France Télévisions coupe, mais l’audiovisuel public saigne encore

France Télévisions annonce des économies de façade tandis que l’audiovisuel public français engloutit 4,6 milliards d’euros annuels sans véritable évaluation. Face à une dette de 3 460 milliards, l’État doit cesser de financer sans conditions et imposer une vraie responsabilisation au service public.

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By Agnès C. Published on 10 juin 2026 10h18
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France Télévisions coupe, mais l’audiovisuel public saigne encore - © Economie Matin

Par Agnès C.

France Télévisions annonce ses premières économies : des émissions supprimées, des droits sportifs réduits. Bonne direction, mauvais dosage. Pendant que le groupe public se félicite de rogner sur quelques cases de grille, personne ne pose la vraie question : a-t-on encore besoin d'un audiovisuel public aussi tentaculaire, aussi coûteux, aussi peu évalué ?

4,6 milliards €

C'est le budget annuel de l'audiovisuel public français — soit davantage que ce que consacre l'Allemagne à ses chaînes publiques pour une population 20 % plus nombreuse.

Des économies de façade sur une dépense jamais questionnée

Quelques émissions en moins. Des matchs diffusés sur d'autres chaînes. France Télévisions communique sur ses "ajustements" avec la componction d'un élève qui rend une copie à moitié vide en se félicitant d'avoir mis son nom dessus. Imaginez un instant un chef d'entreprise qui, face à des pertes structurelles, annoncerait fièrement avoir supprimé les croissants du comité de direction.

C'est pourtant exactement ce que fait le groupe public. On parle ici d'un mastodonte qui pèse plusieurs milliards d'euros de financement annuel — subventions d'État, ancienne redevance transformée en dotation budgétaire directe — sans jamais avoir à démontrer sérieusement sa valeur ajoutée face à l'offre privée. Vous saviez que France Télévisions emploie plus de 9 000 salariés pour produire moins d'audience que TF1, dont le personnel est deux fois moins nombreux ? La productivité, ce concept visiblement étranger au service public audiovisuel.

Le vrai problème n'est pas une émission de trop sur la grille de France 4. C'est l'absence totale de cap stratégique et de mécanisme d'évaluation réel. On dépense, on reconduitsans questionner, on "ajuste" à la marge quand la pression politique devient insupportable. Et on appelle ça gérer.

L'Irlande montre l'exemple : quand un État sait dire non à ses propres dépenses

Pendant ce temps, l'Irlande reçoit un avertissement de son conseil budgétaire indépendant : trop de dépenses publiques, même financées par des surplus exceptionnels liés à la fiscalité des multinationales. Dublin se fait rappeler à l'ordre par ses propres garde-fous. La leçon mérite d'être méditée à Paris.

Car la France, elle, n'a pas de surplus à dilapider. Elle a 3 460 milliards d'euros de dette et un déficit public qui résiste à toutes les bonnes intentions. Et pourtant, on continue de traiter chaque poste de dépense comme un acquis intouchable, une identité nationale à protéger plutôt qu'un service à évaluer.

L'audiovisuel public n'est qu'un exemple parmi des centaines. Mais il est particulièrement révélateur d'une pathologie française : la conviction que dépenser de l'argent public constitue en soi une vertu, que la gratuité apparente justifie n'importe quel coût réel. Les Suédois ont réformé leur audiovisuel public de fond en comble dans les années 1990. Les Danois fixent des objectifs chiffrés à leurs opérateurs publics et les évaluent sans complaisance. En France, on négocie un "contrat d'objectifs et de moyens" dont personne ne vérifie jamais vraiment l'exécution.

Il ne s'agit pas de supprimer le service public, mais de le mériter

Soyons clairs : personne ne demande la disparition de l'audiovisuel public. Mais entre disparition et blanc-seing budgétaire permanent, il existe un espace que la France refuse obstinément d'explorer.

L'espace s'appelle la responsabilisation. Il suppose de définir ce que le marché ne fait pas, de financer uniquement cela, et de mesurer les résultats avec des indicateurs opposables. Pas des indicateurs que l'opérateur choisit lui-même, comme c'est largement le cas aujourd'hui.

À l'heure où chaque euro compte — et ils comptent tous, quand on doit rembourser 3 460 milliards — l'audiovisuel public ne peut plus se contenter d'annoncer qu'il "s'adapte". Il doit prouver qu'il mérite ce que le contribuable lui verse. Le contrat d'objectifs qui se négocie en ce moment avec le ministère de la Culture est peut-être la dernière chance de poser enfin cette exigence. Les politiques qui la laisseront passer n'auront pas à chercher bien loin leur responsabilité dans la prochaine crise des finances publiques.

Agnès C.
Économiste

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Agnès C. est une économiste libérale qui conseille dans l'ombre une large partie du personnel politique français, proposant des solutions pragmatiques et courageuses pour redresser les comptes publics.

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