Millionnaires : pourquoi certains pays en comptent beaucoup plus que d’autres

Près de 35.000 Français sont devenus millionnaires en 2025, selon le Global Wealth Report 2026 publié par la banque suisse UBS. Une progression qui s’inscrit dans une hausse mondiale du patrimoine, alors que près d’un million de personnes ont rejoint en un an le cercle des détenteurs d’un patrimoine supérieur à un million de dollars.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 1 juillet 2026 8h00
Millionnaires : pourquoi certains pays en comptent beaucoup plus que d'autres
Millionnaires : pourquoi certains pays en comptent beaucoup plus que d’autres - © Economie Matin
441.078Les États-Unis à eux seuls ont créé 441.078 nouveaux millionnaires en 2025, soit près de la moitié de tous les nouveaux millionnaires recensés dans le monde.

Les millionnaires progressent partout, mais à des rythmes très différents selon les pays

Le patrimoine des ménages s'est fortement apprécié en 2025, malgré un contexte économique marqué par les tensions géopolitiques et un ralentissement de la croissance dans plusieurs grandes économies, peut-on lire dans le « Global Wealth Report 2026 » que vient de publier la banque UBS. La France n'échappe pas à cette dynamique. Selon la banque suisse, 34.604 personnes y sont devenues millionnaires en un an, portant leur nombre total à près de 2,39 millions. Cette progression soulève toutefois une question plus large : pourquoi certains pays produisent-ils autant de millionnaires, quand d'autres, parfois tout aussi développés, en comptent proportionnellement beaucoup moins

L'année 2025 marque une nouvelle étape dans l'accumulation de patrimoine à l'échelle mondiale. UBS estime que le patrimoine mondial des particuliers a progressé de 10,8%, sa meilleure performance depuis plusieurs années. Dans le même temps, le nombre de millionnaires en dollars a augmenté de 1,5%, soit près d'un million de personnes supplémentaires en seulement douze mois.

Fait notable, aucun des 56 marchés étudiés par la banque suisse n'a enregistré de diminution du nombre de millionnaires. Les créations de fortunes concernent aussi bien les économies développées que plusieurs pays émergents, même si leur ampleur varie fortement.

En valeur absolue, les États-Unis dominent largement le classement. À eux seuls, ils ont créé 441.078 nouveaux millionnaires en 2025, soit près de la moitié de tous les nouveaux millionnaires recensés dans le monde. Le pays compte désormais plus de 23,6 millions de millionnaires, soit plus de 40 % de la population mondiale appartenant à cette catégorie patrimoniale.

La Chine continentale conserve la deuxième place mondiale avec plus de 5,3 millions de millionnaires, devant le Japon. L'Allemagne, le Royaume-Uni et la France suivent, cette dernière occupant le sixième rang mondial avec environ 2,39 millions de personnes disposant d'un patrimoine supérieur à un million de dollars.

Rapportée à la population, la hiérarchie change pourtant complètement. Les petites économies les plus prospères dominent largement le classement. Au Luxembourg, près d'un adulte sur six est millionnaire. En Suisse, la proportion approche un adulte sur sept. Hong Kong affiche environ un millionnaire pour dix habitants adultes, tandis que les États-Unis et les Pays-Bas avoisinent les 9%. En France comme au Royaume-Uni, cette proportion est proche de 4,5%.

Ces écarts démontrent qu'une économie importante ne suffit pas à expliquer la concentration de grandes fortunes. UBS souligne d'ailleurs que le nombre de millionnaires « ne reflète pas toujours la taille du pays, sa puissance économique ni même le niveau moyen de richesse de sa population ». Cette observation constitue l'un des principaux enseignements du rapport.

Pourquoi les millionnaires sont-ils plus nombreux ? UBS met en avant le patrimoine et la culture de l'investissement

Selon les auteurs de l'étude, plusieurs mécanismes structurels expliquent ces différences entre les pays. Le premier concerne la composition même du patrimoine des ménages. Dans les économies où les actifs financiers occupent une place importante, la création de richesse s'accélère généralement davantage lorsque les marchés boursiers progressent. C'est précisément ce qui s'est produit en 2025. Aux États-Unis, près de 80% du patrimoine des ménages est constitué d'actifs financiers. Les fortes performances des marchés, notamment des entreprises liées à l'intelligence artificielle et aux semi-conducteurs, ont ainsi largement alimenté l'enrichissement des investisseurs américains.

La situation française apparaît sensiblement différente. Les actifs financiers représentent environ 46,9% du patrimoine des ménages. L'immobilier y conserve une place beaucoup plus importante. Cette structure patrimoniale rend les ménages français moins sensibles aux envolées des marchés financiers, mais également moins exposés à leurs corrections.

UBS insiste également sur le rôle joué par la propriété immobilière. Dans les pays où une large part de la population est propriétaire de son logement, la hausse des prix de l'immobilier contribue mécaniquement à accroître le patrimoine net des ménages. Lorsque cette valorisation s'ajoute à une épargne financière dynamique, davantage de personnes franchissent progressivement le seuil du million de dollars de patrimoine.

Le système de retraite constitue un autre facteur déterminant. Les pays ayant développé des dispositifs de retraite par capitalisation favorisent une accumulation plus importante d'actifs financiers au cours de la vie professionnelle. À cela s'ajoutent les dispositifs fiscaux encourageant l'épargne de long terme et l'investissement en actions, qui renforcent encore la constitution de patrimoine.

Ces différents éléments participent à ce que les économistes d'UBS qualifient de « culture de l'investissement ». Autrement dit, la capacité d'un pays à produire des millionnaires dépend autant des habitudes d'épargne et des choix patrimoniaux de ses habitants que de sa seule croissance économique.

