L’usine Ford de Valence a produit moins de 100 000 véhicules en 2025, son plus bas historique. La coentreprise annoncée avec le constructeur chinois Geely vise à multiplier cette production par cinq, à 500 000 véhicules annuels, redynamisant une infrastructure clé de l’industrie automobile espagnole.
Ford s’allie à Geely à Valence : de 100 000 à 500 000 véhicules par an

L'usine Ford de Valence a produit moins de 100 000 véhicules en 2025, son plus bas historique. La coentreprise annoncée avec le constructeur chinois Geely vise à multiplier cette production par cinq, à 500 000 véhicules annuels, redynamisant une infrastructure clé de l'industrie automobile espagnole.
Le 23 juillet 2026, Ford et Geely Automobile ont officialisé la création d'une coentreprise sur le site de Valence, en Espagne. Ford détiendra 66 % du capital, Geely 34 %. L'accord prévoit la production de quatre nouveaux modèles à partir de 2028 : deux SUV électriques signés Geely, un Bronco et un crossover multi-énergies développé conjointement. L'usine continuera parallèlement d'assembler le Ford Kuga sans interruption.
Une usine en déclin retrouve un second souffle
2025 : moins de 100 000 véhicules, un plus bas historique
L'usine de Valence, inaugurée en 1976 pour produire la première Fiesta à traction avant, a connu des décennies de prospérité. Pourtant, en 2025, elle n'a assemblé que moins de 100 000 véhicules, selon les chiffres communiqués par le syndicat UGT Ford. Ce niveau de production représente un effondrement par rapport aux capacités initiales du site, qui dispose d'infrastructures dimensionnées pour des volumes bien supérieurs. L'usine fonctionnait ainsi largement en sous-régime, à l'image de nombreux sites européens confrontés à la transition électrique et à la contraction du marché automobile.
L'essoufflement de Valence reflète une réalité plus large : les usines européennes tournent en moyenne à 50 % de leurs capacités. La chute de la demande, les incertitudes réglementaires et la montée en puissance des constructeurs chinois ont fragilisé les acteurs historiques. Pour Ford, maintenir une usine aussi sous-utilisée devenait économiquement insoutenable sans renouvellement du portefeuille de produits.
2028 : passage à 500 000 véhicules annuels, une multiplication par cinq
La coentreprise avec Geely vise à inverser cette trajectoire. L'objectif affiché est de porter la capacité annuelle de l'usine à 500 000 véhicules, soit cinq fois le volume de 2025. Jim Baumbick, président de Ford Europe, a déclaré : « Notre objectif n'est rien d'autre que d'utiliser complètement cette usine à sa capacité maximale. » Cette montée en puissance repose sur l'introduction de quatre nouveaux modèles, dont deux SUV électriques Geely destinés au marché européen, un Bronco Ford et un crossover multi-énergies lancé en 2029.
La coentreprise débutera ses activités au premier semestre 2027, sous réserve des approbations réglementaires. La production des nouveaux véhicules interviendra à partir de 2028. L'ambition affichée est de transformer Valence en hub productif multi-marques, mutualisant les volumes pour réduire les coûts unitaires et améliorer la rentabilité. Pour une région espagnole durement touchée par la crise automobile, l'annonce représente un espoir de stabilisation de l'emploi industriel.
La répartition du capital : 66 % Ford, 34 % Geely
Pourquoi cette structure d'actionnariat
Ford conserve la majorité du capital avec 66 %, tandis que Geely détient 34 %. Cette répartition permet à Ford de garder le contrôle opérationnel du site, tout en bénéficiant de l'apport financier et technologique du partenaire chinois. Pour Geely, la structure offre un accès privilégié au marché européen sans supporter l'intégralité des investissements nécessaires.
Le choix de cette répartition n'est pas anodin. Il reflète un équilibre entre l'expertise locale de Ford, propriétaire historique du site, et les ambitions internationales de Geely, qui cherche à contourner les barrières douanières européennes. En détenant une participation minoritaire mais significative, le constructeur chinois s'assure une influence stratégique sans déclencher les réticences politiques qu'aurait pu susciter une prise de contrôle totale.
Implications pour le contrôle et la gouvernance
La majorité détenue par Ford garantit que les décisions stratégiques restent sous contrôle américain. Cela rassure les autorités espagnoles et européennes, soucieuses de préserver une certaine autonomie industrielle face à la montée en puissance chinoise. Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol, présent lors de l'annonce, a salué « la capacité de l'Espagne à attirer de grands investissements et à participer aux grandes transformations qui définissent l'avenir de la mobilité ».
Victor Young, vice-président et porte-parole de Geely, a insisté sur l'engagement du groupe à respecter l'écosystème local : « Nous n'importerons pas de main-d'œuvre depuis la Chine, nous allons nous reposer sur l'expertise des effectifs ici à Valence et faire le meilleur usage des capacités locales. » L'engagement vise à apaiser les craintes syndicales et politiques sur une éventuelle sinisation du site.
Contournement des droits de douane et accès aux aides européennes
La stratégie chinoise de localisation productive
Pour Geely, produire en Europe présente un double avantage : échapper aux droits de douane imposés sur les véhicules électriques importés de Chine et accéder aux aides publiques européennes destinées à la décarbonation. Depuis 2024, Bruxelles a renforcé les surtaxes sur les importations chinoises, rendant la production locale plus compétitive.
La localisation productive permet également de bénéficier des dispositifs d'aide à l'achat de véhicules propres, souvent conditionnés à une fabrication en Europe. En s'implantant à Valence, Geely s'assure que ses SUV électriques seront éligibles aux subventions nationales, améliorant leur attractivité commerciale face aux concurrents européens et asiatiques.
La stratégie de Geely s'inscrit dans une tendance plus large : plusieurs constructeurs chinois privilégient désormais les partenariats locaux plutôt que l'exportation directe. BYD, Chery et d'autres groupes ont annoncé des projets similaires en Hongrie, en Turquie ou en Espagne. L'objectif est de contourner les barrières commerciales tout en se rapprochant des consommateurs européens.
Consolidation européenne et nouvelle logique des coentreprises
Le partenariat Ford-Geely illustre une mutation profonde de l'industrie automobile européenne. Face à la surcapacité productive, aux coûts de R&D croissants et à la concurrence mondiale, les constructeurs privilégient la mutualisation des plateformes et des volumes. Les coentreprises permettent de partager les risques financiers tout en accélérant le déploiement de nouveaux modèles.
Ford et Geely entretiennent une relation de confiance remontant à 2010, lorsque Ford a cédé Volvo Cars au groupe chinois. Ce précédent a posé les bases d'une coopération élargie. En s'appuyant sur cette histoire commune, les deux groupes espèrent éviter les écueils culturels et organisationnels qui ont plombé d'autres alliances transnationales.
Pour l'Europe, l'enjeu dépasse le seul cas de Valence. La capacité à attirer des investissements étrangers tout en préservant l'autonomie stratégique du secteur automobile conditionne la survie de milliers d'emplois industriels. Le modèle de coentreprise, s'il réussit à Valence, pourrait inspirer d'autres collaborations similaires sur le continent, redéfinissant les équilibres de pouvoir entre constructeurs occidentaux et asiatiques.
