Immobilier bord de mer : les prix s’envolent malgré le risque de montée des eaux

Malgré les alertes climatiques, l’immobilier en bord de mer flambe en France. Entre 2020 et 2024, 33 000 biens immobiliers exposés à un risque de submersion marine ou d’érosion à horizon 2050 ont été vendus pour près de 8,3 milliards d’euros, les acheteurs ne semblant guère freinés par la menace du climat.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 13 septembre 2025 16h30
Immobilier bord de mer : les prix s’envolent malgré le risque de montée des eaux
Immobilier bord de mer : les prix s’envolent malgré le risque de montée des eaux - © Economie Matin
1 millionUn million de parcelles cadastrales (construites ou non) seront exposées à au moins un risque, submersion ou érosion, d’ici 2050.

Depuis la publication en août-septembre 2025 du rapport Quelle adaptation pour une façade littorale sous pression immobilière ? de l’association Conséquences et de la start-up Callendar, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le marché de l’immobilier lié à la mer continue d’attirer, même sous la menace croissante de la montée des eaux, de la submersion marine et de l’érosion côtière.

Immobilier côtier : la flambée des prix plus forte que le risque climatique

Parcelles exposées au bord de mer, submersion marine, érosion, les projections sont alarmantes. L’étude de Conséquences / Callendar identifie un million de parcelles cadastrales (construites ou non) qui seront exposées à au moins un risque, submersion ou érosion, d’ici 2050. Le littoral français, déjà vulnérable, fait face à des défis géographiques majeurs. Par exemple, la Vendée verrait 13 % des parcelles exposées au risque de submersion marine dans vingt-cinq ans, selon cette étude. Les effets sont renforcés par le dérèglement climatique : montée du niveau des mers, tempêtes accrues, fragilité des zones côtières.

Malgré cela, la menace ne semble pas freiner la valeur des terrains ni l’attrait pour la mer. Dans plusieurs communes, les biens exposés à horizon 2050 sont parfois plus de 50 % plus chers au mètre carré que les biens non exposés “à quelques centaines de mètres” en retrait, selon l’étude, un signal clair que la valeur du front de mer demeure élevée, malgré les alertes. Le climat de risque ne se traduit pas (ou peu) par une correction de prix visible selon la menace anticipée.

Transactions, permis et sur-valorisation : le marché ignore-t-il le risque ?

Entre 2020 et 2024, 33 000 biens immobiliers exposés à un risque lié à la submersion ou à l’érosion avant 2050 ont été achetés, pour un montant global estimé à 8,3 milliards d’euros. L'immobilier de bord de mer ne souffre pas (encore) des conséquences climatiques bien au contraire. Par ailleurs, 3146 permis de construire ont été accordés sur des parcelles exposées au cours de la même période, ce qui montre que la pression immobilière se maintient, voire s’intensifie sur des zones à risque.

Selon Sylvain Trottier (coordinateur de l’étude), « c’est vraiment l’extrême bord de mer qui est survalorisé par l’immobilier aujourd’hui. En moyenne, c’est 26 % plus cher que les biens qui seraient à quelques centaines de mètres en retrait », peut-on lire sur RMC. Ainsi, la logique immobilière semble presque aveugle au climat, focalisée sur la rareté, la vue, l’accès à la mer, malgré la menace tangible.

Climat, littoral et immobilier : quelle stratégie pour 2050 ?

Face à ce paradoxe, les exigences réglementaires commencent seulement à se consolider. Depuis 2003, la mention du risque de submersion marine est obligatoire lors d’une vente ; depuis 2023, la mention du risque d’érosion côtière doit être fournie dès l’annonce ou la première visite. Cependant, l’information ne semble pas suffire à détourner la demande ou à infléchir les prix. Les coûts futurs de protection, de digues, de relocalisation ou même de destruction des biens seront considérables.

L’étude note que la menace climatiques nécessite une stratégie anticipée. Le défi pour les collectivités et l’État sera d'équilibrer la valorisation immobilière existante avec une adaptation qui protège les populations et les écosystèmes. L’horizon 2050 s’impose non plus comme une projection lointaine, mais comme un repère concret pour les décisions foncières, urbanistiques, économiques, écologiques.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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