La CPME devient Les Entrepreneurs et triple son événement phare pour contester la domination du Medef, qui pèse 63% contre 32% dans le patronat français. Un changement de nom qui cache une recomposition majeure des forces économiques du pays.
CPME : le changement de nom qui révèle une guerre patronale

Avec 32% de représentativité dans le patronat français contre 63% pour le Medef, la CPME ne compte plus sur la patience. L'organisation patronale annonce ce mercredi 24 juin 2026 son changement de nom pour devenir simplement « Les Entrepreneurs ». Un changement qui dissimule une ambition : contester l'hégémonie du géant patronal en triplant son événement phare et en recrutant massivement dans l'informatique et la communication. Derrière la cosmétique, une recomposition majeure du paysage économique français se dessine.
Une recomposition majeure du paysage patronal français
Le 25 juin 2026, au Parc des Princes, 4 000 entrepreneurs se rassemblent pour la première « Grande Assemblée des Entrepreneurs ». Un événement qui remplace l'ancien « Impact PME », organisé à la Station F avec 1 200 participants seulement. Le facteur trois ou quatre dans l'augmentation des effectifs n'est pas anodin. Il traduit une volonté de montée en puissance face au Medef, qui a établi Roland-Garros comme lieu de sa Rencontre des entrepreneurs de France (REF) l'année précédente.
Amir Reza-Tofighi, quadragénaire arrivé à la tête de la CPME début 2025, assume la confrontation. « Ce changement de nom incarne deux ambitions : remettre les entrepreneurs au cœur du débat public et en faire une force de proposition beaucoup plus impactante, d'une part, et, d'autre part, aller chercher tous les entrepreneurs qui ne sont pas aujourd'hui adhérents, pour que l'on soit collectivement plus forts », déclare le président dans un entretien au Figaro.
Les chiffres de la domination : 63% pour le Medef, 32% pour la CPME
Les données de représentativité patronale révèlent un déséquilibre structurel. Le Medef pèse 63,42% dans le paysage patronal français, représentant plus de dix millions de salariés. La CPME atteint 32,05%, tandis que l'U2P (entreprises de proximité) stagne à 4,53%. Un rapport de force de un à deux qui explique pourquoi l'organisation historique, créée en 1944, décide de frapper un grand coup.
Le changement de nom abandonne la référence aux PME, présente depuis la création de la confédération. Un choix stratégique pour élargir la base et attirer les indépendants, les artisans, les commerçants et tous les profils entrepreneuriaux qui ne se reconnaissent pas dans le sigle historique. « Ce que nous représentons, ce n'est pas seulement une catégorie d'entreprises. C'est une réalité humaine, économique, sociale et territoriale », précise Amir Reza-Tofighi.
Pourquoi ce changement de nom maintenant ? Les raisons structurelles d'une révolte
Le contexte économique justifie l'urgence. « Le moment est très difficile. Les entreprises affrontent une nouvelle crise alors qu'elles sortent déjà de plusieurs années d'incertitude et de chocs successifs », souligne le président. La succession de crises (sanitaire, énergétique, inflationniste) a fragilisé les TPE et PME, qui représentent pourtant 99% du tissu entrepreneurial français. Or, leur voix reste minoritaire dans les négociations avec l'État.
La domination du Medef dans les discussions sur les politiques publiques crée un sentiment d'invisibilité chez les petites structures. « C'est une manière de dire que les entrepreneurs ne sont pas une variable d'ajustement, mais la solution face aux difficultés », martèle Amir Reza-Tofighi. Le rebaptisage vise à sortir de l'ombre des grandes entreprises et à peser davantage dans les arbitrages gouvernementaux sur la fiscalité, le droit du travail ou les aides publiques.
Les investissements stratégiques : informatique, communication, événementiel
La transformation ne se limite pas au nom. Les Entrepreneurs ont recruté une équipe informatique de douze personnes, alors qu'il n'y en avait aucune un an auparavant. Un investissement massif dans la digitalisation qui traduit une volonté de moderniser les outils de communication et de mobilisation des adhérents. En janvier 2026, l'organisation a également nommé Sébastien Chapelain au poste de secrétaire général. Diplômé d'HEC, passé par Pizza Hut et Class'croute, il apporte une culture opérationnelle jugée nécessaire pour professionnaliser la structure.
« Nous voulions de la fraîcheur et quelqu'un qui ait mis les mains dans le cambouis des entreprises », confient des sources internes. Le profil contraste avec celui de François Asselin, prédécesseur d'Amir Reza-Tofighi, plus classique et moins orienté vers la communication offensive. Le nouveau duo mise sur une stratégie d'occupation médiatique et d'événements spectaculaires pour rivaliser avec le Medef.
Une voix plus forte pour influencer les politiques publiques
L'enjeu dépasse la simple bataille de communication. Les décisions gouvernementales sur la transparence salariale ou la rupture conventionnelle impactent directement les petites entreprises. Or, le Medef concentre l'essentiel des discussions avec Bercy et Matignon. Un rééquilibrage des forces patronales pourrait modifier les arbitrages sur la fiscalité des PME, les charges sociales ou les normes administratives.
La Grande Assemblée des Entrepreneurs du 25 juin 2026 accueille Philippe Aghion, Prix Nobel d'économie, et le nouveau gouverneur de la Banque de France. Un casting de prestige qui vise à crédibiliser l'organisation comme interlocuteur économique de premier plan. Les thèmes abordés (intelligence artificielle, souveraineté, facturation électronique, cybersécurité) montrent une volonté de peser sur les dossiers stratégiques, pas seulement sur les revendications corporatistes.
La bataille pour les adhésions : élargir la base ou morceler le patronat ?
Le pari des Entrepreneurs comporte un risque : fragmenter davantage le patronat français. Avec trois organisations principales (Medef, Les Entrepreneurs, U2P), le paysage pourrait se morceler en fonction des tailles d'entreprises et des secteurs. Un scénario qui affaiblirait la capacité collective à négocier avec l'État.
Inversement, si Les Entrepreneurs parviennent à recruter massivement, ils pourraient rééquilibrer le rapport de force et imposer un dialogue à trois voix. « Nous voulons aller chercher tous les entrepreneurs qui ne sont pas aujourd'hui adhérents », insiste Amir Reza-Tofighi. L'objectif : passer de 32% à 40% de représentativité dans les cinq ans, grignotant sur le Medef et l'U2P.
