Après le choc provoqué par l’affaire Bétharram, les écoles indépendantes, ou hors contrat, se mobilisent pour mieux protéger leurs élèves. Elles placent la lutte contre les violences au cœur de leur plan d’action pour 2025-2026, en exigeant des moyens concrets et en développant des formations spécifiques.
Les écoles hors contrat en ordre de bataille pour prévenir les violences scolaires

La question des violences est devenue centrale pour les établissements scolaires. Souvent marginalisés dans le débat public, les établissements hors contrat affirment leur volonté de traiter le problème de front, tout en dénonçant le manque de soutien de l’État et en formulant des propositions précises pour renforcer la protection des élèves.
Un plan d’action prioritaire pour 2025-2026
Les violences scolaires constituent un défi majeur pour ces établissements. « Dans les écoles indépendantes, il y a une part significative d’enfants fragiles, à un titre ou à un autre. Nous avons donc davantage de probabilités d’être confrontés à des pratiques prédatrices. Notre position, à Créer son école, c’est de ne pas avoir peur du sujet, mais de proposer des solutions et d’attirer l’attention des pouvoirs publics. », a affirmé Anne Coffinier lors de sa conférence de presse (Créer son école, septembre 2025). L’association a conçu un dispositif complet intégrant la formation au signalement, au recrutement et à la prévention, en partenariat avec des experts comme Hugo Martinez, fondateur de l’association Hugo.
Cette dynamique est d’autant plus nécessaire que les écoles hors contrat accueillent souvent des enfants fragiles : jeunes victimes de harcèlement, élèves porteurs de handicap ou enfants ayant connu de graves maladies. Pour ces publics vulnérables, la mise en place de solutions adaptées, telles que des cours filmés et accessibles à distance, permet de prévenir les violences en réduisant l’isolement et en offrant une continuité éducative, y compris en cas de phobie scolaire ou de traumatisme.
Recrutement et filtrage : combler le vide légal
Le recrutement constitue un autre volet crucial. L’article L.911-5 du code de l’éducation impose à tout directeur d’école de vérifier que les personnels n’ont pas été condamnés pour des infractions sexuelles ou terroristes. Or, les écoles hors contrat ne disposent pas d’outils efficaces pour s’assurer du respect de cette obligation. « Un directeur d’école hors contrat qui recrute n’a aucun moyen de le savoir », a insisté Anne Coffinier.
Face à cette impasse, l’association réclame la création d’un référent justice pour les écoles hors contrat, comme dans les établissements publics, et propose de calquer le processus de vérification sur celui des accueils collectifs de mineurs, grâce à la plateforme TAM qui croise les données avec le fichier FJAIS. Ces mesures permettraient d’écarter plus efficacement les personnes à risque et de prévenir ainsi de nouvelles violences dans les structures éducatives.
Meilleure intégration aux dispositifs de signalement
La lutte contre les violences nécessite aussi un accès équitable aux dispositifs de signalement existants. Actuellement, les établissements hors contrat ne sont pas systématiquement destinataires des recommandations officielles de l’Éducation nationale et sont exclus de certaines plateformes. Selon Créer son école, cette situation prive les enfants d’une protection identique à celle offerte dans le public.
L’association rappelle que tous les élèves doivent bénéficier d’un même niveau de sécurité, quelle que soit l’école fréquentée. « Il n’y a pas différents types d’enfants dans la République, on a tous droit à un même niveau de protection », martèle Anne Coffinier. Une diffusion plus cohérente des protocoles et une meilleure articulation avec les procédures judiciaires constitueraient un pas décisif dans la prévention des violences.
Contrôle pédagogique adapté et focus sur la protection
Le dernier volet du plan concerne le contrôle des écoles hors contrat. Aujourd’hui, les inspecteurs affectés aux écoles indépendantes sont souvent issus de disciplines scolaires et peu formés aux spécificités pédagogiques de ces établissements. Résultat : leurs visites se concentrent sur la conformité des méthodes plutôt que sur la prévention des violences.
« Nous ne sommes pas opposés au contrôle, mais il faudrait qu’il soit centré sur la protection des enfants », plaide Anne Coffinier. L’association propose soit de former les inspecteurs à la liberté pédagogique, soit de confier ces évaluations à des cabinets externes spécialisés. L’objectif est clair : recentrer les inspections sur la sécurité et la bientraitance, plutôt que sur une interprétation parfois restrictive des méthodes d’enseignement.
