La BCE a relevé ses taux directeurs de 25 points de base pour répondre aux tensions inflationnistes du conflit au Moyen-Orient. Les nouvelles projections intègrent une inflation à 3% en 2026 et une croissance révisée à la baisse à 0,8%. Le marché anticipe deux hausses supplémentaires en 2026.
Le marché anticipe encore 2 hausses de taux supplémentaires en 2026

Par Alexandre Perricard, président d'Uzès Gestion
Sans réelle surprise, la BCE a décidé de relever ses trois taux directeurs de 25pb à :
- 2.25% pour le taux de dépôt,
- 2.40% pour les opérations principales de refinancement,
- 2.65% pour la facilité de prêt marginal.
Prise à l'unanimité, cette décision vient mettre un terme à la séquence de stabilité des taux initiée en juin 2025. Il s'agit de la 1ère hausse des taux directeurs depuis octobre 2023.
Le Conseil des gouverneurs entend ainsi répondre aux tensions inflationnistes issues du conflit au Moyen-Orient.
Les nouvelles projections macroéconomiques de la BCE intègrent une orientation haussière de l'inflation qui est désormais attendue à 3% en moyenne en 2026, 2,3 % en 2027 et 2,0 % en 2028. Hors énergie et alimentation, l'inflation est anticipée à 2,5 % en 2026 et 2027, 2,2 % en 2028. Pour tenir compte de l'impact négatif de la guerre avec l'Iran sur le coût des matières premières, les revenus réels et la confiance, les prévisions de croissance ont été revues à la baisse pour 2026 et 2027 à 0,8 % en 2026, 1,2 % en 2027 et 1,5 % en 2028.
Nouvelles projections économiques de la BCE : juin 2026 vs. mars 2026 (en %)
| 2026 | 2027 | 2028 | |
|---|---|---|---|
| PIB | 0.8 (mars : 0.9) | 1.2 (mars : 1.3) | 1.5 (mars : 1.4) |
| Inflation | 3.0 (mars : 2.6) | 2.3 (mars : 2.0) | 2.0 (mars : 2.1) |
| Inflation core | 2.5 (mars : 2.3) | 2.5 (mars : 2.2) | 2.2 (mars : 2.1) |
Source : ECB - Eurosystème
Les prévisions tablent désormais sur un prix du baril de pétrole à 96.9$ en 2026, 82.2$ en 2027 et 77.1$ en 2028.
Le taux de change €/$ retenu est de 1.17 en 2026, 2027 et 2028.
Sans évoquer de scénario de stagflation, la BCE a souligné les risques haussiers pour l'inflation et des risques baissiers pour la croissance économique. L'amplitude de ces risques sera fonction de « l'intensité et de la durée du choc sur les prix de l'énergie, ainsi que de l'ampleur de ses effets indirects et de second tour ».
A ce stade, la BCE a rappelé qu'elle n'observait pas d'effet de 2nd tour. Si les anticipations d'inflation à court terme ont certes augmenté, les anticipations à plus long terme restent bien ancrées.
La décision entérinée ce jour n'est pas nécessairement envisagée comme le début d'un nouveau cycle haussier pour les taux directeurs. Selon Christine Lagarde, elle constitue une réponse appropriée et jugée suffisamment robuste pour faire face aux pressions inflationnistes nées du contexte géopolitique. Certains observateurs perçoivent ce resserrement comme une « assurance » …
La suite dépendra de l'évolution des données macroéconomiques et en particulier du rythme et de l'ampleur de la dérive de l'inflation vis-à-vis de l'objectif de 2% à moyen terme. Même si la BCE estime que la hausse de 25pb ne représente pas une menace pour la croissance de la Zone Euro, elle refuse de confirmer que le niveau actuel des taux directeurs puisse être qualifié de neutre…. et rappelle que les conditions financières restent globalement inchangées. Le coût moyen d'emprunt sur les marchés de dettes atteint 4% en avril (vs. 3.9% en mars). Il est de 3.6% pour les prêts bancaires aux entreprises et de 3.4% pour les crédits hypothécaires. Post conférence BCE, le marché anticipe encore 2 hausses de taux supplémentaires en 2026. Les rendements souverains réagissent positivement avec une translation vers le bas de l'ensemble des segments de courbes. Le Bund et le taux allemand à 2 ans refluent de 4.4pb à 3.03% et 2.66% respectivement.
