Exit Tax : punir ceux qui partent, c’est perdre deux fois

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By Agnès C.
Exit Tax : punir ceux qui partent, c'est perdre deux fois
Exit Tax : punir ceux qui partent, c'est perdre deux fois - © Economie Matin

Les députés veulent renforcer l'exit tax pour piéger les entrepreneurs qui quittent la France. Brillante idée : au lieu de s'interroger sur les raisons de ce départ massif, on choisit de verrouiller la porte. Pendant ce temps, la Corée du Sud annonce un budget à l'équilibre et investit 15 milliards dans l'IA.

10 000

C'est le nombre approximatif de millionnaires français qui quittent chaque année la France — un record mondial que nos voisins européens observent avec un mélange de stupéfaction et d'intérêt.

Punir le départ plutôt que corriger le problème

Imaginez un restaurant qui perd ses meilleurs clients chaque soir. Sa réponse ? Installer des verrous à la sortie. Absurde ? Pourtant, c'est exactement la logique qui anime les députés français cette semaine. Face à l'exode des créateurs de richesse, la solution retenue n'est pas de rendre la France plus attractive. C'est de rendre le départ plus douloureux.

L'exit tax, dans sa version actuelle, impose déjà les plus-values latentes des entrepreneurs et investisseurs qui quittent le territoire. Insuffisant, jugent certains élus. Il faudrait donc durcir le dispositif, allonger les délais, élargir l'assiette. On punit davantage ceux qui votent avec leurs pieds.

Force est de constater une réalité que personne au Palais-Bourbon ne semble vouloir regarder en face : si 10 000 personnes fortunées quittent la France chaque année, c'est qu'elles ont une raison. Un taux marginal d'imposition parmi les plus élevés d'Europe. Des charges sociales hors normes. Une complexité fiscale kafkaïenne. Un message politique permanent qui désigne les riches comme des ennemis publics. On ne retient pas des capitaux avec des menaces. On les retient avec des perspectives.

Ce que nos voisins ont compris, nous refusons de voir

Pendant que l'Assemblée nationale débat de nouvelles façons de taxer ceux qui s'en vont, la Corée du Sud, elle, annonce un budget à l'équilibre pour 2027 et engage près de 15 milliards d'euros dans l'intelligence artificielle. Ce n'est pas un hasard. C'est un choix politique assumé : investir dans la compétitivité plutôt que gérer le déclin.

Regardons plus près. Le Portugal a attiré des milliers d'entrepreneurs européens avec des régimes fiscaux temporaires avantageux. Les Pays-Bas, l'Irlande, la Suisse continuent de capter des sièges sociaux, des talents, des capitaux que la France repousse méthodiquement. La Suède, souvent citée comme modèle social, a supprimé son impôt sur la fortune il y a vingt ans — précisément parce qu'elle avait compris le coût réel de la fuite des capitaux.

En France, on préfère l'incantation à l'analyse. On mobilise l'épargne des Français pour "financer l'économie" — sujet qui occupe également les esprits cette semaine — sans jamais se demander pourquoi cette épargne ne s'investit pas naturellement dans l'économie productive. La réponse est pourtant simple : le rendement après impôt est trop faible, l'instabilité fiscale trop grande, le risque entrepreneurial trop peu récompensé.

Le signal que la France envoie au monde

Chaque renforcement de l'exit tax envoie un message clair aux investisseurs internationaux, aux entrepreneurs étrangers qui hésiteraient à s'installer ici : la France considère le capital comme une ressource à ponctionner, pas comme un moteur à cultiver. Ce message se diffuse vite dans les réseaux d'affaires mondiaux. Il coûte bien plus que quelques millions récupérés sur des plus-values latentes.

On peut se demander combien d'années encore il faudra subir ce paradoxe : une France qui se dit ouverte aux affaires et qui, budget après budget, amendement après amendement, construit méthodiquement les conditions de sa propre marginalisation économique.

Il est temps d'inverser la logique. Non pas supprimer toute fiscalité du patrimoine, mais envoyer enfin un signal clair, durable, crédible : la France veut créer de la richesse, pas seulement la redistribuer. Cela commence par arrêter de punir ceux qui en créent.

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Agnès C. est une économiste libérale qui conseille dans l'ombre une large partie du personnel politique français, proposant des solutions pragmatiques et courageuses pour redresser les comptes publics.

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