L’hypothèse d’une usine européenne partagée entre un constructeur américain et un géant chinois agite l’industrie automobile. Derrière les discussions entre Ford et Geely, une équation stratégique se dessine : produire localement des voitures pour contourner les barrières douanières et redonner un avenir à des sites industriels sous-utilisés.
Automobile : le chinois Geely va-t-il produire en Europe grâce à Ford ?

Début février 2026, l’existence de pourparlers entre Ford et Geely autour d’un possible partenariat industriel en Europe a été dévoilée. Au cœur des échanges, l’utilisation d’une usine Ford existante pour assembler des voitures chinoises destinées au marché européen. Dans un contexte de durcissement des règles d’importation et de pression sur les coûts, cette piste illustre les recompositions rapides de l’automobile mondiale.
Alliance Ford – Geely : Une usine européenne au centre d’un jeu industriel inédit
Les discussions portent d’abord sur la production. Selon Autoplus, Ford et Geely évaluent la possibilité d’exploiter une usine européenne de Ford pour assembler des voitures conçues par le groupe chinois. L’objectif serait clair : éviter les droits de douane appliqués par l’Union européenne aux véhicules importés depuis la Chine, tout en donnant une nouvelle activité à une usine existante. Cette approche pragmatique s’inscrit dans une logique industrielle déjà observée ailleurs, mais rarement à cette échelle entre deux groupes de cette stature.
L’usine de Valence, en Espagne, est régulièrement citée comme site potentiel. Ce choix ne serait pas anodin. L’installation dispose d’une capacité théorique élevée, estimée à environ 400 000 véhicules par an, mais aujourd’hui largement sous-utilisée. Dans ce contexte, une usine capable d’accueillir de nouveaux volumes représenterait une solution rapide, sans investissements massifs dans un site neuf. Par ailleurs, l’Espagne offre un environnement industriel favorable, avec une main-d’œuvre qualifiée et une logistique éprouvée pour l’exportation intra-européenne, souligne Automobile Propre.
Au-delà du site précis, la logique reste la même : produire localement pour sécuriser l’accès au marché. L’Union européenne applique actuellement des droits de douane pouvant atteindre 37,6 % sur certains véhicules électriques fabriqués en Chine, selon Caradisiac. Pour Geely, chaque voiture produite dans une usine européenne permettrait d’éviter ces surcoûts, tout en améliorant son image auprès des consommateurs européens.
Pourquoi Geely voit dans l’usine européenne un levier stratégique
Pour Geely, le recours à une usine Ford en Europe répond à plusieurs objectifs simultanés. D’abord, l’accès accéléré au marché. Construire une usine de zéro prend des années, entre autorisations, investissements et montée en cadence, explique Les Echos. S’appuyer sur une usine existante permettrait de réduire drastiquement les délais et de lancer plus rapidement de nouvelles voitures.
La question des taxes est centrale. Les droits de douane européens sur les importations automobiles chinoises pèsent lourdement sur la compétitivité. En internalisant l’assemblage dans une usine européenne, Geely transformerait une partie de ses coûts variables en coûts industriels maîtrisés. Cette stratégie est d’autant plus attractive que la production locale facilite aussi l’accès à certaines aides ou incitations nationales, même si celles-ci restent strictement encadrées. Produire dans une usine européenne, avec des standards locaux, peut en outre rassurer les clients sur la qualité, la conformité réglementaire et la durabilité. Plusieurs analystes soulignent que Geely, déjà propriétaire de marques européennes, connaît bien ces attentes. Utiliser une usine Ford renforcerait encore cette crédibilité industrielle.
Sur le plan technologique, les discussions évoquent aussi un possible partage de compétences et des échanges autour des systèmes d’aide à la conduite et des technologies connectées. Si ce volet reste exploratoire, il montre que l’usine n’est pas seulement envisagée comme un simple lieu d’assemblage.
Pour Ford, l’usine comme réponse à la pression économique européenne
Côté Ford, l’intérêt est tout aussi tangible. Le constructeur américain traverse une période délicate en Europe, marquée par une rationalisation de ses gammes et une baisse des volumes. Plusieurs usines du groupe fonctionnent en dessous de leur capacité nominale. Dans ce contexte, accueillir la production de voitures Geely dans une usine existante permettrait de sécuriser de l’activité et de préserver des emplois.
Certaines usines européennes de Ford ont en effet déjà réduit leurs équipes ou leurs cadences. L’exemple de Cologne, passée à une seule équipe de production début 2026, illustre cette tendance. Donner un nouveau rôle industriel à une usine via un partenariat externe offrirait une alternative à des fermetures coûteuses, tant sur le plan financier que social.
D’un point de vue stratégique, Ford pourrait également bénéficier d’un partage de risques. Produire pour un tiers dans une usine amortie permettrait de lisser les coûts fixes, tout en générant des revenus industriels relativement stables. Cette logique de sous-traitance ou de co-production est déjà répandue dans l’automobile, mais rarement mise en avant par un groupe de cette taille sur le sol européen.
Cependant, Ford avance avec prudence. Le constructeur a rappelé publiquement qu’il discute régulièrement avec différents partenaires potentiels, sans garantir qu’un accord aboutira. Cette réserve s’explique notamment par les enjeux réglementaires. Un partenariat trop poussé pourrait attirer l’attention des autorités, en Europe comme aux États-Unis, surtout si des technologies sensibles étaient partagées au-delà de la simple usine d’assemblage.
