Itala : la mythique marque italienne renaît de ses cendres après 90 ans d’absence

La marque automobile Itala, disparue depuis 1935, prépare un retour spectaculaire en 2026 avec un SUV reposant sur une plateforme chinoise GAC. Cette renaissance illustre les nouvelles logiques économiques de l’automobile européenne, mêlant héritage italien et efficacité industrielle asiatique.

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By Nicolas Egon Last modified on 25 mai 2026 12h54
Itala : la mythique marque italienne renait de ses cendres après 90 ans d'absence
Itala : la mythique marque italienne renaît de ses cendres après 90 ans d’absence - © Economie Matin
35 000 euros Le prix d'entrée du SUV Itala est de 35 000 euros tout équipé

Itala renaît de ses cendres : quand l'Italie automobile s'appuie sur la Chine

Disparue des routes depuis 1935, la marque automobile Itala s'apprête à opérer un retour aussi spectaculaire qu'inattendu sur le marché européen. Cette résurrection survient dans un contexte géopolitique particulièrement révélateur : l'industrie automobile italienne, jadis fleuron orgueilleux d'une nation, trouve aujourd'hui ses nouvelles assises technologiques en Chine. Un paradoxe saisissant, qui illustre avec une clarté presque brutale les mutations profondes de l'économie mondiale.

La marque turinoise, auréolée de sa victoire au légendaire raid Pékin-Paris de 1907, que le prince Scipione Borghese avait remporté au volant d'une Itala 35/45 HP, avait tiré le rideau voilà près d'un siècle. Son retour, programmé pour septembre 2026, éclaire les nouvelles logiques industrielles qui gouvernent désormais l'automobile européenne. Vous pouvez retrouver les détails techniques de ce projet sur Motor1 et Auto Plus.

Historic Italian Brands : l'ambition de Massimo Di Risio

Le projet de résurrection d'Itala s'inscrit dans une initiative plus vaste baptisée Historic Italian Brands, orchestrée par Massimo Di Risio, fondateur du DR Automobiles Groupe. Cette démarche vise à redonner souffle et visibilité à plusieurs marques emblématiques de l'industrie transalpine, au premier rang desquelles O.S.C.A., née des mains des frères Maserati après leur départ de la maison fondée par leur père.

L'approche adoptée révèle une mutation fondamentale des modèles économiques automobiles. Plutôt que de concevoir intégralement leurs propres plateformes techniques, entreprise colossale et ruineuse, ces nouveaux acteurs s'adossent à des partenariats internationaux, principalement avec des constructeurs chinois, pour bénéficier d'économies d'échelle autrement inaccessibles. À la tête de la mise au point technique, Roberto Fedeli, ingénieur chevronné ayant œuvré chez Ferrari, Maserati, Alfa Romeo et Aston Martin, incarne la volonté de préserver un savoir-faire authentiquement italien tout en s'appuyant sur des socles technologiques mondiaux.

L'Itala 35 : un SUV premium au carrefour de deux mondes

Premier modèle de cette renaissance, l'Itala 35 se présente comme un véritable laboratoire des équilibres nouveaux de l'industrie auto. Ce SUV compact de 4,41 mètres repose sur une plateforme du constructeur chinois GAC, animée par un moteur 1.5 TGDI turbo essence de 170 chevaux, associé à une boîte automatique à double embrayage à sept rapports. Les performances annoncées tracent le contour d'un positionnement premium accessible : vitesse maximale supérieure à 190 km/h, 0 à 100 km/h abattu en 7,5 secondes, pour une consommation mixte contenue à 6,8 litres aux 100 kilomètres.

L'habitacle mise sur la personnalisation et la noblesse des matières, cuir pleine fleur, Alcantara, finitions spécifiques élaborées sur le sol italien, pour se distinguer de la concurrence asiatique. Un écran d'instrumentation de 7 pouces et une dalle centrale de 10,25 pouces complètent une planche de bord résolument contemporaine. Cette stratégie de différenciation par le raffinement accessible constitue le cœur de l'identité revendiquée par la marque ressuscitée.

