Suite à la journée d’action, les syndicats mettent la pression au Premier ministre

Réunis en intersyndicale après la grève et les manifestations massives du jeudi 18 septembre, les syndicats donnent jusqu’au mercredi 24 septembre à Sébastien Lecornu pour satisfaire leurs revendications, faute de quoi une nouvelle journée d’action sera envisagée.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 19 septembre 2025 16h30
Suite à la journée d’action, les syndicats mettent la pression au Premier ministre
Suite à la journée d’action, les syndicats mettent la pression au Premier ministre - © Economie Matin

Au lendemain de la journée de mobilisation nationale du 18 septembre, les syndicats remettent la pression sur le gouvernement. Unis en intersyndicale, ils ont fixé un ultimatum clair à Sébastien Lecornu : répondre à leurs revendications sociales et fiscales d’ici le 24 septembre, sans quoi le pays pourrait connaître une nouvelle séquence de grève et de manifestations.

Les revendications de l’intersyndicale face à Sébastien Lecornu

Les syndicats, regroupant la CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC, la CFTC, l’Unsa, la FSU et Solidaires, insistent sur la nécessité de faire reculer le gouvernement sur plusieurs mesures clés. Ils exigent l’abandon du projet de budget qualifié d’austérité. Dans ce cadre, ils dénoncent le doublement des franchises médicales, l’instauration d’une année blanche budgétaire, la réforme de l’assurance-chômage et le maintien du départ à la retraite à 64 ans. Ces points constituent, selon eux, une attaque directe contre le pouvoir d’achat des salariés et contre les protections sociales acquises. Au-delà de ce rejet frontal, l’intersyndicale porte des propositions alternatives. Elles reposent sur trois piliers : davantage de justice fiscale, avec une meilleure répartition des efforts entre ménages et entreprises ; la conditionnalité sociale et environnementale des aides publiques octroyées aux grandes sociétés ; et un renforcement significatif des moyens pour les services publics, jugés en difficulté sur tout le territoire.

Cette orientation vise à restaurer la confiance entre citoyens et institutions, tout en évitant de faire peser le coût des ajustements budgétaires sur le monde du travail. Dans ses interventions, l’intersyndicale a aussi mis en avant la dimension sociale du mouvement. « Les sacrifices pour le monde du travail, ça suffit », a déclaré Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT, cité par BFMTV.

Un bilan chiffré qui divise syndicats et gouvernement

La journée du 18 septembre a constitué un test grandeur nature pour les syndicats et pour le gouvernement de Sébastien Lecornu. Selon le ministère de l’Intérieur, rapporté par l’AFP via Boursorama, la mobilisation a rassemblé environ 500 000 personnes à l’échelle nationale, dont 55 000 manifestants dans la capitale. Cette estimation, bien que significative, est jugée sous-évaluée par les syndicats. La CGT affirme en effet que la participation a atteint près de un million de personnes sur l’ensemble du territoire. Cette divergence illustre le bras de fer habituel autour des chiffres, chaque partie défendant une lecture qui légitime sa position. Le climat de tension sociale s’est également mesuré dans les rues. Selon BFMTV, les forces de l’ordre ont procédé à 309 interpellations, dont 134 placements en garde à vue.

Toutefois, la grande majorité des défilés s’est déroulée dans une atmosphère revendicative, ponctuée de slogans contre l’injustice sociale et de critiques directes adressées à l’exécutif. Pour les syndicats, cette démonstration de force prouve que les salariés restent mobilisés et qu’ils refusent de céder face aux réformes jugées régressives. Plusieurs responsables syndicaux ont martelé que la réussite de cette journée ne pouvait être ignorée par le Premier ministre. Cyril Chabanier, président de la CFTC, a expliqué sur BFMTV le 19 septembre qu’« il était important de laisser au Premier ministre quelques jours », tout en insistant sur le caractère non négociable des principales revendications. De son côté, Sébastien Lecornu a reconnu la portée du mouvement. Dans une déclaration relayée par l’AFP, il a assuré que « les revendications portées par les manifestants pour plus de justice sociale et fiscale sont au cœur des consultations que j’ai engagées ». Cette formulation témoigne d’une volonté affichée d’écoute, même si aucune mesure concrète n’a pour l’heure été annoncée.

Un ultimatum clair adressé à Lecornu

L’échéance fixée par les syndicats est claire : le mercredi 24 septembre constitue la date limite pour que Lecornu apporte des réponses jugées satisfaisantes. Selon BFMTV, passé ce délai, l’intersyndicale se réunira de nouveau afin de décider « très rapidement » d’une nouvelle journée de grève et de manifestations. Cette stratégie, construite autour d’un calendrier serré, vise à maintenir la pression constante sur l’exécutif. La formule employée par Thomas Vacheron illustre l’esprit de ce bras de fer, dans des propos rapportés par BFMTV : « La balle est maintenant dans le camp du Premier ministre, si d’ici le 24 septembre il n’a pas répondu à nos revendications, les organisations syndicales se retrouveront pour décider très rapidement d’une nouvelle journée de grève et de manifestation ».

Derrière cette mise en garde, l’idée est d’imposer une dynamique ascendante, où chaque non-réponse du gouvernement alimente une riposte plus large. Sébastien Lecornu, nommé récemment à Matignon, tente de garder la main sur l’agenda. Il prévoit de recevoir à nouveau les syndicats « dans les prochains jours ». L’objectif affiché est de renouer un dialogue social, même si la défiance reste forte. Le Premier ministre parie sur un processus de consultations capable de désamorcer la crise, tout en conservant le cap des réformes budgétaires. Cependant, les syndicats affichent leur détermination à ne pas relâcher la pression.

Pour eux, la mobilisation du 18 septembre, suivie par plusieurs centaines de milliers de personnes, constitue la preuve que le rapport de force leur est favorable. Ils s’appuient également sur l’opinion publique, jugée sensible aux thématiques de justice fiscale et de protection des services publics. Dans ce contexte, l’ultimatum lancé à Lecornu pourrait devenir un point de bascule dans la confrontation entre gouvernement et partenaires sociaux.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

No comment on «Suite à la journée d’action, les syndicats mettent la pression au Premier ministre»

Leave a comment

* Required fields