Crise économique, santé mentale en berne, peur du déclassement et guerre en toile de fond : le jeune Français avance aujourd’hui dans un climat d’angoisse diffuse. Une enquête inédite révèle l’ampleur des craintes qui traversent la jeunesse française, loin des clichés d’insouciance.
38 % des jeunes craignent de vivre une guerre sur le territoire français

Le 17 février 2026, à Paris, le Cercle des économistes a dévoilé les résultats de son étude « Jeunesse(s) », menée avec le cabinet Elabe auprès de 5 000 jeunes âgés de 15 à 29 ans. L’objectif : mesurer l’état d’esprit d’un jeune confronté à une succession de crises économiques, sociales et géopolitiques.
Le constat est sévère. Derrière le mot « jeune », souvent galvaudé, se dessine une génération inquiète, lucide et profondément marquée par la crise. Santé mentale, emploi, avenir, travail : les signaux d’alerte s’accumulent.
Le jeune face à la crise intérieure : santé mentale et solitude
Le chiffre frappe d’emblée. Trois jeunes sur dix déclarent avoir régulièrement des problèmes de santé mentale, selon le communiqué du 17 février 2026. Autrement dit, pour une part significative de la jeunesse, l’anxiété n’est pas ponctuelle. Elle s’installe. En outre, 64 % des jeunes affirment s’être déjà sentis seuls. Plus alarmant encore, 29 % considèrent cette solitude comme un problème permanent. Ainsi, près d’un jeune sur trois vit avec un sentiment d’isolement durable. Cette donnée ne relève pas d’un malaise passager ; elle traduit une fragilité structurelle au sein de la société.
La vulnérabilité ne s’arrête pas là. 34 % des jeunes déclarent avoir déjà connu une addiction, qu’il s’agisse d’alcool, de tabac ou de drogues. Même les plus jeunes sont concernés, puisque 16 % des 15-17 ans déclarent avoir été confrontés à ces comportements. La crise sanitaire et sociale des dernières années semble avoir laissé des traces profondes.
À cette fragilité psychologique s’ajoute une inquiétude géopolitique. 38 % des jeunes craignent de vivre une guerre sur le territoire français. Dans une société saturée d’images de conflits, le jeune n’imagine plus l’avenir comme un horizon paisible. La peur s’invite dans la projection.
La jeunesse entre précarité et peur du déclassement
La crise inflationniste pèse lourdement. 75 % des jeunes surveillent leur budget en permanence. Cette vigilance constante révèle une tension financière installée. Par ailleurs, près d’un jeune sur deux redoute de ne pas réussir à boucler ses fins de mois. Et 29 % estiment que leurs revenus ne leur permettent pas de subvenir à leurs besoins.
Ainsi, le jeune vit sous la pression du quotidien. La crise économique n’est pas une abstraction statistique ; elle conditionne les choix de logement, de mobilité, de formation. Les NEETs – jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation – apparaissent particulièrement exposés, tout comme les jeunes issus de milieux défavorisés et les 20-24 ans.
Bernard Sananès, président d’Elabe, dresse un constat sans détour : « Cette étude révèle des jeunes fragilisés par l’accumulation des crises. Au quotidien, l’angoisse des fins de mois, les problèmes de santé mentale, la solitude rendent difficile le quotidien d’une partie importante de la jeunesse. À ces vulnérabilités s’ajoutent les difficultés d’accès au logement, à l’emploi et la crainte du déclassement. Sous tension, ils se recentrent sur leur cercle proche et leur territoire, et font de la préservation de leur équilibre mental et physique une priorité, y compris dans le travail. » Le mot est lâché : déclassement. Pour beaucoup de jeunes, l’ascenseur social semble grippé. La société promet l’émancipation par l’emploi ; la réalité offre incertitude et contrats précaires.
La jeunesse désenchantée du travail
L’entrée dans la vie active est vécue comme une épreuve. 51 % des jeunes considèrent l’arrivée sur le marché du travail comme une étape angoissante. De plus, 56 % la jugent difficile à réaliser. Pour un jeune sur deux, le travail n’est plus un symbole d’émancipation, mais une source d’inquiétude.
La projection est tout aussi sombre. Un jeune sur deux estime que le travail sera à l’avenir plus dur, plus pénible et moins protecteur. La crise économique nourrit cette anticipation pessimiste. Les jeunes redoutent un marché verrouillé, moins bien payé et plus exigeant.
Pourtant, le travail reste central. Plus de huit jeunes sur dix le définissent comme un moyen de gagner leur vie et d’être indépendants. Mais ils en redessinent les contours. Sécurité, sens, équilibre et impact social prennent le pas sur la seule rémunération. Ainsi, 47 % estiment que la priorité des entreprises devrait être de réduire le stress et de protéger la santé mentale.
