Suppression de l'ISF, Extension du RSA : les Français sont contre

33 %
Seuls 33 % des Français sont favorables à la suppression de l'ISF.

Q1 : Etes-vous tout à fait favorable, plutôt favorable, plutôt opposé ou tout fait opposé à la suppression de l’Impôt sur la Fortune (ISF) ?

Tout à fait favorable: 15%

Plutôt favorable: 17%

Plutôt opposé: 26%

Tout fait opposé: 41%

67% des Français interrogés sont opposés à la suppression de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune.

Le ministre de l’Economie s’est fait le héraut des annonces politiquement iconoclastes du gouvernement, qui ont l’heur de crisper certains parlementaires de la majorité parmi les « Frondeurs », et même certains membres du gouvernement. Il semblait donc intéressant d’interroger les Français sur la dernière proposition d’Emmanuel Macron dans le magazine « Risques ». (La Revue des professionnels de l’assurance)

Le ministre de l’Economie a déclaré être favorable à une limitation de l’ISF au profit d’une augmentation des droits de successions, afin de limiter la taxation du capital par rapport aux revenus tirés de rentes.

Immédiatement recadré par le Premier ministre, le ministre de l’Economie n’a manifestement pas convaincu les Français. En effet, 67% des personnes interrogées aujourd’hui se déclarent opposées à la suppression de l’ISF.

Ce résultat n’est pas particulièrement étonnant, considérant la portée symbolique d’une telle annonce et l’attachement de la majorité des Français à cet impôt qu’elle ne paie pas. Il amène pourtant à formuler trois commentaires en matière de communication :

•             D’abord, concernant le sujet de l’ISF en lui-même.

L’ISF est un excellent choix en matière de communication pour celui qui veut déclencher une polémique politique.  Cet impôt fait partie de ces sujets que les femmes et les hommes politiques aiment brandir, car ils savent que cela va nécessairement créer un « buzz » médiatique.

Cela n’a pas raté avec Emmanuel Macron, comme ce fut déjà le cas avec Manuel Valls qui appelait à sa suppression en 2011, ou DSK quelques années avant. Ce tabou de la gauche est donc un moyen d’action efficace pour quiconque veut déclencher une tempête médiatique.

Ce symbole politique est particulièrement complexe à réformer tant il est un totem de la fiscalité française. Le supprimer ou le réformer place celui qui le propose ipso facto dans le camp du « défenseur des riches ». Pourtant, comme l’histoire l’a montré, ce n’est pas la meilleure position si l’on aspire à occuper les plus hautes fonctions.

•             Ensuite, Emmanuel Macron évoquait en effet une réforme bien plus profonde de la fiscalité, car toute refonte de l’ISF devra être incluse dans une transformation plus globale. La polémique, puis le recadrage du Premier ministre, se focalisant uniquement sur le sujet de l’ISF montre bien toute la portée symbolique de cet impôt.

•             Enfin, il faut avoir conscience que la vraie bataille concerne moins les résultats des sondages d’opinion sur l’ISF ou tout autre sujet de société que l’évaluation des cotes de popularité respectives des ténors de l’exécutif actuel : Emmanuel Macron, Manuel Valls et bien entendu le Président de la République, François Hollande.

Emmanuel Macron est fort de cette image de réformateur au sein de sa propre famille politique. Toute la question sera de savoir ce qu’il compte en faire. L’utiliser pour montrer qu’il n’est pas un « socialiste normal » ? Créer un réservoir de voix centristes pour une candidature de François Hollande ? Ou se lancer dans une aventure politique personnelle et viser l’Elysée dès mai 2017 ?

La réponse ne dépend politiquement pas que de lui… mais à force de flouter les lignes entre les différentes familles politiques, Emmanuel Macron prend son destin en mains. Une prouesse pour un homme politique qui était inconnu de l’opinion publique avant le mois d’août 2014.

Q2 : Faut-il selon vous étendre le RSA (Revenu de Solidarité Active) aux jeunes de 18 à 25 ans n’ayant jamais travaillé ?

Oui, tout à fait: 12%

Oui, plutôt: 30%

Non, plutôt pas: 31%

Non, pas du tout: 27%

58% des Français interrogés sont contre l’extension du RSA aux jeunes de 18 à 25 ans n’ayant jamais travaillé

Voici la deuxième proposition iconoclaste de la semaine. Elle émane du député Christophe Sirugue qui a été chargé de la rédaction d’un rapport par le premier ministre, remis cette semaine. Il prévoit la possibilité pour les jeunes de 18 à 25 ans n’ayant jamais travaillé d’avoir accès aux minima sociaux, c’est à dire au Revenu de Solidarité Active.

Cette proposition ne suscite manifestement pas l’approbation de l’opinion publique qui la rejette à une large majorité dans le sondage Opinionway pour LCI et Tilder. En effet, 58% des Français interrogés se prononcent contre.

Lorsque l’on regarde les résultats du sondage de manière plus précise, on observe que seules les catégories concernées (18 à 24 ans) se prononcent massivement pour cette mesure, ce qui démontre une absence totale de solidarité générationnelle dans un pays où plus d’un jeune sur cinq est au chômage.

En communication, il s’agit une fois de plus d’un triple message envoyé par l’opinion publique :

•             D’abord, il rappelle que la valeur « travail » est une valeur fondamentale à laquelle les Français sont très attachés. A un an jour pour jour du premier tour de l’élection présidentielle, il s’agit d’un message fort dont chaque candidat ou futur candidat devra tenir compte.

•             Ensuite, le second message porte sur le refus ferme de toute forme d’assistanat pour les jeunes. En effet, le confort relatif offert par l’Etat par l’intermédiaire d’une telle subvention pourrait décourager les moins enclins à l’effort. C’est sur ce point que la proposition n’a pas reçu l’approbation de l’opinion publique.

•             Enfin, c’est la preuve que ce qui est considéré par l’opposition comme une « tentative d’achat massif de voix par le gouvernement » ne reçoit pas le soutien de l’opinion publique. Il est vrai qu’en offrant un tel revenu de solidarité, l’Etat se désengagerait à grands frais d’une de ses vocations prioritaires : former correctement les jeunes au sein des établissements scolaires dans l’enseignement public, obligatoire et gratuit pour qu’ils s’insèrent sur le marché du travail.

Cet enseignement qui ne remplit manifestement pas ses engagements coûte pourtant 30 000 euros par élève du CP à la Terminale… ce qui est déjà un solide coup de pouce de l’Etat à sa jeunesse.

Sondage exclusif TILDER/LCI/OpinionWay du 21 avril 2016


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