Matières premières agricoles à la lumière de la guerre en Iran

L’intensification du conflit au Moyen-Orient représente un choc majeur pour les marchés agricoles mondiaux. Le blocage du détroit d’Ormuz menace la sécurité alimentaire et énergétique internationale, entraînant une hausse des prix des matières premières agricoles.

Harger Benoit Rs
By Benoît Harger Published on 31 mars 2026 4h30
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Matières premières agricoles à la lumière de la guerre en Iran - © Economie Matin
70%L'agriculture consomme 70% de l'eau douce utilisée chaque année dans le monde.

Géopolitique et crise imminente de la chaîne de valeur alimentaire mondiale

L’intensification du conflit au Moyen-Orient représente un choc majeur pour les marchés agricoles et les consommateurs mondiaux. Au-delà de la tragédie humanitaire immédiate, cette crise remet en cause les fondements mêmes de la souveraineté énergétique et alimentaire internationale.

Consommation : le goulet d’étranglement du détroit d’Ormuz

D’un point de vue énergétique, la domination du Golfe persique dans la production d’hydrocarbures signifie que nous observons déjà une forte hausse des prix du pétrole et du gaz naturel. Surtout, le blocage du détroit d’Ormuz, point de transit d’environ 20 % du pétrole mondial, augmente les coûts de production pour les agriculteurs à l’échelle mondiale. Une charge qui sera inévitablement répercutée sur les consommateurs finaux.

Le détroit d’Ormuz est également crucial pour la sécurité alimentaire régionale. Environ 4 % de l’offre mondiale de céréales transite par ces eaux pour atteindre les États du Golfe dépendants des importations. Cette vulnérabilité a été mise en évidence début mars, lorsque les marchés céréaliers ont fortement rebondi après l’achat massif de 794 000 tonnes de blé par l’Arabie saoudite. Un blocage prolongé déclencherait des pressions inflationnistes significatives sur les matières premières agricoles, fragilisant la sécurité alimentaire des huit pays du Golfe. Par ailleurs, les tarifs du fret maritime dans la région ont déjà fortement augmenté.

Production : intrants et interdépendance des marchés

Du côté des intrants, les perturbations s’étendent à la chaine d’approvisionnement en engrais : près de 30 % des flux mondiaux d’urée et 20 % des expéditions d’ammoniac transitent par le détroit. Nous observons une hausse marquée des prix de ces intrants essentiels. S’il est encore trop tôt pour quantifier pleinement l’impact sur les rendements mondiaux, les risques de baisse de la production agricole s’accumulent.

Des évolutions parallèles se produisent dans le secteur des biocarburants. Les huiles végétales, issues du colza, du tournesol et du soja, constituent des matières premières clés pour les biocarburants. À mesure que les prix du pétrole brut augmentent, la valeur intrinsèque de ces biocarburants progresse, entraînant en parallèle une hausse des prix des huiles végétales. L’éthanol suit une trajectoire similaire, exerçant une pression haussière secondaire sur les marchés du maïs et du sucre.

Enfin, le rôle de l’emballage, dérivé pétrochimique essentiel à la conservation des aliments, ne doit pas être négligé. Présent à chaque étape de la chaîne d’approvisionnement, l’augmentation des prix du pétrole entraînera inévitablement une hausse des coûts d’emballage dans toutes les catégories, ajoutant une pression financière supplémentaire pour les producteurs comme pour les consommateurs.

Harger Benoit Rs

gérant de portefeuille, Jingchao Zhu, spécialiste produit

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