Les millionnaires ne reflètent pas toujours la richesse réelle d'un pays : l'exemple du patrimoine et des inégalités

Si la multiplication des millionnaires peut donner l'impression d'un enrichissement généralisé, UBS invite à nuancer cette lecture. Le rapport rappelle que la progression du nombre de détenteurs d'un patrimoine supérieur à un million de dollars ne signifie pas que l'ensemble de la population s'enrichit au même rythme.

L'un des principaux enseignements de l'étude est d'ailleurs le recul de la richesse médiane dans de nombreux pays. Cet indicateur, qui partage la population en deux groupes égaux, est souvent considéré comme plus représentatif du patrimoine des ménages que la richesse moyenne, laquelle peut être fortement tirée vers le haut par les très grandes fortunes. Cette évolution met en évidence un creusement des écarts patrimoniaux, également souligné par plusieurs médias spécialisés ayant analysé le rapport d'UBS.

Le contraste apparaît nettement lorsqu'on compare certains pays. Les États-Unis disposent du patrimoine moyen par adulte le plus élevé parmi les grandes économies et concentrent plus de 40% des millionnaires de la planète. Pourtant, les inégalités patrimoniales y demeurent importantes. Le coefficient de Gini calculé par UBS atteint 0,77, l'un des niveaux les plus élevés parmi les économies développées.

À l'inverse, la France affiche un coefficient de Gini de 0,57, nettement inférieur à celui des États-Unis. Cette différence traduit une répartition du patrimoine relativement moins inégalitaire, même si les écarts continuent de se creuser. Le patrimoine moyen d'un adulte français atteint environ 341.000 dollars, tandis que le patrimoine médian demeure relativement élevé à l'échelle internationale, signe d'une redistribution plus importante que dans de nombreuses autres économies développées.

Cette distinction explique pourquoi un pays peut compter beaucoup de millionnaires sans que l'ensemble de sa population bénéficie de la même dynamique patrimoniale. Les très hauts patrimoines influencent fortement les statistiques globales, alors que la richesse de la majorité des ménages évolue parfois beaucoup plus lentement.

Le rapport souligne également que la concentration géographique des millionnaires reste très marquée. L'Amérique du Nord accueille près de 45% des millionnaires de la planète. Si l'on ajoute la Chine continentale, plus de la moitié des grandes fortunes mondiales sont regroupées dans ces seuls territoires. L'Europe occidentale représente environ un quart des millionnaires recensés, confirmant le poids historique des économies développées dans la création de patrimoine.

La France progresse, mais reste en retrait des champions de l'investissement

Avec près de 35.000 nouveaux millionnaires en une année, la France confirme son statut de grande puissance patrimoniale. Toutefois, son modèle de création de richesse diffère sensiblement de celui observé aux États-Unis ou dans plusieurs petits États européens.

Le patrimoine des Français demeure fortement orienté vers l'immobilier. Cette caractéristique procure une certaine stabilité lorsque les marchés financiers connaissent des épisodes de volatilité, mais elle limite aussi les gains potentiels lors des fortes hausses boursières. À l'inverse, les ménages américains, beaucoup plus investis sur les marchés financiers, profitent davantage des périodes d'euphorie boursière.

Le rapport d'UBS montre ainsi que près de 79% du patrimoine des ménages américains est constitué d'actifs financiers, contre seulement 46,9% en France. Cette différence structurelle contribue largement au rythme beaucoup plus rapide de création de millionnaires outre-Atlantique.

Les dispositifs d'épargne retraite jouent également un rôle majeur. Dans plusieurs pays anglo-saxons ou nordiques, la capitalisation occupe une place importante dans la préparation de la retraite. Les ménages accumulent progressivement des portefeuilles financiers parfois considérables, qui viennent s'ajouter à leur patrimoine immobilier. En France, où le système repose essentiellement sur la répartition, cette accumulation est généralement moins importante.

La fiscalité constitue enfin un élément souvent cité par les économistes, même si UBS évite d'établir un lien mécanique entre faible imposition et multiplication des millionnaires. Le rapport insiste davantage sur les dispositifs favorisant l'investissement de long terme, l'actionnariat individuel et la constitution progressive d'un patrimoine diversifié que sur le seul niveau de prélèvement fiscal.

Ces différents facteurs expliquent pourquoi le Luxembourg, la Suisse ou encore Hong Kong affichent une densité de millionnaires sans équivalent. Leur taille réduite ne les empêche pas d'attirer les capitaux, de favoriser l'investissement privé et de proposer un environnement particulièrement propice à la valorisation du patrimoine.

Au-delà des seuls millionnaires, l'étude souligne d'ailleurs que la richesse mondiale continue de progresser dans pratiquement toutes les catégories de patrimoine. Le nombre de milliardaires a augmenté d'environ 13% entre 2025 et 2026 pour atteindre plus de 3.300 personnes, tandis que leur patrimoine cumulé a progressé d'environ 25%. Dans le même temps, près de 15% des adultes dans le monde possèdent désormais un patrimoine compris entre 100.000 dollars et un million de dollars, confirmant l'élargissement progressif des catégories les plus aisées.

Pour UBS, ces évolutions témoignent d'une tendance de fond : le patrimoine mondial continue de croître, mais sa répartition demeure extrêmement contrastée selon les pays et selon les ménages. Les performances économiques nationales n'expliquent qu'une partie de cette géographie de la richesse. Les habitudes d'investissement, la structure du patrimoine, les systèmes d'épargne et les politiques publiques pèsent tout autant dans la capacité d'un pays à faire émerger de nouveaux millionnaires.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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