L’enseigne de prêt-à-porter pour adolescentes Jennyfer, connue de plusieurs générations, s’apprête à disparaître. La direction de Jennyfer a confirmé avoir demandé sa liquidation judiciaire ce mercredi 30 avril 2025, après des mois d’agonie silencieuse.
Prêt-à-porter : la marque Jennyfer demande sa liquidation judiciaire

C’est une fin amère pour une figure familière du shopping adolescent. En moins d’un an, Jennyfer est passée d’un plan de relance à une cessation de paiement. Dernier acte : une liquidation imminente.
Jennyfer : la liquidation confirmée après un redressement éclair
Ce mercredi 30 avril 2025, la direction de Jennyfer a annoncé à l’AFP avoir officiellement demandé sa liquidation judiciaire. Une nouvelle brutale, moins d’un an après sa sortie de redressement en juin 2024. En cause, selon les responsables de la marque : une conjonction fatale entre « l’explosion des charges », « la baisse du pouvoir d’achat », des mutations profondes du marché textile et une « concurrence internationale féroce ».
La situation s’est précipitée ces derniers jours. Les syndicats CFE-CGC et CGT avaient alerté dès ce matin sur une audience au tribunal de commerce de Bobigny, susceptible d’acter la disparition juridique de l’entreprise. La direction a d’ailleurs confirmé aux représentants du personnel, réunis le 29 avril au soir, que l’entreprise était en cessation de paiement et qu’un jugement de liquidation était imminent.
Cette annonce marque un séisme social pour les quelque 1 000 salariés de l’enseigne. La CGT évoque une situation « violente et brutale », dénonçant une coupure nette de rémunération : « Les employés ne percevront pas de salaire à la fin du mois », affirme le communiqué syndical. Le sentiment de trahison est d’autant plus fort que la procédure aurait été maintenue sous silence auprès des représentants du personnel.
La CFE-CGC ne se fait guère d’illusions sur les perspectives de reprise. « Quelques magasins tout au plus pourraient être repris par des concurrents », a confié une déléguée syndicale à FashionNetwork.com. Le réseau Jennyfer compte actuellement environ 160 boutiques en propre en France, en plus de points de vente franchisés.
Un ultime plan de relance resté sans effet
L’enseigne, relancée à l’été 2024 sous une identité visuelle repensée (fin du slogan "Don't call me", nouvelle stratégie mode et élargissement de cible), espérait redresser la barre. Jennyfer visait alors une meilleure rentabilité, avec un chiffre d’affaires approchant les 200 millions d’euros. En 2023, l’enseigne affirmait même avoir divisé par deux ses pertes. Un plan social, visant 75 postes au siège et dans la logistique, avait été engagé à l’automne.
Mais le marché textile, très concurrentiel et secoué par les changements d’habitudes de consommation (essor de la seconde main, achats en ligne, baisse de la consommation fast fashion), n’a pas laissé le temps à Jennyfer de rebondir.
Fondée en 1985, Jennyfer aura traversé quatre décennies en accompagnant les adolescentes dans leur rapport à la mode et à la consommation. Mais les transformations rapides du secteur et la pression des géants internationaux, comme Shein ou Primark, ont rendu son modèle obsolète. Malgré son ancrage dans le paysage commercial français, l’enseigne n’a pas su se réinventer assez vite, ni s’adapter aux nouveaux usages digitaux.
La liquidation judiciaire, désormais actée par la direction, ouvre une période d’incertitude. Les prochaines semaines détermineront si quelques magasins ou actifs peuvent être repris.