La découverte en Saxe-Anhalt d’un immense gisement de lithium, évalué à 43 millions de tonnes équivalent carbonate, place l’Allemagne au cœur d’une bataille énergétique mondiale. Ressource stratégique pour les batteries, ce minerai pourrait bouleverser les équilibres industriels et géopolitiques européens.
Du lithium en Allemagne : un gisement colossal qui pourrait changer l’industrie mondiale

Un trésor minéral enfoui en Saxe-Anhalt
Fin septembre 2025, Neptune Energy a confirmé l’existence de 43 millions de tonnes de lithium souterrain en Saxe-Anhalt, dans le nord-est de l’Allemagne. Selon la société, ce potentiel énergétique repose sur une estimation dite « projet-based resource », c’est-à-dire validée par plusieurs forages d’exploration. Les réserves sont enfouies à plusieurs centaines de mètres sous terre, piégées dans des aquifères salins. Cette localisation évite les contraintes des mines à ciel ouvert et ouvre la voie à des procédés plus respectueux de l’environnement.
Ce chiffre impressionnant a été accueilli comme une révolution. L’échelle de ce gisement est telle qu’il se classe parmi les plus vastes identifiés au monde, rivalisant avec les grands bassins du Chili ou de la Bolivie. Dans un pays fortement dépendant des importations, l’impact stratégique est immédiat.
Un atout industriel pour la transition énergétique allemande
Le lithium est un composant clé des batteries électriques, dont la demande explose avec la généralisation des véhicules électriques et le stockage des énergies renouvelables. Newsweek a rappelé que ce gisement pourrait alimenter la production de 500 000 batteries de voitures électriques par an, réduisant considérablement la dépendance de l’Europe aux importations sud-américaines ou chinoises.
Selon l’analyse du Fraunhofer Institute, ces réserves pourraient couvrir les besoins nationaux pendant plusieurs décennies. Une telle autonomie offrirait un avantage compétitif majeur à l’industrie allemande, déjà en retard face aux géants asiatiques. L’accès à une ressource locale permettrait aussi de sécuriser les chaînes d’approvisionnement européennes fragilisées par les tensions commerciales mondiales.
Extraction directe et enjeux environnementaux
Contrairement aux méthodes traditionnelles, l’Allemagne mise sur l’extraction directe du lithium (Direct Lithium Extraction, DLE). Cette technologie consiste à pomper les saumures souterraines, à isoler l’élément recherché par procédés chimiques, puis à réinjecter l’eau dans son réservoir. Cette méthode réduit l’empreinte écologique en évitant les bassins d’évaporation massifs et les mines destructrices.
Des experts accusent Berlin de menacer l’équilibre du « triangle du lithium ». Ce triangle regroupe le Chili, la Bolivie et l'Argentine, dont les économies reposent sur cette ressource stratégique. Ces experts craignent que l’arrivée d’un acteur européen de la taille de l'Allemagne n’entraîne une reconfiguration des prix mondiaux, poussant les trois producteurs historiques à s'adapter aux nouvelles lois du marché.
Retombées économiques et rivalités géopolitiques
La découverte ne bouleverse pas seulement le secteur automobile. Elle promet de transformer l’économie allemande, attirant investisseurs et industriels autour d’un cluster énergétique en Saxe-Anhalt. Neptune Energy détient déjà plusieurs licences dans la région (Jeetze-L, Milde A-L, Milde C-L, Milde B-L), confirmant une stratégie de long terme.
Sur le plan géopolitique, ce lithium place l’Allemagne dans une position d’influence nouvelle. Clean Energy Wire rapporte que Berlin pourrait devenir exportateur net de cette ressource stratégique, modifiant les équilibres au sein de l’Union européenne. Les partenaires européens, dépendants des importations, voient dans cette découverte une chance de sécuriser la transition énergétique, mais aussi un risque de dépendance accrue vis-à-vis de la première puissance industrielle du continent.
Un tournant pour la souveraineté énergétique européenne
Au-delà des perspectives économiques, cette découverte soulève un enjeu crucial : celui de la souveraineté énergétique de l’Union européenne. La Commission européenne a classé le lithium parmi les « matières premières critiques », indispensables pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Or, jusqu’ici, l’Europe importait plus de 85 % de ses besoins depuis l’Amérique latine et l’Australie.
Avec le gisement allemand, l’équation change. Les projets de gigafactories de batteries à travers le continent, de la France à la Hongrie, pourraient bénéficier d’un approvisionnement plus sûr et moins dépendant des marchés extérieurs. Toutefois, cette autonomie nouvelle pourrait créer de nouvelles tensions intra-européennes, certains États craignant que l’Allemagne ne concentre les investissements et ne renforce son leadership industriel au détriment de ses voisins.
