Après plusieurs exercices record, l’épargne réglementée a changé de rythme en 2025. Le signal le plus frappant : le Livret A termine l’année en décollecte nette, une première depuis 2014, alors même que les encours restent à des sommets grâce aux intérêts. Le LDDS résiste mieux, tandis que le LEP repasse, lui aussi, en terrain négatif côté flux.
Livret A : 2025, l’année du tournant (et de la décollecte)

2025 : Une année où l’épargne reste élevée… mais se réoriente
Sur l’ensemble de l’année 2025, les ménages ont continué à mettre de l’argent de côté, mais pas au même endroit qu’entre 2020 et 2024, selon les informations de la Caisse des Dépôts et Consignations dévoilées le 22 janvier 2026.
Les livrets réglementés, qui avaient capté une grande partie de l’effort d’épargne pendant et après la période Covid, ont vu leur dynamique s’essouffler.
Le facteur le plus visible est la baisse des taux servis en cours d’année, qui modifie les arbitrages : quand le rendement des livrets de court terme recule, d’autres enveloppes redeviennent attractives, en particulier pour celles et ceux qui disposent déjà d’une épargne de précaution bien constituée.
Livret A : une décollecte annuelle rarement vue
En 2025, le Livret A affiche une collecte nette négative de –2,12 milliards d’euros (hors intérêts). C’est un changement notable après deux années très favorables : +28,68 milliards d’euros en 2023 et +14,87 milliards d’euros en 2024.
Autrement dit, sur l’année, les retraits (ou transferts) ont légèrement dépassé les versements. Pour un produit aussi massif et diffusé, ce type de bascule est rare et surtout symbolique : elle traduit une normalisation après une phase d’accumulation exceptionnelle.
Reste que 2025 n'est que la troisième année de décollecte enregistrée par la Caisse des Dépôts et Consignations depuis 2009. Jusqu'ici, seules les années 2014 et 2015 avaient vu les Français retirer plus d'argent du Livret A que ce qu'ils y ont placé.
Pourquoi cette décollecte ?
L’explication principale se trouve du côté du taux du Livret A, qui a été abaissé à deux reprises en 2025 : il est passé de 3 % à 1,7 %. Cette baisse rend le livret moins “évident” en première intention pour une partie des épargnants, notamment ceux qui comparent davantage les rendements.
Point important : même avec cette baisse, le Livret A a conservé un rendement réel positif sur l’année. Le taux moyen servi en 2025 s’établit à 2,16 %, alors que l’inflation mentionnée est de 0,9 %. Cela signifie qu’en moyenne, le Livret A a continué à protéger le pouvoir d’achat de l’épargne placée. Mais, dans les faits, les comportements ne sont pas dictés uniquement par le rendement réel : la perception d’une baisse (“ça rémunère moins”) et l’existence d’alternatives plus compétitives pour immobiliser l’argent plus longtemps pèsent fortement.
Encours du livret A: record malgré tout
Paradoxalement, l’encours du Livret A continue de progresser. Fin 2025, il atteint 449,6 milliards d'euros, un nouveau plus haut. Comment est-ce possible avec une décollecte ? Parce que les encours ne dépendent pas seulement des versements et retraits : ils augmentent aussi grâce aux intérêts capitalisés. En 2025, les intérêts crédités sur le Livret A totalisent 9,24 milliards d’euros (contre 12,32 milliards d’euros en 2024). Résultat : même avec un flux net négatif, le “stock” total continue d’enfler.
Le taux doit encore baisser au 1er février 2026 à 1,5 %, ce qui pourrait prolonger la logique d’arbitrage pour ceux qui cherchent davantage de rendement.
LDDS : une collecte positive, mais nettement moins dynamique
Le LDDS termine 2025 dans le vert, avec +1,65 milliard d’euros de collecte nette (hors intérêts). C’est mieux que le Livret A sur le seul critère des flux, mais cela reste un net ralentissement par rapport aux années précédentes : +11,24 milliards d’euros en 2023 et +6,55 milliards d’euros en 2024. Autrement dit, le LDDS continue de capter de l’épargne, mais à un rythme bien moindre.
L’encours du LDDS atteint lui aussi un record : 165,6 milliards d'euros fin 2025. Le LDDS est souvent utilisé comme un “sas” de trésorerie : on y place et retire plus facilement des sommes liées à la vie courante. Une collecte encore positive peut donc s’expliquer par un usage plus “pratique”, même quand l’attractivité globale des livrets réglementés baisse. Pour autant, la comparaison 2023-2024-2025 montre bien une tendance : la locomotive de l’épargne réglementée ralentit.
LEP : retour en décollecte après un cycle exceptionnel
Le Livret d’Épargne Populaire (LEP) termine 2025 en décollecte de 840 millions d’euros. Cela marque une rupture après trois années de collecte positive très élevée : +8,28 milliards d’euros en 2022, +20,67 milliards d’euros en 2023, +6,88 milliards d’euros en 2024.
Les raisons : baisse du taux et contraintes budgétaires
En 2025, le taux du LEP a été abaissé à deux reprises, passant de 4 % à 2,70 %. Il doit être ramené à 2,5 % au 1er février 2026. Le LEP étant destiné aux ménages modestes, les flux sont aussi fortement liés au quotidien : quand les budgets sont contraints, une partie de l’épargne peut être mobilisée.
Malgré la décollecte, le LEP finit l’année sur un encours record de 83,8 milliards d’euros , porté par 2,49 milliards d’euros d’intérêts versés. Le tableau est donc proche de celui du Livret A : flux en baisse, mais stock toujours élevé.
