L’eau potable va coûter significativement plus cher aux ménages français. Les collectivités doivent faire face à des investissements massifs dans les infrastructures et à de nouvelles réglementations européennes, notamment la directive « Deru 2 » sur le traitement des eaux usées.
Pourquoi l’eau va coûter plus cher

Les factures d'eau s'envolent partout en France
Les ménages français vont payer leur eau plus cher. Confrontées à des investissements massifs et à de nouvelles réglementations européennes, les collectivités locales répercutent désormais leurs coûts sur les consommateurs. Plusieurs agglomérations ont déjà voté des hausses substantielles, préfigurant une tendance nationale inéluctable.
D'ici 2040, les tarifs du service d'eau potable devraient augmenter "d'au moins 3,5% à 6% par an" pour préserver les infrastructures, selon une étude récente. Une perspective qui pèse autant sur les budgets municipaux que sur le pouvoir d'achat des familles, déjà fragilisé par l'inflation généralisée.
Infrastructures vieillissantes et normes européennes renforcées
Les dépenses des services d'eau et d'assainissement atteignaient 15,4 milliards d'euros en 2024, mais les besoins explosent. Pascal Ronzière, président de la Communauté d'agglomération Villefranche Beaujolais Saône, résume la situation : "Le traitement et la distribution d'une eau de qualité vont coûter de plus en plus cher. On a à peine inauguré notre nouvelle unité de traitement des eaux usées qu'on découvre de nouvelles réglementations européennes demandant encore des investissements dans les années qui viennent."
Les collectivités jonglent avec trois priorités coûteuses : renouveler des réseaux centenaires, construire de nouvelles stations d'épuration et respecter les normes environnementales renforcées. À Villefranche-sur-Saône, dix années d'investissements ont été nécessaires pour moderniser stations d'épuration, bassins d'orages et réseaux séparatifs.
La directive "Deru 2" accélère la facture
L'application de la directive européenne "Deru 2" sur le traitement des eaux usées constitue le principal moteur de cette flambée budgétaire. Transposable dans les droits nationaux avant le 31 juillet 2027, elle impose l'élimination des micropolluants avant rejet dans la nature.
Les collectivités disposent de peu de temps pour s'adapter à ces exigences techniques et financières drastiques. L'urgence du calendrier européen contraint les élus locaux à accélérer des investissements qu'ils auraient préféré étaler sur plusieurs décennies.
Les premières hausses frappent déjà les consommateurs
La Communauté d'agglomération de La Rochelle a voté une hausse de 5% de la part variable pour l'eau potable, portant le prix du mètre cube de 1,62 à 1,70 euro. L'assainissement subit des évolutions similaires.
D'autres territoires connaissent des hausses encore plus marquées. À Villefranche, les tarifs évoluent différemment selon les communes, avec des augmentations de 4,3% à 10% pour l'assainissement. Jean-Pierre Dumontet, vice-président en charge de l'eau, admet que "les augmentations sont importantes en pourcentage".
L'Agence de l'eau alourdit également la facture. Ses redevances, désormais calculées sur la consommation d'eau potable et la performance des réseaux, ont sensiblement augmenté. Emmanuel Dupit, conseiller communautaire d'opposition, dénonce "le triplement du tarif au m³ sur l'assainissement".
Endettement et fiscalité environnementale en renfort
Pour financer leurs investissements, les collectivités combinent trois leviers principaux. L'augmentation des tarifs reste incontournable, mais l'endettement offre encore des marges de manœuvre. La mobilisation de la fiscalité environnementale, notamment la taxe Gemapi, complète l'arsenal financier.
Olivier Grimberg, directeur secteur public local de SFIL, relativise l'impact budgétaire : "Il existe des marges de manœuvre pour augmenter ce prix de l'eau. Les ménages français n'y consacrent en moyenne que 1% de leur budget, contre 2% pour payer la téléphonie."
Un doublement des coûts envisagé d'ici 2040
Les projections dessinent deux scénarios préoccupants. Dans l'hypothèse modérée, les dépenses totales des services d'eau et d'assainissement augmenteraient de moitié d'ici 2040. Le scénario volontariste table sur un doublement complet de ces coûts, dans un contexte de remontée générale des taux d'intérêt.
La taxe Gemapi pourrait devenir un levier fiscal majeur. Actuellement facultative et prélevée en moyenne à 9,2 euros par habitant, elle dispose d'un plafond autorisé de 40 euros. Portée à son maximum, elle dégagerait théoriquement 2,3 milliards d'euros de ressources supplémentaires, mais l'acceptabilité sociale d'une telle hausse reste incertaine.
Catherine Halbwachs, responsable du programme d'adaptation des centrales EDF au changement climatique, pointe le nœud du problème : "L'eau est notre premier problème. Il n'y a toujours pas de modèle économique valable pour les projets permettant de rendre nos territoires plus résilients, et pour cause : l'eau n'a pas de valeur." Une réflexion qui invite à repenser la tarification de cette ressource devenue stratégique.