35 000 euros « tout équipé » : une tarification qui dit tout

Le prix d'entrée fixé à 35 000 euros pour l'Itala 35 révèle une stratégie économique soigneusement calibrée. Cette tarification « tout équipé », qui bannit les options à rallonge si chères aux constructeurs généralistes, positionne le véhicule dans ce segment intermédiaire convoité, à mi-chemin entre les grandes marques populaires et les constructeurs de prestige. Un territoire que plusieurs acteurs tentent d'occuper, avec des fortunes diverses.

Cette politique de prix s'explique par des coûts de développement considérablement allégés grâce au partenariat chinois. L'usage d'une plateforme existante permet de proposer un produit techniquement abouti sans supporter les investissements astronomiques qu'exigerait la conception d'un modèle entièrement inédit. La gamme s'étoffera ensuite par paliers, avec les SUV Itala 56 (4,68 m, 170 ch) et Itala 61 (4,98 m, 231 ch), auxquels s'ajoutera une citadine électrique de 3,9 mètres. Une montée en puissance progressive, pensée pour installer durablement la marque sur plusieurs segments du marché.

Molise, Macchia d'Isernia : la production italienne comme ancrage territorial

Paradoxalement, cette renaissance aux fondations chinoises pourrait s'avérer bénéfique pour l'emploi italien. La production sera assurée par les nouvelles installations Fabbrica Italia de Macchia d'Isernia, au cœur du Molise, région économiquement fragile, souvent oubliée des grandes dynamiques industrielles nationales. L'implantation dans ce territoire représente un enjeu social et politique qui dépasse largement la seule logique automobile.

L'usine, dont l'inauguration est prévue en septembre, mobilisera des systèmes de production développés par des entreprises italiennes. Cette configuration hybride, technologie chinoise, fabrication italienne, illustre avec netteté les nouvelles architectures industrielles qui émergent dans une économie mondialisée où les frontières de la valeur ajoutée se redessinent sans cesse. À Turin, l'ouverture d'un premier showroom Itala-O.S.C.A. en collaboration avec le groupe Biauto a marqué symboliquement ce retour aux sources piémontaises de la marque historique.

Partenariats sino-européens : un modèle d'avenir pour l'automobile du Vieux Continent ?

La renaissance d'Itala s'inscrit dans un mouvement plus large de résurrection de marques historiques européennes. Face aux investissements pharaoniques qu'exige l'automobile moderne, et singulièrement l'électrification, ces alliances sino-européennes offrent une alternative économiquement viable à des acteurs qui ne disposent pas de la surface financière des grands groupes mondiaux.

La stratégie chinoise répond, elle, à une double ambition : conquérir les marchés occidentaux par le biais de noms chargés d'histoire, et accélérer la montée en gamme d'une industrie automobile qui ne se satisfait plus d'être l'atelier du monde. Pour les marques européennes, ces collaborations permettent de maintenir une activité industrielle locale tout en optimisant les coûts de développement, un équilibre délicat, mais séduisant sur le papier. C'est d'ailleurs une dynamique que l'on retrouve dans d'autres secteurs, où les rapports de force entre l'Europe et les grandes puissances industrielles mondiales se reconfigurent en profondeur, comme en témoigne la tension croissante entre l'UE et les grandes puissances technologiques.

L'évolution programmée vers l'électrification — avec des modèles hybrides, à prolongateur d'autonomie et 100 % électriques, témoigne de l'impérieuse nécessité de s'adapter aux nouvelles réglementations environnementales. Une transition que seuls des partenariats technologiques d'envergure internationale permettront de négocier sans y laisser des plumes. À l'image de ce qui se joue dans d'autres filières agro-industrielles italiennes, où la pression sur les marges et les modèles économiques traditionnels redessine les équilibres sectoriels, l'automobile transalpine cherche elle aussi sa voie dans un monde qui ne lui laisse plus le luxe de l'immobilisme.

Les prochains mois diront si cette formule hybride peut durablement concilier héritage italien et efficacité industrielle chinoise, dans un marché européen en profonde recomposition. L'accueil que réserveront les consommateurs à cette renaissance inattendue constituera un test grandeur nature de l'acceptabilité de ces nouveaux modèles économiques transnationaux, et, peut-être, un révélateur de ce que l'authenticité signifie encore à l'ère de la mondialisation.

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