Médecines douces : un Français sur deux y a déjà recours

Solange Arnaud, CEO de la plateforme MEDOUCINE, a répondu à nos questions.

Solange Arnaud Medoucine
By Solange Arnaud Published on 2 juin 2026 18h28

Médoucine a traité 2,3 millions de rendez-vous en 10 ans. Pouvez-vous nous donner des chiffres concrets sur l'évolution de votre chiffre d'affaires et celui de vos praticiens partenaires ? Quel est le panier moyen d'une consultation ?

Médoucine a atteint la rentabilité en janvier 2024, ce qui est une étape importante pour nous. C'est la preuve que le modèle fonctionne.

Sur le panier moyen, il est difficile de donner un chiffre unique car il varie considérablement selon les pratiques. Une séance d'ostéopathie, de naturopathie ou d'hypnothérapie n'a pas le même tarif. Nous avons publié un classement détaillé basé sur nos propres données, disponible sur medoucine.com/prix-consultations, qui donne une vision concrète de cette réalité.

63% des Français ont déjà consulté ou envisagent de consulter en médecine douce. Au-delà de l'effet de mode, comment expliquez-vous cette croissance ? S'agit-il d'un marché de substitution à la médecine traditionnelle ou d'un marché complémentaire ?

Nous observons surtout une transformation durable des attentes des Français autour du bien-être, de la prévention et de l’accompagnement global de la santé. Les pratiques complémentaires répondent souvent à des problématiques liées au stress, au sommeil, aux douleurs chroniques, à la charge mentale ou à la qualité de vie au sens large.

Pour nous, il ne s’agit pas d’un marché de substitution à la médecine conventionnelle, mais bien d’un marché complémentaire. D’ailleurs, la notion de santé intégrative progresse fortement : de plus en plus de patients associent médecine conventionnelle et approches complémentaires dans leur parcours.

Le sujet aujourd’hui n’est plus vraiment de savoir si ces pratiques existent : un Français sur deux y a déjà recours  mais comment structurer ce secteur dans un cadre sérieux, transparent et exigeant.

Votre observatoire révèle que 79,8% des utilisateurs sont des femmes urbaines. Ce profil correspond-il à une capacité financière supérieure ? Quel est le risque de creuser les inégalités d'accès aux soins ?

Le fait que 79,8 % de nos utilisateurs soient des femmes urbaines reflète une réalité de marché. Il y a probablement deux facteurs combinés : d'une part, les pratiques complémentaires ne sont pas remboursées par l'Assurance maladie, ce qui suppose une capacité financière disponible et les zones urbaines concentrent statistiquement des revenus plus élevés. D'autre part, l'offre de praticiens est naturellement plus dense dans les grandes villes.

C'est précisément ce déséquilibre qui nous pousse à travailler sur l'accessibilité, notamment via les remboursements par les mutuelles et sur le maillage territorial de notre réseau de praticiens.

80% des Français souhaitent un meilleur remboursement des médecines douces. Mais qui devrait financer : la Sécurité sociale, les mutuelles, ou faut-il inventer un nouveau modèle ? Quels seraient les impacts économiques sur le système de santé français ?

Aujourd’hui, le remboursement repose principalement sur les mutuelles, avec des niveaux de prise en charge très variables selon les contrats. Nous pensons qu’il y a surtout un enjeu de simplification et de clarification de l’accès pour les utilisateurs.

Le sujet mérite probablement d’être abordé progressivement, pratique par pratique, sur la base d’usages réels, de données et d’évaluations sérieuses. Certaines approches complémentaires sont déjà intégrées dans des établissements hospitaliers ou recommandées dans certains parcours d’accompagnement.

L’enjeu économique ne doit pas être pensé uniquement en coût immédiat, mais aussi en prévention, qualité de vie et accompagnement des maladies chroniques. La santé intégrative ouvre justement ce débat sur une approche plus globale du parcours patient.

Comment votre modèle économique basé sur la mise en relation résiste-t-il à la concurrence des plateformes généralistes comme Doctolib ? Avez-vous des projets de diversification ou d'expansion internationale ?

Notre positionnement est fondamentalement différent d'une plateforme généraliste. Médoucine est dédiée aux pratiques complémentaires, avec un référentiel qualité spécifique, une sélection rigoureuse des praticiens et une expertise construite depuis 10 ans sur ce secteur.

Cette spécialisation est précisément notre force : nous avons développé une connaissance fine des pratiques, des attentes des utilisateurs et des enjeux qualité propres à cet univers.

Sur la diversification, notre priorité reste le renforcement des services autour des praticiens et de l'expérience utilisateur, notamment via des outils facilitant les parcours de soins et les connexions avec les mutuelles.

Mais au-delà, nous collaborons déjà avec des établissements de santé reconnus comme l'Institut Curie, l'Institut Rafaël, la Pitié-Salpêtrière ou le CHU de Nice. Ces partenariats illustrent une évolution profonde des usages : la médecine intégrative n'est plus marginale, elle est portée par une dynamique de recherche sérieuse et des attentes croissantes des patients.

Vous parlez de 'santé intégrative' qui mélange médecine conventionnelle et pratiques complémentaires. Concrètement, comment monétiser cette approche ? Y a-t-il des partenariats avec des établissements de santé traditionnels ?

La santé intégrative ne consiste pas à mélanger les rôles, mais à mieux articuler différents acteurs autour du parcours du patient.

Concrètement, cela passe par des outils facilitant l’orientation, la coordination et l’accès aux praticiens dans un cadre transparent et structuré. C’est aussi une manière d’améliorer l’expérience patient autour de problématiques très présentes aujourd’hui : stress, sommeil, accompagnement émotionnel, douleurs chroniques…

Nous observons déjà que certaines pratiques complémentaires sont intégrées dans des établissements hospitaliers ou recommandées par certains professionnels de santé. L’enjeu est donc moins de “monétiser” une tendance que d’accompagner une réalité de terrain qui existe déjà.

Le marché des médecines douces attire-t-il des investisseurs ? Avez-vous levé des fonds récemment et dans quel objectif ? Comment voyez-vous l'évolution de ce secteur d'ici 5 ans ?

Le marché des médecines complémentaires attire effectivement les investisseurs, et Médoucine ne fait pas exception. Nous venons d'entrer dans une nouvelle phase avec notre rapprochement avec Cegedim Santé, l'un des acteurs majeurs du numérique en santé en France. C'est une reconnaissance de ce que nous avons construit, et surtout un accélérateur pour la suite : consolider notre position de référence, renforcer nos outils, et accompagner la montée en puissance d'une approche plus intégrative de la santé.

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