Une hôtesse de l’air britannique, Laura Lanigan, réclame 83 000 euros à sa compagnie aérienne après avoir été gravement blessée au cours d’un vol à destination de l’Inde. Ce litige oppose depuis quelques jours la compagnie British Airways à l’une de ses anciennes employées, blessée en plein avion par des turbulences violentes.
Une hôtesse de l’air attaque sa compagnie pour 83 000 euros

L'hôtesse de l’air est au cœur de ce dossier judiciaire qui se déroule devant un tribunal britannique. Il s’agit d’un cas rare où un membre d’équipage engage une procédure contre sa propre compagnie pour des blessures subies en service.
Les circonstances de l’accident et les blessures de l’hôtesse de l’air
Les faits remontent au mois de juin 2019, lors d’un vol long‑courrier assuré par British Airways entre Londres Heathrow et Mumbai (Inde). Laura Lanigan, hôtesse de l’air de 56 ans, travaillait ce jour‑là sur un Boeing 777 exploité par la compagnie britannique. Elle était en poste dans la cuisine de l’appareil, située à l’avant du fuselage, lorsque l’avion a rencontré une zone de turbulences particulièrement violente, juste avant l’atterrissage à Mumbai. Selon sa version des événements, l’appareil a subi un « violent drop », une descente soudaine et brutale, qui l’a projetée en l’air avant de la faire retomber au sol. L'hôtesse de l'air a alors subi une fracture du genou et une luxation de l’épaule, et une bonbonne de boisson mal arrimée lui est tombée dessus. Après l’atterrissage, elle a dû être évacuée de l’avion en fauteuil roulant. Cette description clinique et circonstanciée des blessures a été rapportée par les médias couvrant le procès.
La demande de dommages et intérêts de 72 500 livres sterling, soit plus de 83 000 euros, vise à compenser les douleurs physiques, la perte de revenus, les conséquences sur sa santé ainsi que les séquelles professionnelles et personnelles que l'hôtesse de l'air attribue à cet accident. Ce montant inclut également des sommes pour incapacité future et préjudice moral, bien que ces éléments soient encore débattus devant la cour. L’évaluation précise des sommes réclamées est au cœur des arguments de la plaignante et de ses avocats, qui insistent sur la gravité des blessures et leur impact au long terme sur sa qualité de vie et sa capacité à travailler.
Selon les éléments présentés par l’avocat de Laura Lanigan, l’accident a eu lieu alors que l’avion approchait de Mumbai, dans une phase de vol jugée normalement stable, après un périple de près de neuf heures en l’air. Les turbulences ont surpris l’équipage et les passagers, provoquant une série de secousses si soudaines que l’hôtesse de l'air, qui était debout pour assurer le service à bord, n’a pas eu le temps de s’attacher. Elle a ensuite peiné à se déplacer malgré les signes d’attache des ceintures allumés, ce qui a aggravé l’impact des blessures.
83 000 euros réclamés à British Airways
L’argument central de Laura Lanigan repose sur l’affirmation que l’accident aurait pu être évité si le pilote avait respecté les protocoles de sécurité météorologique. Elle affirme que le cockpit a délibérément survolé une zone de turbulences associée à un puissant nuage d’orage de type cumulonimbus, malgré les signaux qui auraient dû inciter à un contournement plus large. Ces nuages d’orage sont connus pour être une source importante de turbulences, notamment en phase d’approche d’un aéroport tropical. L’avocat de l'hôtesse de l'air a souligné que le pilote aurait dû maintenir une distance d’au moins 32 km (soit 20 miles) des cumulus orageux, conformément aux bonnes pratiques de l’aviation commerciale.
L’argument météorologique est fondamental dans cette affaire car il lie directement le comportement du pilote à la survenance de l’accident. Selon l’avocat de l'hôtesse de l'air, les données d’experts sur les turbulences thermiques suggèrent que les conditions observées n’étaient pas simplement des « nuages blancs et duveteux » mais bien des formations susceptibles de générer des secousses sévères, précisément celles qui ont causé ses blessures. Ces arguments s’appuient notamment sur des témoignages d’experts météorologues présentés devant le juge.
De l’autre côté, les avocats de la compagnie British Airways contestent cette thèse. Ils soutiennent que rien dans les instruments météorologiques embarqués ou sur le radar ne montrait la présence d’un nuage d’orage dangereux à proximité du plan de vol. Ils affirment que l’équipe de conduite a correctement évalué les conditions météorologiques en temps réel et que l’avion n’a pas été exposé à un danger imprudent. L’un des avocats de la compagnie a insisté sur le fait qu’un officier des opérations dans le cockpit n’a signalé que des nuages blancs, sans aucun signe de cumulonimbus dangereux.
Ce désaccord fondamental sur l’appréciation des conditions météorologiques place au centre du débat la question de la responsabilité du pilote et, par extension, de l’employeur. Si le tribunal estime que l’équipage a manqué à son devoir de prudence en s’approchant trop près d’une zone turbulente, cela pourrait ouvrir la porte à une reconnaissance de la responsabilité civile de la compagnie pour manquement aux normes professionnelles. En revanche, si la cour retient que les pilotes ont agi conformément aux procédures et aux informations disponibles à l’époque, la demande de dommages et intérêts pourrait être rejetée ou réduite considérablement.
Un long parcours au sein de British Airways
Laura Lanigan n’est pas une hôtesse débutante. Elle a servi au sein de British Airways pendant près de 30 ans, selon les informations disponibles. Cette longue carrière au sein d’une grande compagnie internationale lui donne non seulement un profil d’experte en service aérien, mais aussi un statut d’employée expérimentée qui connaît bien les procédures de sécurité à bord. Cette ancienneté ajoute une dimension supplémentaire au dossier : elle renforce l’argument selon lequel un professionnel aguerri ne se serait pas retrouvé dans une situation dangereuse si des protocoles adéquats avaient été respectés.
Le parcours de l'hôtesse de l'air illustre aussi les risques professionnels auxquels sont exposés les membres d’équipage, même expérimentés. Contrairement aux passagers, les hôtesses de l’air doivent circuler dans la cabine, sont souvent debout pendant une grande partie du vol, et interviennent dans des zones de l’avion où une turbulence peut avoir des effets bien plus graves que dans un siège passager. Cette exposition continue aux risques liés à l’environnement en altitude a conduit ses avocats à argumenter que les standards de protection des membres d’équipage doivent être stricts, et que toute négligence dans la gestion des conditions de vol doit être sanctionnée financièrement pour dissuader des pratiques dangereuses.
Le procès est toujours en cours devant le Central London County Court, le tribunal n’a pas encore fixé de date de rendu du jugement, les audiences et débats continuent.