La France doit améliorer son importation de gaz des pays du Sud

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Par Simon Issard Modifié le 29 novembre 2022 à 10h11

Menée auprès de différents acteurs gaziers européens, l'étude Colombus Consulting montre qu’un renforcement et un développement du réseau et de l’infrastructure gazière en Europe est plus que nécessaire pour diversifier les approvisionnements en gaz, réduire la proportion du charbon dans le mix énergétique européen, gérer les pointes de consommations, réduire les émissions de CO2 et accroitre la compétitivité du gaz. En effet, l’absence d’un schéma directeur commun à l’échelle européenne est un frein à l’investissement et à l’attractivité du marché européen du gaz.

En raison d’une hausse des fiscalités et à une forte demande pour une offre en berne, les coûts du gaz pour les particuliers français et européens ont augmenté de 15% en Europe de 2010 à 2012. En effet, les méthaniers transportant le Gaz Naturel Liquéfié (GNL) trouvent leur bonheur en Asie, où la demande en GNL est soutenue par la croissance chinoise et les prix élevés offerts par un Japon privé de son parc nucléaire. Le gaz représente actuellement 30 % de la consommation d’énergie finale du résidentiel et 30% de l’énergie finale utilisée par l’industrie. Une augmentation des prix du gaz ou une tension sur les approvisionnements aura donc des impacts forts sur le pouvoir d’achats des français et sur la santé de notre tissu industriel. La demande en gaz en Europe est amenée à augmenter d’ici à 2020 principalement du fait de la production d’électricité pour accompagner les productions renouvelables intermittentes et la sortie du nucléaire par les Allemands.

Le gaz consommé en France vient des gazoducs pour la zone Nord de la Norvège (44%), la Russie (17%) et les Pays Bas (17%), et des terminaux méthaniers pour la zone Sud d’Algérie (10%), du Qatar, d’Egypte, de Lybie, d’Iran, ou de Trinidad et Tobago (12%). Essentiellement alimenté en GNL, la zone Sud dépend beaucoup des flux du Nord pour compléter ses besoins. La dépendance en GNL ainsi crée par la zone Sud peut être accentuée en cas de rupture des transits par l’Ukraine ou la Biélorussie qui contraindrait la flexibilité de la zone Nord. Il est donc nécessaire de renforcer les infrastructures de transit du Nord vers le Sud pour améliorer la liquidité du marché et minimiser la dépendance de l’Europe du Sud-Ouest au GNL. Il est également nécessaire de développer les infrastructures de la zone Sud et Ouest pour diversifier les points d’approvisionnements (construction de terminaux méthaniers sur la façade atlantique et méditerranéenne et de gazoducs depuis le Maghreb et la mer Caspienne vers l’Italie). Ces infrastructures doivent être associées à des infrastructures de transport vers l’Europe de l’Est pour réduire la dépendance à la Russie.

Ces investissements doivent faire partie d’un schéma directeur Européen incluant une vision long terme des prix de gaz et une politique conjointe de régulation. Ce dernier assurera la rentabilité des investissements, la pérennité des infrastructures ainsi que l’attractivité du marché européen face aux marchés asiatiques. Ces infrastructures sont complexes et longues à mettre en place du fait des nombreuses concertations nécessaires et d’un niveau d’investissement élevé, mais elles sont aussi génératrices d’emplois industriels, et doivent donc être soutenues politiquement.

En conclusion, plus les méthaniers iront alimenter l’Asie, plus nous serons dépendants du Gaz Norvégien mais surtout Russe, Qatari, Iranien ou Azéri et moins nous aurons de flexibilité et de résilience au pointes de consommation sur nos infrastructures. En cas de longue période de froid associé à des tensions sur les approvisionnements via l’Ukraine et la Biélorussie, nous serons de plus en plus exposés à un risque de pénurie en Europe. Pour réduire ce risque de pénurie en France, des projets sont en cours à Fos pour accueillir plus de GNL en provenance du Maghreb et du Moyen Orient ainsi qu’à Montoir pour accueillir du gaz en provenance de la mer du Nord mais surtout le GNL issu du gaz de schiste américain. Pour l’Europe, le projet TAP de gazoduc vers les pays du Sud est nécessaire. Ces projets doivent aller au bout et être complétés de capacité de transit supplémentaire du Nord vers le Sud et de l’Ouest vers l’Est.

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Ingénieur de formation, Simon Issard dispose d'une expérience de 3 ans dans le cabinet de conseil en management Colombus Consulting. Expert des questions d'infrastructures gaz et électricité, il intervient chez plusieurs électriciens majeurs sur les sujets d'optimisation et de supervision des réseaux énergétiques    

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