Grève ce mardi 29 septembre 2026 : pourquoi les fonctionnaires descendent dans la rue

Ce mardi 29 septembre, huit syndicats de la fonction publique appellent à une grève unitaire contre le gel du point d’indice annoncé pour 2027. Depuis 2017, l’inflation a progressé de 24,17% tandis que les salaires des fonctionnaires n’ont augmenté que de 5%. Entre 150 et 170 manifestations mobiliseront enseignants, soignants, pompiers et agents administratifs.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 28 septembre 2026 6h51
La CGT veut faire du 29 septembre 2026 une journée nationale de grève des agents publics contre les orientations salariales du budget 2027. ChatGPT
La CGT veut faire du 29 septembre 2026 une journée nationale de grève des agents publics contre les orientations salariales du budget 2027. ChatGPT - © Economie Matin
24,17%Les chiffres de l'INSEE montrent une inflation cumulée de 24,17% entre 2017 et fin 2026.

Depuis 2017, l'inflation a bondi de 24,17%, alors que les salaires des fonctionnaires n'ont progressé que de 5%. L'annonce du gel du point d'indice pour 2027 exacerbe une frustration économique, incitant huit syndicats à appeler à une grève unitaire ce mardi 29 septembre. Environ 150 à 170 manifestations sont prévues à travers le pays, rassemblant enseignants, soignants, pompiers et agents administratifs.

Un écart grandissant entre inflation et revalorisations salariales

Les chiffres de l'INSEE montrent une inflation cumulée de 24,17% entre 2017 et fin 2026. Durant cette période, le point d'indice des fonctionnaires n'a été revalorisé qu'à deux reprises : 3,5% en 2022 et 1,5% en 2023, totalisant 5%. Cet écart de 19,17 points signifie qu'un agent public, avec un salaire net de 2 000 euros en 2017, devrait percevoir 2 483 euros aujourd'hui pour préserver son pouvoir d'achat. Cependant, il ne touche que 2 100 euros, soit une perte mensuelle de 383 euros et près de 4 600 euros par an. Cette érosion du pouvoir d'achat affecte surtout les métiers de catégorie C, avec des salaires de base entre 1 600 et 1 900 euros nets. Les familles monoparentales et les agents en début de carrière sont particulièrement touchés.

Impact du gel annoncé sur le pouvoir d'achat

En septembre 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a confirmé le gel du point d'indice pour 2027, en pleine période d'inflation élevée, notamment sur les carburants et l'alimentation. Luc Farré, secrétaire général de l'Unsa-Fonction publique, exprime la colère : « S'il n'y a pas d'augmentation, je dis au gouvernement : 'Ça suffit !' ». Le gel de 2027 pourrait creuser l'écart inflation-revalorisation au-delà de 25 points en 2028, entraînant une perte d'un mois de salaire annuel par rapport à 2017. La Cour des comptes avait préconisé cette mesure, mais elle néglige l'impact sur la consommation des ménages.

Conséquences économiques du gel salarial

Les 1,9 million d'agents de la fonction publique représentent une part essentielle de la population active. Avec un chômage à 8,3% au deuxième trimestre 2026, ces emplois stables sont cruciaux. Toutefois, la baisse du pouvoir d'achat limite la consommation, affectant les secteurs de la distribution, de l'automobile et des loisirs. Les ménages reportent les achats importants, réduisent les vacances et les dépenses culturelles, pesant sur la croissance économique. Le gel salarial pourrait engendrer un ralentissement économique général, avec des entreprises privées voyant leur chiffre d'affaires diminuer, créant un cercle vicieux récessif. Le gouvernement doit concilier économies sur la masse salariale publique sans provoquer un choc de consommation.

Le gel du point d'indice permet une économie immédiate pour l'État, estimée à 3,5 milliards d'euros par an, mais comporte des risques : baisse de productivité, recours coûteux aux contractuels, et perturbations économiques dues à la grève du 29 septembre. La dégradation du climat social rend difficile toute réforme structurelle, transformant potentiellement l'économie à court terme en surcoût politique et économique à long terme.

Mobilisation historique des syndicats

La grève rassemble CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP, une unité syndicale rare face au gel salarial. L'intersyndicale prévoit une « journée noire », espérant dépasser les 130 000 à 200 000 manifestants de décembre 2024. La stratégie repose sur une médiatisation maximale et une mobilisation diversifiée pour démontrer l'importance de la fonction publique.

Environ 150 à 170 manifestations sont prévues, avec un cortège spécifique à Paris pour les pompiers. Les secteurs concernés incluent l'éducation, la santé, la sécurité et l'administration fiscale. La RATP annonce un trafic normal, mais la SNCF prévoit quelques perturbations. Le service minimum dans les écoles sera appliqué si plus de 25% de grévistes sont présents. Les perturbations restent limitées, ce qui pourrait réduire l'impact médiatique.

Au-delà de la grève, la question demeure : comment équilibrer rigueur budgétaire et pouvoir d'achat dans un contexte d'inflation persistante ? L'écart de 19,17 points entre inflation et revalorisations salariales souligne une impasse au-delà de la fonction publique. Le gel du point d'indice pourrait affaiblir la consommation intérieure, alimentant une spirale déflationniste.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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