Près d’une agence immobilière sur deux accepte ou facilite aujourd’hui des pratiques de discrimination raciale, selon une enquête de SOS Racisme. Cette réalité, longtemps dénoncée par les associations, met en lumière un dysfonctionnement du marché locatif, dans lequel les bailleurs, les intermédiaires et les règles économiques s’entremêlent au détriment des locataires.
Logement : le racisme omniprésent dans le tri des locataires

Agences immobilières : même une validation implicite du principe discriminatoire constitue une discrimination, rappelle SOS Racisme
L’étude menée par SOS Racisme repose sur une méthodologie désormais éprouvée. L’association a contacté 198 agences immobilières, en se faisant passer pour des propriétaires souhaitant mettre en location un bien. Dans de nombreux cas, les enquêteurs ont formulé des demandes explicitement discriminatoires, visant à écarter des candidats « de couleur » ou perçus comme étrangers. Résultat : 48,48% des agences ont accepté ou facilité ces pratiques.
Dans le détail, les comportements observés varient. Certaines agences proposent directement de trier les dossiers en fonction de l’origine supposée des locataires. D’autres, plus prudentes en apparence, laissent le bailleur opérer lui-même cette sélection, tout en validant implicitement le principe discriminatoire. Selon l’association, cette distinction ne change rien sur le fond, puisque la discrimination raciale reste juridiquement constituée. « Cette enquête met en évidence une inquiétante permanence de pratiques discriminatoires pourtant prohibées par le droit pénal », indique SOS Racisme.
Discrimination : SOS Racisme déplore la rareté des sanctions
D’un point de vue économique, ces révélations interrogent le rôle central des agences immobilières dans l’accès au logement. En tant qu’intermédiaires rémunérés, elles sont censées sécuriser les transactions et garantir le respect du cadre légal. Pourtant, selon SOS Racisme, près d’une agence sur deux accepte de s’en affranchir lorsque la pression du marché s’intensifie. Cette situation s’explique notamment par la rareté de l’offre locative dans les grandes métropoles, qui renforce le pouvoir des bailleurs.
Sur le plan juridique, la discrimination dans l’accès au logement constitue un délit pénal. Le Code pénal prévoit jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende. Malgré cela, les sanctions restent rares. Les contrôles sont peu fréquents et les poursuites complexes à engager, faute de preuves directes. Les agences invoquent souvent la volonté du propriétaire pour se dédouaner, un argument que SOS Racisme juge irrecevable.
Discrimination dans l'accès au logement : le gouvernement est prêt à agir
Dès la sortie de cette enquête, les pouvoirs publics ont réagi. La ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a annoncé la mise en place d’une formation obligatoire à la lutte contre les discriminations pour les agents immobiliers. « La discrimination est illégale et ne peut être tolérée », a-t-elle déclaré. Aujourd’hui, cette formation ne concerne que les détenteurs d’une carte professionnelle, soit moins de la moitié des professionnels en activité.
Pour SOS Racisme, cette annonce constitue un premier pas, mais reste insuffisante. L’association plaide pour un renforcement des contrôles et pour des sanctions effectives à l’encontre des agences fautives. Dans un contexte de crise du logement, la discrimination raciale apparaît non seulement comme une atteinte aux droits fondamentaux, mais aussi comme un facteur aggravant des inégalités économiques. En excluant une partie des locataires, le marché se rigidifie, alimente la précarité et fragilise la cohésion sociale, un constat désormais documenté par les chiffres mêmes de l’enquête.
