Hype : la fin des taxis à hydrogène en Île-de-France

À Paris, les emblématiques Mirai bleues disparaissent. Une décision stratégique secoue l’univers des transports urbains zéro émission. En cause : une équation économique devenue insoluble.

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By Amandine Leclerc Published on 26 juin 2025 11h58
Hype Taxis
Hype : la fin des taxis à hydrogène en Île-de-France - © Economie Matin
21,6 € TTC/kgEn 2025, le prix de l’hydrogène a grimpé jusqu’à 21,6 € TTC/kg, rendant le coût au kilomètre jusqu’à cinq fois plus élevé que celui d’un taxi électrique, selon Hype.

Le 18 juin 2025, un message posté sur LinkedIn par la société Hype, pionnière des taxis à hydrogène en France, a marqué un tournant. L'entreprise annonce officiellement l’abandon de la technologie hydrogène pour ses véhicules franciliens. En cause : des coûts devenus intenables, un marché verrouillé et une filière nationale en crise. La décision s’inscrit dans un contexte d’accélération de la transition vers la mobilité urbaine zéro émission, avec un virage désormais pleinement assumé vers l’électrique.

Une filière hydrogène sous tension dans la capitale

Le choix de Hype n’est pas un reniement idéologique, mais un constat financier implacable. Depuis son lancement en 2015, le prix de l’hydrogène n’a cessé de fluctuer. Initialement autour de 12 €/kg HT, il atteignait en 2025 entre 16 et 18 €/kg HT, voire 21,6 € TTC selon les stations. Résultat : un coût au kilomètre jusqu’à cinq fois supérieur à celui d’un taxi électrique, selon l'entreprise.

Mais Hype dénonce surtout un verrouillage du marché francilien par Air Liquide et TotalEnergies, à travers une myriade d’entités – HysetCo, Hy24, TEAL – qui constituent ce que l’entreprise qualifie d’« oligopole régional ». Ces géants de l’énergie, malgré les promesses de soutien à la mobilité propre à l’occasion des JO 2024, n’auraient pas su créer les conditions d’un hydrogène vert accessible, compétitif, transparent.

Crise industrielle et désillusion verte

Autre coup dur pour la filière : la chute brutale de McPhy, unique fabricant français d’électrolyseurs, placé en redressement judiciaire malgré l’inauguration récente de son usine à Belfort. Pour Hype, l’impact est direct : près de 6 millions d’euros engagés dans quatre projets en Île-de-France sont aujourd’hui menacés. La société affirme n’avoir reçu aucune réponse claire sur la continuité de ces projets. Elle alerte sur l’absence de réaction de Bpifrance ou EDF pour sécuriser les équipements en cours.

Ce désengagement de McPhy, acteur central dans la production d’hydrogène vert France, porte un coup sévère à une filière encore fragile. Selon un cabinet indépendant cité dans LesVoitures.fr, 99 % des projets hydrogène annoncés dans l’Hexagone n’auraient toujours pas franchi le cap de la décision d’investissement définitive. Un retard structurel qui, pour Hype, traduit l’incapacité du pays à offrir une alternative crédible et durable à l’énergie fossile.

Objectif 2030 : l’électrique comme solution de repli stratégique

Face à cette impasse économique et industrielle, Hype choisit de pivoter vers le 100 % électrique. Dès cette année, les nouveaux véhicules déployés en Île-de-France seront exclusivement alimentés par batterie. L’entreprise entend reproduire le modèle initial des Mirai – une flotte standardisée, visible, identifiable – avec des véhicules électriques modernes.

Ce choix s’appuie sur un partenariat renforcé avec Electra pour l’installation d’un maillage dense de bornes de recharge en milieu urbain. À horizon 2030, l’ambition est claire : convertir les 60 000 taxis et VTC franciliens au tout-électrique. Ce plan s’inscrit pleinement dans la dynamique de politique publique transport propre et de transition énergétique régionale.

Hydrogène : pas un adieu, mais un repli tactique

Hype ne ferme pas la porte à l’hydrogène, mais restreint son usage à des segments spécifiques où la batterie reste inadaptée. Bennes à ordures, bus, camions ou tracteurs : pour ces gabarits, l’hydrogène conserve une pertinence opérationnelle. Hype poursuit donc ses projets avec des partenaires spécialisés comme Lhyfe ou B.E. Green, deux acteurs engagés dans la production d’hydrogène vert en France.

Concernant les véhicules utilitaires légers adaptés aux personnes à mobilité réduite, la société admet qu’aucune équivalence électrique viable n’existe pour l’instant. Elle se dit prête à continuer l’exploitation de modèles à hydrogène – comme les Peugeot e-Expert Hydrogen – à condition de trouver un partenariat industriel fiable.

Le basculement de Hype illustre les limites actuelles de la filière hydrogène dans les zones denses. Confrontée à une logique de rentabilité, à un environnement industriel instable, et à une concurrence électrique désormais mature, l’entreprise fait le choix d’un pragmatisme stratégique. Une page se tourne pour les taxis à hydrogène en Île-de-France. Reste à savoir si cette décision anticipera ou précipitera la restructuration complète de la mobilité hydrogène française.

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