoi un recul ponctuel d'un poste de consommation ne signifie pas automatiquement une amélioration du niveau de vie. Une baisse des achats alimentaires, par exemple, peut traduire une contrainte plus forte sur le budget plutôt qu'une baisse réelle des besoins. La FAGE affirme d'ailleurs qu'une partie des étudiants limite son alimentation, retarde des soins ou travaille davantage afin de financer ses études.
Rentrée 2026 : 2.095 euros de dépenses à régler presque immédiatement
Le caractère exceptionnellement coûteux du mois de rentrée tient surtout à la concentration des dépenses. Aux 1.144,73 euros de vie courante s'ajoutent 2.095,06 euros de frais spécifiques. Pour un étudiant en licence, les droits d'inscription sont comptabilisés à hauteur de 178 euros et la contribution de vie étudiante et de campus à 105 euros. À cela viennent s'ajouter les coûts directement liés à l'installation.
Le dépôt de garantie représente ainsi 637,12 euros et les frais d'agence 326,16 euros. L'habillement est évalué à 132,80 euros. Mais le poste le plus lourd après l'installation dans le logement concerne le matériel pédagogique, chiffré à 502,25 euros, auquel la FAGE ajoute 213,73 euros de frais pédagogiques supplémentaires, notamment certains manuels. Les dépenses menstruelles sont évaluées séparément à 11,56 euros et ne sont pas intégrées au total principal.
Dans certaines formations, la facture peut grimper davantage. Les étudiants en odontologie peuvent devoir acheter jusqu'à 800 euros de matériel indispensable à leur cursus. La FAGE conteste particulièrement les dépenses imposées en complément des droits réglementés lorsqu'elles conditionnent concrètement la possibilité de suivre les enseignements. Le sujet touche plus largement les études de santé, où équipements, tenues et matériels spécialisés peuvent alourdir une rentrée pourtant suivie dans des établissements publics.
C'est précisément cette accumulation qui fait de 2026 une année record. Le total national progresse moins brutalement d'une année sur l'autre qu'entre 2020 et aujourd'hui, mais il s'installe au niveau le plus élevé observé par l'indicateur. Le problème devient alors moins celui d'un choc inflationniste ponctuel que celui d'un socle durablement élevé de dépenses contraintes : logement, mobilité, frais administratifs et matériel s'additionnent avant même qu'un étudiant puisse arbitrer librement son budget.
Des étudiants étrangers confrontés à des dépenses hors norme
La moyenne nationale masque enfin de très fortes disparités. Pour les étudiants ultramarins, la facture de la rentrée peut atteindre 4.475 euros. Le coût de la mobilité, de l'installation et de la vie loin du domicile familial augmente mécaniquement l'effort financier nécessaire au début des études. La situation est encore plus spectaculaire pour les étudiants originaires de pays extérieurs à l'Union européenne. La FAGE évalue leur rentrée à 7.023 euros. La majorité des étudiants concernés doivent désormais acquitter des droits différenciés de 2.895 euros en licence et de 3.941 euros en master, selon les mêmes sources. Pour eux, le coût moyen est ainsi supérieur de près de 3.800 euros à celui retenu pour l'étudiant non-boursier de référence.
La fédération étudiante relie aussi cette hausse à la disparition des aides personnelles au logement pour certains étudiants extracommunautaires et à d'autres dépenses administratives. Elle réclame, entre autres, une revalorisation et une indexation des bourses sur l'inflation, ainsi que la pérennisation de l'encadrement des loyers. L'expérimentation de ce dernier dispositif, actuellement appliquée dans près de 70 villes, doit prendre fin le 23 novembre 2026 en l'absence de prolongation.
Le record de 3.240 euros résume donc une rentrée où le coût des études ne peut plus être réduit aux seuls frais d'inscription. Pour beaucoup d'étudiants, l'essentiel de la facture se joue avant même le premier cours : trouver un logement, avancer plusieurs centaines d'euros de caution, s'équiper, se déplacer puis conserver suffisamment de ressources pour vivre tout le mois. Six ans après les alertes liées à la crise sanitaire, la hausse de 25,38% calculée par la FAGE montre surtout à quel point ces dépenses contraintes se sont installées dans l'économie ordinaire de la vie étudiante.
