Mercosur : la France suspend l’importation de certains fruits

Face aux tensions agricoles persistantes et aux débats sur l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur, le gouvernement français annonce la suspension de l’importation de plusieurs produits sud-américains. Cette décision vise des fruits et légumes susceptibles de contenir des substances interdites en Europe. Elle s’inscrit dans un calendrier politique serré, alors que la signature du traité commercial est attendue à la mi-janvier 2026.

Anton Kunin
By Anton Kunin Last modified on 5 janvier 2026 8h13
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Mercosur : la France suspend l’importation de certains fruits - © Economie Matin
56 milliards d’eurosEn 2024, les importations de l’Union européenne en provenance des pays du Mercosur ont atteint 56 milliards d’euros.

Mercosur : une réponse française face aux substances interdites

La France a décidé de suspendre l’importation de plusieurs produits agricoles sud-américains contenant des résidus de substances interdites. Cette annonce, faite par le gouvernement, concerne notamment des fruits et légumes régulièrement consommés sur le marché français. Ces produits peuvent contenir des résidus de mancozèbe, de glufosinate, de thiophanate-méthyl ou encore de carbendazime, des substances dont l’usage est proscrit dans l’Union européenne en raison de leurs risques sanitaires.

Les produits concernés incluent des avocats, des mangues, des goyaves, des agrumes, mais aussi des melons, des pommes, des abricots, des cerises, des fraises, des raisins et des pommes de terre. Le gouvernement justifie cette suspension par la nécessité d’aligner les importations sur les normes européennes, afin d’éviter toute distorsion de concurrence avec les producteurs français, soumis à des règles plus strictes.

Par ailleurs, cette décision ne se limite pas à une simple interdiction administrative. Le ministère de l’Agriculture prévoit la mise en place d’une brigade spécialisée chargée de renforcer les contrôles sanitaires aux frontières, afin de vérifier la conformité des produits importés.

Une décision politique dans un calendrier sous tension

La suspension de ces produits intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, qui réunit le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, fait l’objet de négociations depuis plus de vingt ans. Bien que l’accord politique ait été annoncé en 2019, le traité n’a toujours pas été signé ni ratifié. Plusieurs étapes institutionnelles restent nécessaires avant son entrée en vigueur.

Initialement attendue fin décembre 2025, la signature du traité a été officiellement reportée à la mi-janvier 2026. Ce report répond à la demande de plusieurs États membres, dont la France et l’Italie, qui souhaitent obtenir des garanties supplémentaires, notamment sur les volets agricole et environnemental. La Commission européenne vise désormais une signature le 12 janvier 2026.

Dans ce contexte, la décision française de suspendre certains produits sud-américains apparaît comme un signal politique fort. Elle vise à démontrer que Paris ne transigera pas sur le respect des normes européennes, en particulier en matière de substances phytosanitaires. L’arrêté ministériel actant cette suspension doit être publié le mardi 6 janvier 2026. Toutefois, sa mise en œuvre complète pourrait dépendre d’un feu vert de la Commission européenne, compte tenu des règles du marché intérieur.

Mercosur : la France réclame des clauses de sauvegarde

Au-delà des considérations sanitaires, la question des produits importés cristallise l’opposition française au traité Union européenne-Mercosur. Les organisations agricoles dénoncent depuis plusieurs mois une concurrence jugée déloyale, estimant que les produits sud-américains ne respectent pas les mêmes normes environnementales, sociales et sanitaires que celles imposées aux producteurs français. Cette critique est relayée au plus haut niveau de l’État. La France considère que le traité, dans sa forme actuelle, n’est pas acceptable. L’exécutif réclame des clauses de sauvegarde et des mécanismes de protection pour l’agriculture européenne. Cette position a été réaffirmée alors même que la pression s’intensifie à Bruxelles pour finaliser l’accord avec le Mercosur.

Dans ce cadre, la suspension des produits contenant des substances interdites est présentée comme une mesure de cohérence politique. Elle permet à la France de rappeler que l’ouverture des marchés ne peut se faire au détriment des normes européennes. Paris entend utiliser tous les leviers réglementaires disponibles pour peser dans les négociations et obtenir des engagements contraignants de la part de ses partenaires.

Cette stratégie s’inscrit également dans une tentative d’apaisement de la colère agricole. Depuis plusieurs semaines, le gouvernement multiplie les annonces pour répondre aux inquiétudes des exploitants, confrontés à la hausse des coûts de production et à la concurrence internationale. La suspension de certains produits sud-américains est ainsi perçue comme un geste politique destiné à restaurer la confiance, tout en pesant sur le calendrier du Mercosur.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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