L’IA agentique rebat les cartes de l’architecture des systèmes d’information

L’IA agentique marque un basculement majeur : les systèmes d’IA ne se limitent plus à assister la décision, ils entrent directement dans la chaîne d’exécution des processus métier. Ce changement structurel impose une refonte des architectures informatiques, plaçant le système cœur transactionnel au cœur de la gouvernance et de la fiabilité.

Alain Nohra Light
By Alain Nohra Published on 27 août 2026 5h30
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L’IA agentique rebat les cartes de l’architecture des systèmes d’information - © Economie Matin
41%41 % (42 % en France) des entreprises utilisent déjà l’IA agentique en production.

L'intelligence artificielle entre dans une nouvelle phase de transformation. Après le développement rapide des outils génératifs et des assistants conversationnels, l'IA vit actuellement une nouvelle phase de transformation, avec la montée en puissance de l'IA agentique. Le changement est majeur : il ne s'agit plus uniquement d'outils capables d'analyser, de recommander ou de produire du contenu, mais de systèmes en mesure d'exécuter des actions, d'orchestrer des séquences de tâches, d'interagir avec différents applicatifs et, ou encore de lancer des opérations au sein même des systèmes d'information. Selon Roots Analysis, le marché mondial des agents d'IA pourrait évoluer d'environ 10 milliards de dollars en 2025 à plus de 220 milliards en 2035. Cette progression illustre surtout un déplacement plus profond : la manière dont les systèmes d'information sont conçus commence à évoluer sous l'effet de ces nouveaux usages.

Dans les entreprises, le débat se déplace ainsi progressivement des modèles d'IA et des cas d'usage vers la structure même des SI. Une interrogation devient centrale : les architectures actuelles sont-elles réellement capables d'intégrer des agents autonomes pouvant agir de manière fiable, gouvernée et traçable à grande échelle ?

Quand l'IA entre dans la chaîne d'exécution

Le basculement introduit par l'IA agentique tient moins à ses capacités qu'à sa position dans le système d'information. L'IA ne se situe plus en périphérie des processus, en appui de la décision, mais s'insère à présent directement dans la chaîne d'exécution.

Ce déplacement redéfinit les limites de l'automatisation. Jusqu'ici, les approches reposaient sur des environnements maîtrisés, avec des données structurées et des règles explicites. Dès que ces conditions n'étaient plus réunies, les processus basculaient vers le traitement manuel.

L'IA agentique permet désormais de couvrir une partie des zones intermédiaires, où les données sont incomplètes ou nécessitent une interprétation contextuelle. En combinant analyse, accès à différentes sources et application de règles métier, les agents peuvent traiter des situations non standardisées, coordonner plusieurs étapes d'un processus et déclencher des actions sans intervention humaine systématique.

Ce changement est structurel. Lorsqu'un système agit, chaque décision doit être explicable, chaque action tracée et chaque enchaînement gouverné. L'enjeu dépasse les gains de productivité : il porte sur la capacité à exécuter de manière fiable, contrôlée et auditable.

Le système cœur redevient un point d'ancrage stratégique

Un phénomène paradoxal apparaît dans ce contexte : plus les agents gagnent en autonomie, plus la solidité du socle transactionnel devient essentielle. L'IA agentique ne remplace pas le système d'information ; elle dépend directement de sa qualité et de sa cohérence.

Pour agir correctement, les agents ont besoin de données fiables, de règles métier homogènes et de processus clairement structurés. Le système cœur retrouve ainsi une fonction centrale : celle de référentiel opérationnel et de garant de la cohérence métier.

Longtemps cantonné à un rôle de moteur transactionnel, il tend désormais à devenir une plateforme d'orchestration pour l'ensemble de l'écosystème applicatif. Lorsque les règles sont dispersées entre plusieurs outils ou que des développements spécifiques se sont accumulés au fil des années, l'autonomie des agents fait rapidement ressortir les incohérences existantes et met en lumière la dette technique des systèmes.

Un agent d'assurance intelligent peut par exemple examiner les pièces d'un dossier de sinistre, contrôler les garanties d'un contrat puis lancer certaines étapes de traitement lorsque les conditions requises sont remplies. Selon Deloitte, l'usage de l'intelligence artificielle sur l'ensemble du cycle de vie des sinistres pourrait permettre aux assureurs de réduire la fraude et de générer entre 80 et 160 milliards de dollars d'économies d'ici 2032. Au-delà des gains potentiels, ce type d'exemple illustre surtout une réalité plus large : dès que l'IA agit directement dans les processus métier, la cohérence du système d'information devient un facteur déterminant de gouvernance et de fiabilité.

Une nouvelle fracture dans les architectures numériques

À mesure que les modèles d'intelligence artificielle deviennent accessibles et largement partagés, la différenciation technologique se déplace. Elle ne repose plus seulement sur la performance des modèles, mais sur la capacité des organisations à les intégrer dans une architecture cohérente.

Certaines entreprises pourront déployer des agents capables d'exécuter des processus à grande échelle, parce que leur système d'information expose clairement ses services et centralise ses règles. D'autres devront multiplier les couches d'intégration pour contourner les limites de systèmes hérités, au risque d'accroître la complexité. L'IA agentique ne crée pas une fracture technologique : elle révèle celle qui existe déjà au cœur des systèmes d'information.

Alain Nohra Light

Regional Vice President, Europe du Sud, Guidewire

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