Donald Trump classe « Antifa » comme organisation terroriste : une décision symbolique aux contours flous

Donald Trump a signé le 22 septembre 2025 un décret classant « Antifa » comme organisation terroriste intérieure. Derrière ce geste fort, se cachent des enjeux politiques majeurs mais aussi d’importantes limites juridiques.

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By Adélaïde Motte Published on 23 septembre 2025 9h26
Donald Trump Antifa Organisation Terroriste
Donald Trump classe « Antifa » comme organisation terroriste : une décision symbolique aux contours flous - © Economie Matin

Le 22 septembre 2025, Donald Trump a annoncé par décret que le mouvement Antifa était désormais officiellement désigné comme une organisation terroriste intérieure. Cette décision, qui relance les débats autour de l’antifascisme et de la lutte contre les violences politiques, intervient dans un contexte marqué par l’assassinat de Charlie Kirk. Pour Donald Trump, il s’agit d’affirmer son autorité et de montrer qu’il lutte contre ce qu’il considère comme une menace radicale. Mais cette classification soulève de nombreuses questions juridiques et politiques, d’autant que le mouvement antifa, diffus et non hiérarchisé, échappe aux catégories traditionnelles des organisations terroristes.

Les motivations de Donald Trump : politique et sécurité entremêlées

Donald Trump justifie cette décision en invoquant les violences attribuées aux militants antifa. Selon la Maison Blanche, « Antifa est une entreprise militariste et anarchiste qui appelle au renversement du gouvernement des États-Unis, des autorités chargées de l’application de la loi et de notre système juridique ». Dans le décret, le président évoque une « augmentation de 1000 % » des agressions contre des agents fédéraux, en particulier ceux de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, Agence de l’immigration et des douanes), qu’il relie directement à des actions antifascistes.

Le contexte immédiat a aussi joué un rôle clé : l’assassinat de Charlie Kirk, survenu le 10 septembre 2025, a provoqué une onde de choc dans le camp conservateur. Donald Trump et ses alliés politiques ont rapidement désigné les antifa comme responsable, notamment à cause des relations du meurtrier avec l'extrême-gauche.

Ce que permet réellement le classement comme organisation terroriste

Le décret signé par Donald Trump ordonne aux agences fédérales « d’enquêter, perturber et démanteler toutes les opérations illégales conduites par Antifa ou par toute personne prétendant agir en son nom ». Il prévoit également un suivi des financements, afin d’assécher les ressources du mouvement ou de ses soutiens.

Cependant, ce texte ne crée pas de nouvelles bases légales. Aux États-Unis, seules les organisations étrangères peuvent être officiellement classées comme terroristes par le Département d’État. Or les antifa ne sont pas une structure étrangère mais un ensemble d’initiatives locales sans coordination nationale. La Maison Blanche a donc dû recourir à un décret présidentiel, dont la portée pratique reste incertaine. Plusieurs juristes soulignent que ce texte pourrait surtout servir de base à des enquêtes renforcées, mais difficilement à des poursuites judiciaires durables.

Les limites constitutionnelles et pratiques de la mesure

Contrairement aux organisations terroristes traditionnelles, les antifa ne disposent ni d’un leader reconnu, ni d’une base centrale, ni de listes d’adhérents. Cette absence de hiérarchie rend extrêmement difficile toute identification juridique. Comment démontrer qu’un individu agit « au nom d’antifa » sans organisation formelle ?

La décision de Donald Trump se heurte également au Premier Amendement de la Constitution américaine. En criminalisant une mouvance idéologique, le risque est d’attaquer la liberté d’expression et de réunion. Pour de nombreux observateurs, qualifier les antifa de terroristes revient à confondre activisme violent et pensée politique radicale, ce qui pourrait ouvrir la voie à des dérives.

Les ressorts stratégiques et les implications économiques

Cette initiative a aussi une portée politique claire. Donald Trump, déjà candidat potentiel à l’élection présidentielle de 2028, cherche à consolider sa base électorale en mettant en avant une ligne dure face aux menaces intérieures. En reprenant un thème déjà évoqué lors des manifestations de 2020, il capitalise sur un imaginaire sécuritaire et sur la peur d’un ennemi intérieur.

Les conséquences économiques ne sont pas négligeables. Pour les militants ou collectifs soupçonnés de proximité avec les antifa, l’accès aux financements pourrait être entravé, leurs comptes surveillés, leurs événements publics limités. De son côté, l’État fédéral devra mobiliser des ressources importantes : enquêtes, surveillance, procédures judiciaires longues et coûteuses. Enfin, cette désignation pourrait avoir des effets collatéraux sur la société civile : associations, ONG ou journalistes critiques risquent d’être inquiétés si leurs activités sont assimilées de près ou de loin à celles du mouvement.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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