Le Président Hollande ou la loi de la fortitude au kilomètre

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Par Jacky Isabello Publié le 2 décembre 2013 à 17h13

« François Hollande s’est montré fort avec Assad et faible avec Duflot ». Cet aphorisme d’Alain Minc recourt à un effet rhétorique efficace pour convaincre du manque de capacité de notre Président de la République à s’affirmer sur la scène nationale alors qu’il endosse sans grande difficulté son costume de « Commander in chief » une fois posé le pied sur le sol de nos amis étrangers.

La mécanique dont use avec malice le brillant essayiste et entrepreneur Minc n’a d’objectif que d’emmener le citoyen vers les chemins de traverse du doute à propos des capacités de leadership de Monsieur Hollande. La technique est implacable et efficace car sondages et prises de parole à la télévision, à laquelle les « gourous de la com » ont recours pour redorer l’image de l’interviewé, se concurrencent sur le front de la déprime et de la médiocrité.

Toutefois, l’attitude du Président de la République n’est pas, de mon solitaire point de vue, illogique. Les médias connaissent parfaitement ce principe dit des lois de la proximité. En matière d’autorité, il semblerait que ces lois s’appliquent à notre Président. En paraphrasant Raymond Cartier, célèbre journaliste des années 60 auteur de la formule : « la Corrèze avant le Zambèze » nous pourrions lancer, qualifiant ainsi notre second Président corrézien : « Henri Queuille à Paris, chargé d’orgueil au Mali » (Henri Queuille était Président du conseil sous la IVe République. Surnommé le petit père Queuille, il est célèbre pour ses aphorismes et symbolise l’inefficacité de cette forme de régime).

Un mort à Paris intéresse plus que trente mille morts à l’autre bout du Monde

Il s’agit d’expliquer en quoi une mécanique psychologique connue des spécialistes de l’information, bien que méconnue des citoyens, pourrait s’appliquer à l’attitude du Président de la République. Lorsqu’il accomplit ses études de journaliste, le futur reporter apprend, dès les premiers mois de sa propédeutique, les lois de la proximité, qui consistent à intégrer qu’un lecteur, un auditeur, un téléspectateur, un internaute privilégie l’information qui le concerne de près avant d’autres, plus lointaines. Lors des formations de dirigeants et managers à la prise de parole, nous expliquons que le récepteur d’un message n’est intéressé que par sa propre personne : « parlez-moi de moi, il n’y a que ça qui m’intéresse ». Au rang de cette loi, il en est une dite du « mort au kilomètre », atroce mais fondement de tout projet éditorial, un tant soit peu fondé sur la perspective de capter une audience significative, qui supplante les autres. Notre Président de la République, conscient qu’en France tout se termine par des engueulades, lui-même assez peu amène en matière de gestion des conflits, préfère éviter la confrontation à Paris tout en sachant menacer de la foudre, sans jamais trembler, le Président syrien. Plus il s’éloigne de l’Hexagone, plus il s’épanouit dans la fonction ; moins il pense au terrain ; ainsi tranche-t-il sans état d’âme ! Cette attitude renforce la perception de son inexpérience ; elle alarme l’opinion et déchaîne les critiques

Relocaliser l’autorité du Président de la République

Ce qui se passe à Vegas, reste à Vegas disent les Américains. A contrario, les sondages français montrent qu’un désir existe, parmi nos concitoyens, de voir l’autorité délocalisée du chef de l’Etat, revenir en France. Pour cela, le Président doit trouver la juste façon d’échanger avec son peuple ; adaptée à son mode d’exercice de la fonction. Ses déplacements : ne revenons pas sur Dijon, raté ; ses interviews à la télé : ne revenons pas sur sa promesse ravalée de ne jamais les faire à l’Elysée ; ses communications sur la conjoncture économique : ne revenons pas sur la prédiction hasardeuse, puisque infirmée, de l’inversion de la courbe du chômage, sont d’un faible niveau, bien en deçà des exercices auxquels les français ont été habitués par les héritiers de Jacques Pilhan, célèbre communiquant des Présidents Mitterrand et Chirac. Pour l’instant rien ne fonctionne, et rien ne fonctionnera tant que la communication du Palais n’aura à sa tête une équipe de professionnels éclairés !

Si j’osais recommander une solution à notre Président. Sous la forme d’une énigme, je dirais : « Au service du dernier Premier ministre et du dernier candidat à la présidentielle, tous deux socialistes, il a orchestré la communication. Lorsqu’il en fut le chef, elle filait droit ; abandonnée elle se fourvoya. Désireux de ressembler au côté Flic de Clemenceau, il en possède assurément le côté face, celui d’un pro de la presse et de la communication. Qui est-il ? »

A tout ceux qui se demande à quoi sert un Premier ministre depuis que le quinquennat s’applique, nous pourrions soumettre qu’il sera sans doute un super ministre de la communication au service d’un champion élu du peuple, le Président de la République.

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      Après plusieurs expériences en cabinets ministériels dont deux ans au cabinet du Ministre des PME (Jean-Pierre Raffarin), et diplômé de l'Ecole Supérieure de Gestion, Jacky Isabello fonde en 1998 Press & Vous, agence spécialisée dans les thématiques institutionnelles et économiques. Sa contribution au rapport "Comment nourrir l'envie d'entreprendre dans les nouveaux secteurs d'activité" pour le Président du Sénat, ainsi que l'écriture de deux ouvrages en collaboration (Créer son entreprise, avec Pascal le Guern, 2006 ; En finir avec la dictature du salariat, avec Thibaut Lanxade, 2010) lui ont permis d'affiner toujours plus sa connaissance des thématiques économiques et entrepreneuriales, complétée par son expérience de plus de 15 ans de relations avec les médias. Il est également le cofondateur de CorioLink et AlgoLinked.      

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