Mercosur : Bruxelles applique l’accord malgré la colère agricole

Alors que le Salon de l’agriculture bat son plein à Paris et que de nombreux éleveurs sortent à peine d’une épidémie de dermatose nodulaire, la Commission européenne a décidé d’appliquer provisoirement l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Une annonce qui ravive les tensions commerciales et politiques.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 27 février 2026 15h26
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Mercosur : Bruxelles applique l’accord malgré la colère agricole - © Economie Matin

Une application provisoire du Mercosur décidée par la Commission européenne

Le 27 février 2026, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé que l’Union européenne allait mettre en œuvre de façon provisoire l’accord commercial conclu avec le Mercosur. Cette décision intervient alors que le Parlement européen a saisi la Cour de justice de l’Union européenne afin d’examiner la conformité juridique du texte.

Concrètement, l’application provisoire permet à certaines dispositions commerciales d’entrer en vigueur avant la ratification complète par l’ensemble des États membres. Cette procédure s’appuie sur les ratifications déjà obtenues côté sud-américain. La Commission estime que le cadre juridique européen l’y autorise.

Face aux critiques, Ursula von der Leyen a défendu son choix en rappelant que l’« application provisoire est, par nature, provisoire », insistant sur le caractère réversible du mécanisme. La formule se veut rassurante. Elle ne convainc pas tous les gouvernements.

Car l’accord UE-Mercosur couvre un marché de près de 780 millions de consommateurs, soit l’un des plus vastes ensembles commerciaux au monde. Il prévoit notamment des réductions tarifaires importantes sur les produits industriels européens exportés vers l’Amérique du Sud, mais aussi l’ouverture accrue du marché européen aux produits agricoles sud-américains.

Emmanuel Macron dénonce un « passage en force » sur le Mercosur

En France, la réaction a été immédiate. Emmanuel Macron a dénoncé « un passage en force au mépris du vote des parlementaires européens », qualifiant la décision de « mauvaise nouvelle pour la France ». Le chef de l’État, déjà critique à l’égard du traité, estime que les garanties environnementales et sanitaires restent insuffisantes.

La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a pour sa part regretté « une décision qui n’est pas conforme au respect qui aurait dû prévaloir de la décision du Parlement européen ». D’autant que l’annonce intervient en plein Salon de l’agriculture, moment hautement symbolique pour le monde rural.

Dans les allées du Parc des expositions, les syndicats agricoles parlent de « déni de démocratie ». Pour eux, l’application provisoire revient à contourner le débat parlementaire national. La FNSEA comme la Coordination rurale redoutent une accélération des importations de viande bovine et de volaille sud-américaines.

Le calendrier renforce la crispation. Ces dernières semaines, une épidémie de dermatose nodulaire bovine a fragilisé de nombreux élevages français. Certaines exploitations ont subi des abattages préventifs et des pertes financières significatives. Dans ce contexte, l’ouverture supplémentaire du marché européen à des viandes importées est perçue comme un signal défavorable.

Mercosur et agriculture : quelles conséquences économiques pour les élevages ?

Sur le plan économique, l’accord Mercosur vise à supprimer une grande partie des droits de douane sur les échanges de biens. Les industriels européens de l’automobile, de la chimie ou des équipements mécaniques y voient une opportunité d’exportation accrue vers le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay.

En revanche, côté agricole, l’équation est plus sensible. L’Union européenne pourrait accorder des contingents supplémentaires d’importation pour la viande bovine, la volaille ou le sucre. Même encadrées, ces ouvertures alimentent la crainte d’une pression accrue sur les prix payés aux producteurs européens.

Or les éleveurs français sortent d’années marquées par la hausse des charges, notamment l’alimentation animale et l’énergie. La dermatose nodulaire a ajouté un choc sanitaire brutal. Pour certaines exploitations, la trésorerie est déjà sous tension. L’arrivée de volumes supplémentaires sur le marché européen risque d’accentuer la concurrence.

La Commission européenne assure pourtant que les normes sanitaires européennes resteront pleinement applicables aux produits importés. Elle met en avant des clauses de sauvegarde permettant de réagir en cas de perturbation grave des marchés. Reste que, dans l’opinion agricole, la confiance est entamée.

Un débat politique et commercial relancé autour du Mercosur

Au-delà de l’agriculture, l’application provisoire du Mercosur soulève une question institutionnelle. Le Parlement européen a saisi la Cour de justice de l’Union européenne pour examiner la légalité de la procédure. Cette démarche traduit une tension inédite entre institutions européennes sur la méthode.

En filigrane, le débat porte sur la nature même de la politique commerciale européenne. La Commission défend sa compétence exclusive en matière de commerce extérieur. Certains États membres, dont la France, réclament un contrôle politique plus étroit lorsqu’un accord touche des secteurs sensibles comme l’agriculture.

Le Mercosur cristallise ainsi des enjeux multiples : compétitivité industrielle, souveraineté alimentaire, normes environnementales et équilibre démocratique. En pleine séquence agricole, la décision de Bruxelles prend une dimension symbolique forte.

Dans les semaines à venir, la bataille sera autant juridique que politique. Et sur le terrain, dans les élevages fragilisés par les crises sanitaires récentes, le débat dépasse largement la technique commerciale. Il touche à la perception d’une Europe qui, pour certains producteurs, avance trop vite.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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