Malgré les droits de douane brandis comme une arme absolue par Donald Trump, le déficit commercial des Etats-Unis atteint un sommet historique en 2025. Les chiffres officiels sont formels : jamais l’écart entre importations et exportations n’a été aussi élevé. Un revers cinglant pour une stratégie censée rééquilibrer le commerce américain.
Etats-Unis : le déficit commercial record contredit la stratégie de Trump

Le 19 février 2026, les statistiques annuelles publiées par le département du Commerce ont confirmé l’ampleur du déficit commercial américain pour 2025. Les Etats-Unis ont enregistré un déficit total des biens et services de 901,5 milliards de dollars. Et ce n’est pas le pire résultat de l’année.
Un déficit commercial record aux Etats-Unis malgré les promesses de Trump
Plus spectaculaire encore, le déficit des seuls biens atteint 1,24 trillion de dollars, soit environ 1 140 milliards d’euros, un record historique, d’après les données du Bureau of Economic Analysis. Cela représente une hausse d’environ 2 % par rapport à 2024. Malgré les hausses de droits de douane promises par Trump pour corriger le commerce extérieur, le déficit s’est creusé, démontrant que la stratégie, décriée dès le départ, n’était pas la bonne.
Dans le détail, les importations de biens ont culminé à 3,438 trillions de dollars, soit près de 3 160 milliards d’euros, tandis que les exportations se sont établies à 2,197 trillions de dollars, environ 2 020 milliards d’euros, selon l’AFP. L’écart reste abyssal. Or c’est précisément cet écart que les mesures de taxe et de douane étaient censées réduire. Le paradoxe saute aux yeux : alors que la politique commerciale affichait un objectif clair de réduction du déficit, les chiffres officiels montrent un déséquilibre persistant, voire aggravé. Et ce, dans un contexte de rhétorique protectionniste assumée.
Droits de douane : une mécanique plus complexe que prévu
Depuis son retour à la Maison Blanche, Trump a multiplié les annonces de taxe à l’importation. L’idée était simple sur le papier : taxer davantage les produits étrangers pour encourager la production nationale et réduire le déficit commercial des Etats-Unis.
Cependant, la réalité du commerce mondial est moins linéaire. Selon Reuters , les importations ont continué de progresser en 2025, alimentées par une demande intérieure robuste et par les besoins des entreprises américaines en composants étrangers. Résultat : le déficit ne s’est pas résorbé. L’économiste Chad Bown, du Peterson Institute for International Economics, résume cette limite structurelle expliquant que les travaux académiques ne montrent pas que les droits de douane aient un impact significatif sur les déficits commerciaux lorsqu’ils sont mis en œuvre, relaye Reuters.
Autrement dit, la taxe douanière n’est pas une baguette magique. Le déficit dépend aussi de facteurs macroéconomiques profonds : niveau d’épargne, consommation intérieure, compétitivité, valeur du dollar. Les droits de douane peuvent déplacer les flux, mais pas forcément réduire le déséquilibre global. D’ailleurs, si le déficit avec la Chine a diminué, il s’est creusé avec d’autres partenaires comme le Vietnam ou Taïwan. Le commerce se réorganise en réalité très rapidement après un choc douanier.
Le déficit comme baromètre politique pour Trump
Politiquement, le déficit commercial occupe une place centrale dans le discours de Trump. Depuis des années, il présente ce déficit comme la preuve d’un commerce “injuste” à l’égard des Etats-Unis. La réduction de cet écart était donc un marqueur fort de son action. Or les chiffres 2025 racontent une autre histoire. Le déficit global des biens et services, à 901,5 milliards de dollars, reste proche des sommets historiques. Et le déficit des biens, à 1,24 trillion de dollars, franchit un nouveau record.
Ce contraste nourrit une critique croissante chez les économistes. D’un côté, une stratégie basée sur la douane et la taxe à l’importation. De l’autre, un déficit qui résiste. Certes, les exportations ont progressé de 6,2 % en 2025, atteignant 3,432 trillions de dollars pour les biens et services combinés, selon le Bureau of Economic Analysis. Toutefois, les importations ont également augmenté d’environ 5 %, à 4,333 trillions de dollars. L’amélioration des exportations ne suffit donc pas à combler l’écart.
L’ironie est subtile mais réelle. Plus les Etats-Unis affichent une volonté de contrôle du commerce, plus le déficit souligne la force d’attraction de leur marché intérieur. La consommation américaine reste un moteur mondial. Et tant que cette demande excède la capacité nationale à produire certains biens à coût compétitif, le déficit perdure.
Un déficit révélateur des limites du protectionnisme
Il serait réducteur de résumer le déficit commercial à un simple échec politique. En réalité, ce déficit reflète aussi la structure même de l’économie américaine. Les Etats-Unis attirent capitaux et produits. Le dollar fort facilite les importations. Le commerce international s’organise autour de chaînes de valeur globales.
En définitive, le déficit commercial des Etats-Unis en 2025 agit comme un révélateur. Il souligne les limites d’une approche centrée principalement sur la douane et la taxe. Il rappelle aussi que le commerce mondial répond à des logiques complexes, où les décisions politiques nationales se heurtent à des interdépendances profondes. Le déficit, souvent brandi comme un symbole, demeure avant tout un indicateur macroéconomique. Et en 2025, cet indicateur affiche un record aux Etats-Unis. Pour Trump, qui avait fait de la réduction du déficit un étendard, la statistique sonne comme un rappel à la réalité des équilibres économiques mondiaux.
