À l’approche des élections municipales, de nombreux projets photovoltaïques portés par des collectivités sont mis en pause. Parkings municipaux, parcs des expositions, stades… alors même que les appels à projets se sont multipliés ces six derniers mois, certaines décisions sont aujourd’hui différées.
Municipales : reporter les projets solaires, un double risque pour les communes

Ce réflexe d’attentisme est compréhensible en période préélectorale. Il est pourtant une erreur stratégique. D’abord parce que les collectivités sont soumises à des obligations légales. La loi d’accélération des énergies renouvelables (APER) impose aux parkings extérieurs de plus de 1500 m2 d'être recouverts d’ombrières photovoltaïques avant 2028. Reporter les projets aujourd’hui, c’est prendre le risque d’une course contre la montre demain, avec des délais raccourcis et des contraintes accrues.
Ensuite parce que les conditions économiques évoluent. Les prix des panneaux photovoltaïques, historiquement bas ces dernières années, devraient repartir à la hausse sous l’effet des tensions commerciales et industrielles internationales. Attendre, c’est potentiellement renchérir le coût des projets pour les budgets locaux déjà contraints.
Enfin, un effet d’embouteillage est à anticiper. Si de nombreuses municipalités relancent simultanément leurs appels d’offres après les élections, les développeurs et installateurs ne pourront pas absorber instantanément cette demande concentrée. Les délais s’allongeront, les coûts pourraient augmenter et la dynamique locale en pâtira.
À l’inverse, les collectivités qui prennent ce sujet à bras-le-corps démontrent qu’une autre voie est possible. À Bourg-en-Bresse, Grand Bourg Agglomération a inauguré les ombrières photovoltaïques du parc des expositions Ainterexpo : 14 500 m² couvrant 90 % du parking, pour une production annuelle de 4 000 MWh, soit l’équivalent de la consommation d’environ 900 foyers. Si cette ville peut porter un tel projet, d’autres territoires en ont également la capacité.
Le solaire sur les parkings n’est ni un symbole ni un gadget. C’est une infrastructure utile. Le gouvernement et la filière estiment entre 10 et 20 GW le potentiel photovoltaïque qui pourrait être déployé sur les parkings en France. Un gisement considérable, encore largement inexploité, de quoi alimenter l’équivalent de 5 millions de foyers en électricité. À l’heure où les électeurs attendent des actions tangibles en matière de transition écologique, ces projets peuvent devenir un levier structurant des programmes municipaux.
La transition énergétique locale ne se décrète pas à la veille d’une élection. Elle se construit dans la durée. Et c’est précisément maintenant qu’il faut agir.
