Une nouvelle étude française, publiée le 24 février 2026 dans la revue Environmental Science & Technology, révèle que l’exposition à des températures élevées durant la grossesse, même sans épisodes de canicule intense, est liée à une baisse significative du poids de naissance des bébés. Ces résultats, issus de cohortes françaises majeures, viennent enrichir un corpus scientifique croissant sur les effets du climat, et en particulier de la chaleur, sur la santé périnatale.
Grossesse : la chaleur réduit le poids des fœtus, même sans canicule

L’association entre la chaleur et le développement fœtal n’est plus une hypothèse isolée, elle s’inscrit désormais dans un ensemble de preuves épidémiologiques tirées de vastes cohortes mères-enfants. Une précédente étude de cohorte menée à Paris avait déjà montré qu’une exposition prénatale à des vagues de chaleur, particulièrement durant le premier trimestre, augmentait la probabilité d’un poids de naissance « petit pour l’âge gestationnel » (SGA). Dans ces données, les femmes exposées à la chaleur durant la vague de 2003 avaient jusqu’à 4,18 fois plus de chances d’avoir un bébé SGA si l’exposition avait eu lieu au premier trimestre.
Des données robustes issues de près de 21 000 grossesses françaises
Les chercheurs français ont exploité les données combinées de quatre grandes cohortes mères-enfants françaises, dont Pélagie, Elfe, Sepages et Eden, représentant environ 21 000 femmes enceintes suivies entre 2002 et 2017. L’objectif : identifier précisément les périodes critiques de l’exposition à la chaleur et examiner comment cette exposition interagit avec d’autres facteurs environnementaux et socio-économiques, pollution de l’air, végétalisation des zones d’habitation ou conditions sociales des participantes.
L’étude montre ainsi que la chaleur pendant les deux premiers trimestres de grossesse est associée à une réduction du poids de naissance allant de –40 g à –200 g lorsque l’exposition thermique est comparée aux périodes moins chaudes. À l’inverse, une exposition dans des semaines plus tardives (entre la 32e et la 35e semaine d’aménorrhée) est corrélée à une légère augmentation du poids de naissance d’environ +60 g. Pour les auteurs, ces données sont suffisamment robustes pour envisager que la chaleur ambiante constitue un facteur de stress environnemental susceptible d’influencer le développement du fœtus même hors périodes de canicule déclarée.
Une interaction complexe avec la pollution et les conditions de vie
L’originalité majeure de cette étude réside dans l’analyse conjointe de multiples facteurs. Les chercheuses et chercheurs ont montré que l’effet de la chaleur sur le poids de naissance est modulé par d’autres déterminants environnementaux et sociaux. Une faible végétalisation des zones résidentielles accentue l’association négative entre chaleur et faible poids à la naissance. De mêmes effets sont observés chez les femmes vivant dans des zones socio-économiquement défavorisées ou soumises à un stress social accru. La pollution atmosphérique, notamment celle liée aux particules fines (PM2,5) et aux oxydes d’azote, semble renforcer l’impact délétère de la chaleur sur le fœtus.
Dans ce contexte, Maximilien Génard-Walton, chercheur post-doctorant à l’Inserm et co-premier auteur de la publication, explique : « C’est la première fois qu’une étude prend en compte le rôle de ces différents facteurs dans les effets de la chaleur sur le poids de naissance. Nos résultats soulignent l’importance de mettre en place des mesures ciblées pour protéger les femmes enceintes et l’enfant à naître dès le début de grossesse, notamment par la végétalisation des environnements de vie qui permettent de réduire l’exposition à la chaleur. »
Pourquoi ces effets et quelles implications pour la santé publique ?
Les mécanismes physiologiques par lesquels la chaleur influence la croissance fœtale restent l’objet de recherches complémentaires, mais plusieurs pistes explicatives existent dans la littérature scientifique : une diminution de la perfusion placentaire, un stress oxydatif accru, et des réponses inflammatoires liées à des températures élevées pourraient réduire les apports nutritifs et énergétiques au fœtus, ralentissant ainsi sa croissance.
Par ailleurs, ces résultats interviennent dans un contexte plus large : le changement climatique multiplie les épisodes de fortes températures, augmentant le nombre de jours au cours desquels les femmes, particulièrement celles vivant dans des environnements peu végétalisés ou de faible niveau socio-économique, sont exposées à des conditions thermiques potentiellement nocives pour le fœtus.
